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Patrick Amory : Le reflet d’un monde dans une boîte noire
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Une rencontre inhabituelle entre un polaroid géant et un homme parcourant la planète entière qui est Patrick Amory. Anthropologue, écrivain*, photographe, il a conçu dès 1999, le programme Visions sur le IIIème millénaire avec le soutien de la Fondation Visions for Humanity et développé en collaboration avec les Nations Unies. Il parcourut le monde pour mettre en lumière des Hommes qui souhaitent diffuser un message de paix (le Dalai Lama…). Patrick Amory a souhaité aller encore plus loin….. ; photographier des hommes et des femmes de deux mondes différents mais ayant un même dénominateur commun, un regard universel porté vers une certaine sagesse. Des tribus ethniques au monde actuel tourné vers le culte du beau, Patrick Amory va détourner les artifices de la photo, en prenant à l’état brut des célébrités habituées aux papiers glacés de luxe, mais qui cette fois ci, seront dépourvues de tous artifices. A l’effet inverse des tribus comme les Massai découvriront des personnalités internationales, par le biais des polaroids. C’est de cette différence que naîtra une extraordinaire fusion auréolée de rites, de coutures perlées aux couleurs symboliques, une rencontre sur un fond panoramique proche d’une performance artistique.


Anthropologue, écrivain, artiste…..Quel fut l’élément déclencheur de cette envie de découvrir le monde ?

PA : Je suis le fruit de deux énergies blanche et noire, cérébrale et sensitive ; depuis tout petit, je suis survolté, physiquement indomptable, et doté d’une curiosité intellectuelle insatiable. Par le biais de mes voyages, j’ai découvert d’autres cultures, leurs richesses.
J’ai toujours eu un rapport très physique au monde.

Par le biais de vos voyages, vous avez rencontré Peter Beard ; est – ce par cette riche rencontre, qu’est née l’idée de travailler avec un polaroid géant ?

PA : Je l’ai rencontré à Paris. Il m’a fait découvrir au Kenya les Massais, l’île de Lamu, son art unique. C’est un artiste total, c’est sa vie qu’il met en oeuvres. J’ai découvert grâce à lui le polaroid géant à l’Hôtel de Rothschild au Centre National de la Photographie en 1997. Cette machine, est magique ; c’est un véritable révélateur de personnalité. J’ai eu l’idée de m’en servir pour une série de portraits uniques.
Il n’existe que deux exemplaires au monde de cet appareil : en bois, complètement déplié il mesure 2,10m de haut, 2m de long et pèse 300kg.
Il produit, en 90 secondes, un tirage unique et mythique dans le monde de la photographie : "The Giant Polaroïd", "le Polaroïd géant".
C’est une véritable « oeuvre-collector », de 90cm x 60cm. Son développement est instantané il n’y a pas de négatif ! Dans mon projet, chaque personne signera sa photo accompagnée d’un message axé vers la paix, et sur le thème des objectifs du millénaire pour le développement*.

Vous avez travaillé sur le thème de la paix avec des artistes et des sportifs. Pour « bénir » ces œuvres vous les apportez au Kenya, chez les Massai. Ce qui est fort, c’est que vous confrontez, deux mondes totalement différents !
Comment êtes vous arrivé à travailler avec les Massai ?
Comment ont ils réagi face aux photos et les artistes doivent être profondément étonnés par ce rituel ?


PA : J'ai voulu réunir de grandes personnalités de la musique, du cinéma et du sport parce qu’ils sont des symboles parlants pour les jeunes générations, et c’est aux jeunes que je veux m’adresser. C’est à la jeunesse qu’il faut donner foi et confiance en l’avenir... La rencontre des portraits et des messages des icônes de la culture occidentale avec des tribus, comme les Massais, est née d’un désir : celui de créer un dialogue entre les civilisations, entre les peuples, de briser les barrières entre les religions et les ethnies. Lorsqu’ils se voient en photo pour la première fois les Massais sourient ou chantent.
Tous les artistes n’ont pas encore vu la vidéo concernant « le voyage » des polaroids au Kenya…ils risquent d’être surpris ! En revanche Marc Lavoine est allé découvrir cette civilisation et ces hommes rares.

Patrick Amory s’évade un instant et décrit une scène assez étonnante et forte, qui est la suivante….

La première exposition de mon travail je l’ai voulue là, dans le berceau de l’humanité, dans la vallée du Rift aux confins du Kenya et de la Tanzanie, sur un lac salé aride, où zèbres, autruches, girafes passaient sur un fond de volcans sacrés… avec en vibration sonore les chants des Massais.

Vous baignez dans différents univers ! Vous collaborez avec des artistes et sportifs et en parallèle avec des tribus primitives. Quelle est la synthèse de ces deux mondes qui sont majestueusement réunis grâce à vos polaroids ?

PA : Les gens que je rencontre ici, ce sont ceux qui ont les consciences les plus éveillées. Cela mobilise les deux extrêmes ; je me sers de leur lumière d’étoiles – de stars - pour éclairer les racines de l’humanité : ces tribus oubliées et délaissées.
Les Massai vivent à l’état primitif, mais leur vie a un côté esthétique éblouissant.
Autour de mon appareil se vit une cérémonie. Ma boite en bois devient un totem avec ses rites et la magie de la création d’une image unique qui se révèle.
Je souhaite capter l’émotion et la sincérité….On est dans l’œuvre unique, dans ce qu’il y a de plus sacré.

Si vous deviez faire un polaroid d’une personne qui serait elle ?

PA : Nelson Mandela et le Dalai Lama qui sont deux êtres universels. Ils sont exemplaires par leur éthique et leur humanité.

Et votre autoportrait comment serait il ?

PA : Un jeu d’ombre et de lumière, et je serais accompagné d’une colombe. Enfin le message qui l’illustrerait serait inspiré par cette phrase de Gandhi :
« Ne cherchez pas le chemin de la Paix, la Paix est le Chemin ».

Une exposition aura lieu en octobre à Londres sur le dernier volet du travail de Patrick Amory Beauty for Peace ; Laetitia Catoir a gentiment accepté de répondre à quelques questions pour introduire le travail de Patrick Amory à Londres.
Laetitia Catoir est expert en art contemporain chez Christie’s à Londres, où elle est plus particulièrement en charge de la « Post –War and Contemporary Day Sale ».


Comment avez-vous rencontré Patrick Amory ?

LC : J’ai rencontré Patrick Amory lors de la vente de la collection Trigano organisée par Christie’s à Paris en juillet dernier.

Comment décririez-vous son travail ?

LC : Le travail de Patrick Amory est très intéressant et se rapproche plus de l’œuvre d’art que de la photographie au sens traditionnel du terme. Le fait que ce soit des tirages uniques ainsi que la participation des modèles par leur message inscrit sur le polaroid, et les empreintes de leur main en font des œuvres très originales et personnelles.

Quel serait le portrait que vous choisiriez ?

LC : Le portrait que je choisirais, serait l’un de Natalia Vodianova, qui a posé pour Patrick Amory 24 heures avant de donner naissance à sa fille. Les photos et les messages sont très simples et très beaux. La séance a eu lieu chez Christie’s, j’ai eu l’occasion de voir Patrick au travail avec toute son équipe et la fameuse installation du polaroid géant qu’il utilise pour prendre ses photos, c’était étonnant.



Amandine Milossis

Pour Art-Contemporain.Com

* Le Moine rebelle, carnets de lutte de ma vie au Tibet » de Tenzin Kunchap et Patrick Amory Editions Plon, mars 2000. Prix Rachid Mimouni 2000 de la littérature pour la paix et la tolérance.
Adresse lien internet :

Voir :
*www.un.org/french/millenniumgoals.

Contact email : visions3m@wanadoo.fr


Patrick Amory : A world reflected in a black box

This is an extraordinary encounter between a Giant Polaroid camera and a man traveling the whole world; that man is Patrick Amory. An anthropologist, writer, and photographer, in 1999 he conceived and produced the Visions of the Third Millennium project with the support of the Visions for Humanity Foundation and developed it in collaboration with the United Nations. He traveled the world to focus on people who want to spread a message of peace (the Dalai Lama...). Patrick Amory wanted to take things even further...; to photograph men and women from different worlds but who share a common denominator, a universal view attuned to a certain wisdom. From ethnic tribes to today's beauty-oriented world, Patrick Amory takes photographs of personalities accustomed to being portrayed in glossy magazines, capturing them on film without any artifice. On the other hand, tribes like the Maasai will discover international personalities through these Polaroids. From this difference arises an extraordinary fusion bathed in ritual, in beaded strings of symbolic colours, an encounter in a panoramic setting that approaches artistic performance.

Anthropologist, writer, artist... What sparked this desire to explore the world ?

PA: I am the product of two energies, black and white, cerebral and sensitive; ever since I was small, I've been energetic, physically indomitable, and possessed of insatiable intellectual curiosity. Through my travels, I have discovered other cultures and their diversity. I've always had a very physical relationship with the world.

Through your travels, you met Peter Beard; did this meeting give you the idea of working with a Giant Polaroid camera ?

PA: I met him in Paris. He introduced me to the Maasai of Kenya, to Lamu Island, and to his unique art. He's a complete artist; he depicts his life. Thanks to him, I discovered Giant Polaroids at the Hotel de Rothschild, at the Centre National de la Photographie, in 1997. This camera is magical - it really reveals personality. I had the idea of using it for a series of unique portraits.
There are only two of these cameras in the world: made of wood, when it's completely deployed it measures 2.10 m high, 2 m long, and weighs 300 kg. It produces, in 90 seconds, a unique print legendary in the world of photography: the "Giant Polaroid". It's a real collector's work, 90 cm x 60 cm. It develops instantly. There is no negative! In my project, each person will sign his or her photo and inscribe it with a message focused on peace and on the *Millennium Development Goals.

You have worked on the theme of peace with artists and athletes. To "bless" these works, you took them to Kenya, to the Maasai. The great thing is that you bring two completely different worlds together! How did you come to work with the Maasai ?
How did they react to the photos, and weren't the artists truly astonished by this ritual ?


PA: I wanted to bring together great personalities from music, film, and sports, because they are symbols who speak to the younger generations, and it's young people whom I want to address. Young people must be given faith and confidence in the future... The meeting of the portraits and their messages from Western cultural icons with tribes like the Maasai stems from a wish: to create dialogue between civilizations, between peoples, to break down barriers between religions and ethnicities. When they see themselves in a photograph for the first time, Maasai often smile or sing. Not all the artists have seen the video of the Polaroids' trip to Kenya... they may be surprised! For one, Marc Lavoine has been to discover this rare civilization and people.

In an aside, Patrick Amory described a stunning, vivid scene, as follows...
I wanted to hold the first exhibition of my work there, in the Rift Valley, where Kenya and Tanzania meet, in the cradle of mankind, on an arid salt lake, where zebras, ostriches, and giraffes move before a backdrop of sacred volcanoes... with Maasai chants for accompaniment.

You're immersed in different worlds! You collaborate with artists and athletes, and with primitive tribes. What is the synthesis of the these two worlds so majestically joined thanks to your Polaroids ?

PA: The people I meet here are the people with the most awareness. This mobilizes the two extremes; I use the light given off by the stars to illuminate the roots of humanity: these forgotten, forsaken tribes. The Maasai live in a primitive state, but their life has a dazzling aesthetic. A ceremony unfolds around my camera. My wooden box becomes a totem with its own rites and the magic of creating a unique, revealed image. I want to capture emotion and sincerity... We're in the realm of unique works, immersed in something most sacred.

If you could make a Polaroid of one person, who would it be ?

PA: Nelson Mandela and the Dalai Lama are two universal beings who are exemplary in their ethics and their humanity.

What would your self-portrait be like ?

PA: A play of dark and light, and I would be accompanied by a dove. The message that would illustrate it would be inspired by Gandhi: "Do not look for the way to peace. Peace is the way."



An exhibition will be held in London in October on the latest part of Patrick Amory's project, Beauty for Peace. No precise date has been set, but, of course, we'll keep readers informed. To describe the event, Laetitia Catoir kindly agreed to answer a few questions to introduce Patrick Amory's work in London. Laetitia Catoir is a contemporary art expert at Christie's in London. More specifically, she is in charge of the "Post-war and Contemporary Day Sale".

How did you meet Patrick Amory ?

LC: I met Patrick Amory during the sale of the Trigano collection held at Christie's in Paris last July.

How would you describe his work ?

LC: Patrick Amory's work is very interesting and is closer to contemporary art than to photography in the traditional sense of the word. The fact that these are unique prints, as well as the personalities participation, through their inscription of messages and their placing of handprints on the works, make these works very original and personal.

Which portrait would you choose ?

LC: The portrait I would choose would be one of Natalia Vodianova, who posed for Patrick Amory 24 hours before giving birth to her daughter. The photos and the messages are very simple and very beautiful. The session was held at Christie's. I had a chance to see Patrick at work with his whole team and the installation of the Giant Polaroid camera he uses to take his photographs; it was astonishing.



Amandine Milossis

Art-Contemporain.Com

Web site:
*www.un.org/millenniumgoals.