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Voyage intérieur : Paris-London
ATTENTION : ZONE DECADENTE…

Approchez, venez voir la famille recomposée de l’étrange et de l’inquiétant. C’est autour du symbolisme qu’Alexis Vaillant et Alex Farquhason ont voulu rapprocher Paris de Londres dans une exposition originale à l’espace EDF ELECTRA, du 16 novembre 2005 au 5 mars 2006.


Originale. Voyage intérieur expérimente une scénographie (Nadia Lauro) substantielle qui empreinte au symbolisme toutes ses thématiques. Le visiteur déambule dans un espace bloqué, une boîte noire à tiroirs où toute narration est abandonnée, où la représentation des objets perd son importance pour laisser place à la nostalgie décadente des légendes, du rêve, de l’hallucination, de l’angoisse ou de l’inquiétant. Architecturé en zones (seize au total), le parcours ressemble à un corridor labyrinthique ambiancé par des rideaux noirs d’air flottant sur une musique presque clandestine (sonorisation : Record Makers). Le visiteur devient locataire d’une maison mouvante et fantomatique hantée par la mémoire des symbolistes originels : Blake, Füssli, Redon ou Moreau. L’expérience sensorielle naît de la mise en scène de cet espace caché, quasi souterrain, de cette transposition formelle de l’irréel et de l’étrange plus que du choix des œuvres exposées. Le contenant cannibalise le contenu et la création parisiano-londonienne présentée n’arrive pas à trouver un terrain d’existence propre. La muséologie manque d’ailleurs de lisibilité et le regroupement des cartels sur un même pan de mur signent le mutisme des œuvres en créant une double distance, physique et sensible avec le public. Entre cheap et chic, choc et soft, l’exploration de Voyage Intérieur se fait à l’instinct et au flair.


Cachée derrière l’un des rubans de satin noir de Michel Roy, la vidéo très british, LondonAtella, de Marck Leckley, décrit avec kitch et classe, une société anachronique londonienne où l’artifice triomphe de la ruine et du chaos. Dans une ambiance série B anglaise des années 60-70 construite en clip vidéo, Marck Leckley raconte la puissance d’une décadence ambiguë aux couleurs d’un Orange Mécanique recyclé. A voir…
Au sous-sol, la cave blanche et rougie en laine de Vidya Gastaldon ( cœur de Guru) est la zone matricielle de la maison, le cerveau, l’intérieur du voyage.
Au première étage, la black box et le white cube dialoguent en sourd dans leur bipolarité symbolique. La salle blanche surexposée et éthérée accueille un chemin de coussins jaunes en hommage au Magicien d’Oz (Oz road, 2003, Vidya Gastaldon )…sur la route du rêve. La zone noire recueille deux sculptures de dictateurs ténébreux de Steven Claydon (Mutt & Jeff, the great dictators), placées de part et d’autre de la projection d’un film dans lequel la voix du géographe national raconte la naissance du monde…sur la route du réel. Au rez-de-chaussée, dans la Ménagerie, les poupées-bibelots d’aquarium de Bruno Pelassy dansent dans un bain silencieux et répondent aux poupées molles d’Eva Rothschild spectatrice d’une Apparition inspirée du tableau de Gustave Moreau.

« Où sommes-nous ?» demande l’Orphée de Cocteau à Heurtebise: « La vie est longue à être morte. C’est la zone. Elle est faite des souvenirs des hommes et des ruines de leurs habitudes. »
Alors approchez, venez voir, la zone décadente, la maison ésotérique, à l’espace EDF ELECTRA. Et une fois à l’intérieur : bon voyage.



Julie ESTEVE

Voyage intérieur : Paris-London
Jusqu’au 5 mars 2006

Espace EDF Electra
6, rue Récamier
75007 Paris
Espace Edf Electra