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Lille, de 2004 à 3000, « le voyage continue »...

Dans un peu moins d’un an, Lille se projettera dans l’avenir et s’ouvrira comme une porte d’accès sur un futur anticipé. Lille3000 nous permettra-t-il d’entrer de plain-pied dans le troisième millénaire ?

Pour bien comprendre la « dynamique » du projet baptisé Lille3000, deux précisions s’imposent : la première, rassurante, est qu’il ne faudra pas patienter 995 ans avant d’espérer revoir dans la capitale du Nord une effervescence culturelle comparable à celle qu’elle connut en 2004. La deuxième, pour mémoire, ce sont les quelques chiffres d’une année de Capitale Européenne de la Culture qui, d’un avis unanime, fut une réussite : 2500 manifestations dans 193 communes de la Région Nord-Pas de Calais, 17 000 artistes, 9 millions de visiteurs et presque 3 millions de billets vendus...une réussite telle qu’en effet, les lillois (et les autres) peinaient à croire que tout s’arrêterait un soir de novembre 2004 (voir notre article « Lille2004, point final ? »).
Bien sûr, la pagode-salon de thé offerte par la Ville de Shanghai aura résisté jusqu’à l’été avant de disparaître sous les pelleteuses. De la « Gare en rose » designée par Patrick Jouin, qui émerveilla tant les journalistes parisiens à la descente du TGV, ne restent plus que quelques bandes adhésives oubliées par les services de maintenance. Le Tri Postal, désespérément fermé. Y allait-il y avoir une suite à tout cela ? Après quelques mois de répit, de bilans et de projets, Lille 3000, tout doucement, voit le jour.

Lille3000 ? « Ni un festival, ni une biennale », tient à préciser Didier Fusillier, Directeur Général de Lille3000 comme il le fut de Lille2004 (Change-t-on une équipe qui gagne ?) , ni un Lille2004 bis. Avec un budget, un temps, et des thématiques différentes, mais tout de même un « je-ne-sais-quoi » de familier, Lille3000 vivra donc sa première édition du 14 octobre 2006 au 14 janvier 2007. Un horizon certes encore lointain pour nous, beaucoup moins pour l’équipe de Lille3000, qui planche déjà sur les expositions, spectacles, Mondes Parallèles et autres fêtes prévus durant ce premier rendez-vous dont la périodicité et la durée restent ensuite indéterminées.
Faut-il voir dans ce Lille3000 l’expression d’une politique culturelle et générale résolument tournée vers l’avenir ? Tels sont bien l’ambition et le discours d’une municipalité décidée à faire de Lille « la ville de l’innovation et de la création » en plaçant la culture « au cœur de sa stratégie de développement », et comptant bien utiliser les énergies et les potentiels économiques, structurels et créatifs eurorégionaux qu’avait révélé Lille2004. « Le nom est un peu pompeux », reconnaît Martine Aubry, Maire de Lille et Présidente de Lille3000, « mais nous voulions marquer un rapport étroit avec le futur . » On ne peut en effet faire plus futuriste, mais en ces temps de légitime agitation sociale, le défi de faire de Lille3000 une réelle et concrète « porte d’entrée vers les mondes du futur » n’en sera que plus difficile à relever…et à gagner.

Mais si, comme le disait Nietzsche, l’art est la seule illusion réellement salvatrice, il nous importe donc, et plus que jamais, de savoir ce que nous verrons dans cette première édition de Lille3000. De nombreux projets sont encore à l’étude mais on peut d’ors et déjà dégager de grands axes de programmation dont chacun, d’une manière ou d’une autre, se donnera pour vocation d’offrir un regard et des moyens d’accès à une nouvelle modernité dans des mondes nouveaux.


L’Inde, d’abord. Sous le jeu de mots « Bombaysers de Lille » et inspiré de « Bombay Maximum City » de Suketu Metha, les rues de Lille subiront de nouvelles métamorphoses. Bombay, New Delhi et l’esthétique « Bollywood » investiront les lieux urbains. Rickshaws, temples, fleurs de lotus et éléphants, « cinébanners », çà c’est pour le versant kitsch et populaire revendiqué d’une certaine culture iconographique indienne...Mais gageons que le thème de l’Inde inspirera aussi des images réellement contemporaines, celle d’un pays en pleine mutation, avec ses mégapoles et sa démesure, entre extrême richesse et extrême pauvreté, traditions et modernité, spiritualité et haute finance, pratiques traditionnelles et high-tech (l’Inde, et notamment Bangalore, capitale du Karnataka, est considérée comme à la pointe de la production des NTIC).
Ce sera surtout l’occasion de découvrir des artistes contemporains parfois peu connus sur la scène internationale, mais au talent reconnu, tels Shilpa Gupta, Ashok Sukumaran, N.S. Harsha, Anant Joshi, Raghubir Singh ou Barthi Kher. D’autres artistes de tous horizons (on parle de Jeffrey Shaw, Stéphane Couturier, Charles Eames...) viendront montrer ce que l’Inde leur inspire, et des expositions liées aux migrations indiennes, notamment à Londres, interrogeront ces croisements culturels. Des artistes en résidences, des installations environnementales, de la vidéo, de la photographie et des œuvres numériques montreront une Inde différente, on l’espère, passionnante, sans doute.
Dans ce cadre, Lille3000 prévoit aussi de nous emmener...à Bruxelles, pour un partenariat avec BOZAR, le Palais des Beaux-Arts de Bruxelles. De là, un voyage dans l’Inde traditionnelle et contemporaine, « l’Inde telle qu’elle « est » », nous précise-t-on, sera initié. Expositions, concerts, projections, rencontres...à suivre.


Des « Visions du futur », ensuite. Deux expositions phares sont annoncées. « Lumière, de l’étincelle au pixel » devra présenter les états successifs de cette « immatière » qu’est la lumière, par les biais de la science et de l’art contemporain. De même « Textiles extrêmes, Made in future » se veut une exploration des applications, de la santé à l’espace en passant par l’architecture et bien sûr la création de mode, des textiles high-tech. Reste à savoir ce qui, dans cette exposition dont le commissariat est partagé entre Lille3000 et le Cooper-Hewitt National Design Museum de New-York, relèvera de l’art contemporain, entre mode et design...

De la création et du design finlandais, enfin. On nous promet un audacieux aller-retour Roubaix-Helsinki, des visions du futur inspiré par le mode de vie et l’esthétique scandinave qui, vu d’ici, nous semblent d’heureux modèles. Toutes les institutions culturelles, du Musée de la Piscine à la Condition Publique s’associeront pour présenter différentes facettes de la création finlandaise des années 70 à nos jours. Un regard particulier sera porté sur la création textile, dont on n’oublie pas qu’elle est au cœur de l’histoire et de la vie roubaisienne.

A Lille donc, tout l’arsenal de lieux emblématiques de Lille2004 ,le Tri postal, l’Espace Euralille, les Maisons folies, l’Eglise Sainte-Marie Madeleine, mais aussi l’Hospice Comtesse et le Palais des Beaux-Arts seront remis à contribution pour porter ce projet culturel d’envergure mais finalement bien légitime, si Lille se veut une « capitale culturelle », comparable à celle de Lyon, Strasbourg ou même Toulouse ou Nice !

En 2008, si tout va bien, une seconde édition de Lille3000 verra le jour, avec cette fois, un voyage en Europe Orientale.



Marie Deparis

Lille3000
Du 14 octobre 2006 au 14 janvier 2006
sur le net


A voir pour un excellent avant-goût de l’art contemporain indien : « Indian Summer » à l’ENSBA, 14 rue Bonaparte, Paris 6ème, jusqu’au 31 décembre 2005.