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« D’étonnants détours »
Amiens s’entoure « d’art-d’art »…

En défricheur d’espaces, le Centre National des Arts Plastiques, le CNAP, poursuit sa campagne de diffusion pour l’art contemporain.
Sa mission : dynamiser la politique culturelle régionale, développer de nouvelles actions de sensibilisation, rendre visible, lisible et nomade l’art contemporain et les collections étatiques.
« D’étonnants détours » propose un parcours d’expositions avec les œuvres du Fonds National d’Art Contemporain, le FNAC, dans les différentes institutions culturelles d’Amiens...Zigzag d’art dans la ville…


Si le discours, récurrent et politiquement correct, sur une plus large démocratisation de l’art contemporain et sur son inscription physique et sociale dans le paysage culturel régional, est nécessaire, sa mise ne scène doit être à la hauteur des mots.
« D’étonnants détours » contourne la difficulté par le laconisme de sa proposition. Il s’agit d’une simple distribution d’œuvres du FNAC dans différents lieux de culture d’une ville. Entre eux, entre elles, il n’y a pas de fil conducteur, pas de thématique, pas de liant.
Même si le choix des œuvres a été pensé, par les directeurs et programmateurs de chaque structure, dans la cohérence et l’intelligence, la manifestation manque, dans sa globalité, d’énergie et de vitalité. Le morcellement du parcours et l’absence de connexion, de jonction entre les différentes étapes risquent de paralyser le « détonateur » et d’écourter les détours.

Pourtant, à l’unité, chaque « maison » culturelle défend des œuvres intéressantes.
Celle d’Ann-Veronica Janssens, Représentation d’un corps rond n°2, à l’Esad, projette le spectateur dans une sculpture lumineuse à la limite de la matérialisation. Son travail génère la perte des repères spatiaux et le glissement vers une perception expérimentale du mouvement, de la matière, de la réalité même. Le brouillard physique et tangible mêlé au bleu électrique de la lumière, créent une dimension rétinienne parallèle où se dessine une picturalité immatérielle qui devient l’objet même de la sculpture. Le corps plonge dans une expérience, glisse dans un tunnel éclairé et se noie dans la frontière du rêve. La déformation, la chute des repères permettent la transformation du monde…

La lecture du réel ou de l’hyper réel est tout autre dans l’œuvre d’Olaf Breuning, Under the Bridge,2003, présentée à l’entrée de la Maison de la culture d’Amiens, comme scène d’ouverture. L’invitation est violente dans cette mise en scène des « homeless ». Le baroque de la misère y est représenté sans trompe l’œil. Olaf Breuning expérimente une simulation de la véracité de notre réalité, nourrie de clichés médiatiques et hantée par la culture populaire. « Sous le pont » décrit une scène, une sorte de comédie musicale tragique et interroge le réel autant que notre espace de liberté. Le théâtre de l’indigence face au voyeurisme compassionnel bousculent les pupilles et dérangent les esprits. Sous le pont et sous la peau, Olaf Breuning sculpte les méandres d’une société-carcasse qui s’autodigère.

Enfin, le célèbre « Défilé » militaire de Wang Du, traverse avec impact et puissance, la salle des peintures historiques du XVIIIème et XIXème siècle, du Musée de Picardie.

L’Histoire face à l’Histoire…Le face à face anachronique fonctionne comme un révélateur de sens et marche au pas. La narration historique et la critique politique se cachent derrière l’uniforme et le décorum enveloppant du pouvoir. Sur un podium, des figurines disproportionnées proches des « poupées » Disney, jouent à la guerre et s’affrontent dans un défilé de mode grotesque, une fanfare parodique. Wang Du dénonce l’idéologie guerrière dans un show tragi-comique qui flirte avec le kitsch et le mauvais goût. Les chefs idéologiques s’habillent en clowns et les batailles en parades burlesques. Le combat est grinçant et la critique sérieuse.
A côté comme en écho, les peintures historiques du musée ingèrent naturellement cette représentation théâtrale de notre temps…Saisissant ! Cinglant !



Julie Estève
Pour www.art-contemporain.com

« D’étonnants détours », Amiens, Automne-Hiver 2006
- Musée de Picardie, exposition du 16 septembre 2006 au 14 janvier 2007
- Le Safran, exposition au Carré Noir du 16 septembre 2006 au 29 octobre 2007
- FRAC Picardie, exposition du 16 septembre 2006 au 13 janvier 2007
- Maison de la culture d’Amiens, exposition du 16 septembre au 29 octobre 2006.
- L’ESAD, exposition du 16 septembre au 29 octobre 2006.
- La Chapelle des Visitandines, exposition du 16 septembre au 30 novembre 2006.
- Le Beffroi, exposition du 16 septembre au 29 octobre 2006.

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