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Amy Ernst, une célèbre inconnue
Dans la famille Ernst, il faut remonter à quatre générations pour comprendre le talent inné qui guide le pinceau d’Amy Ernst ou plutôt….la souris de son macintosh.
Déjà son arrière grand père Philip Ernst, professeur le jour et portraitiste la nuit, donne à la lignée le goût de l’art et de la création. Mais l’ascendance d’Amy est surtout marquée par son célébrissime grand père Max Ernst l’un des pères fondateurs du Surréalisme et du mouvement Dada en Allemagne. Son père Jimmy Ernst, échappé de justesse de l’oppression nazie, suivra la voie de ses predesseurs et tentera de détourner ses deux enfants de la carriere artistique. Une tentative purement utopique puisque Amy et son frère Eric sont dès leur plus jeune âge contaminés par le syndrome de « l’artiste ».
La fibre artistique d’Amy se révèle surtout par ses collages, savants mélanges de la symbolique surréaliste et de sa passion pour les portraits de femmes de l’Italie de la renaissance.
Amy Ernst est l’antithèse de tout ce que l’on peut attendre d’une petite fille de célébrité à part peut être le côté mystique. Simplicité, gentillesse et normalité caractérisent la personnalité de cette artiste qui se bat tous les jours pour se faire reconnaître pour elle et non pas seulement au travers de son illustre grand père. Malgré les obstacles, Amy semble en passe de trouver un équilibre dans sa vie personnelle et dans sa vie artistique. Son univers aujourd’hui se partage entre ses projets d’expositions au printemps 2003 et son amour pour Boudha et ses acolythes.
Notre rencontre a lieu dans son appartement-atelier d’ Union Square, très loin de la richesse ostentatoire d’Upper East Side et des bohémiens chics de Chelsea.


I) Quelle enfance avez-vous connue et a t-elle influencé votre vie ?

Je suis née dans le Connecticut à South Norwalk. J’ai passé mon enfance et mon adolescence entre East Hampton et Long Island dans une atmosphère très familiale, très traditionnelle, loin de la vie d’ artiste de mon grand père et mon père. J’ai fréquenté l’école publique et j’ai surtout toujours été poussée par mes parents à faire tout autre chose qu’embrasser la carrière artistique.

II) Devenir peintre a t-il été une évidence pour vous ?

J’ai toujours dit que c’est la peinture qui m’a choisie et non l’inverse. Adolescente j’ai toujours été passionnée par le théâtre, plus exactement les costumes de théâtre. Ma mère avait ses placards emplis de tenues dénichées aux puces que je passais mon temps à essayer. De toutes façons j’ai toujours eu beaucoup d’imagination. J’ai d’ailleurs travaillé dans le milieu théâtral jusqu’à l’âge de 22 ans.

III) Pourquoi avoir finalement opté pour la peinture ?

J’ai toujours eu un problème de dyslexie et de perspective. Je suis donc partie étudier l’art à Venise, notamment les perspectives dans les dessins de Canaletto.
L’art m’a aidée à gérer ce problème et à passer les difficultés de la vie (la mort de mon père en 1984 et mon divorce la même année après dix ans de mariage). J’ai obtenu un diplôme en administration artistique et business ce qui m’a permis de travailler dans de nombreuses galeries et musées.

IV) Votre grand père a vécu et est mort à Paris. Avez vous un attachement particulier à la France ?

Ma mère et moi avons des amis en France et un appartement rue du bac. A part ça je n’ai pas d’amour particulier pour la France même si je rêve de pouvoir exposer un jour mes œuvres dans un musée ou une galerie parisienne. Un jour j’ai rencontré Jack Lang ,alors ministre de la culture, et je lui ai fait part de mon rêve d’exposer mes œuvres au Centre Georges Pompidou. Il m’a regardée d’un air moqueur et ma demande est restée sans suite.

V) Avez vous souffert en tant qu’artiste de porter un nom si prestigieux ?

Oui bien sûr.Les gens sont plus intéréssés par exposer les œuvres de mon grand père que les miennes. Le plus souvent on me propose d’exposer seulement si mes œuvres sont mises en parallèle avec celles de Max Ernst. Maintenant je refuse. Mon père avait aussi souffert de cette notoriété. Alors de je donne des conseils de gestion à d’autres artistes et écris des articles sur l’art dans des revues. J’ai aussi fait des recherches pour des catalogues raisonnés et tous les vendredis soirs j’organise des « panels », des réunions où les artistes peuvent s’exprimer librement.

VI) Comment vous sentez-vous aujourd’hui dans votre vie d’artiste ?

Depuis trois ans je vais beaucoup mieux. J’ai découvert le bouddhisme et l’amour à l’Ananda, un ashram hindouiste situé à Upstate New York. C’est un centre de méditation où j’étudie le sanskrit et je pratique le yoga. Je fais enfin quelque chose de positif pour moi et j’apprends à gérer mon ego. Depuis que je fréquente ce groupe, j’arrive mieux à me concentrer,à créer.Maintenant je peux peindre pendant des heures en musique sur l’ordinateur. J’arrive à finaliser mes œuvres.

VII) Comment travaillez vous et sur quels supports ?

Ca fait presque 30 ans que je fais des collages. J’ai commencé à travailler sur ordinateur avec un groupe d’artistes international en 1995-96, les FLF (Future less future). On faisait des collages et des photomontages uniquement pour internet avec photoshop. Aujourd’hui je fais des tirages de mes photomontages puis je les retravaille à la peinture à l’eau et avec d’autres matériaux. J’ai arreté il ya 5 ans de travailler à l’huile car c’est très toxique. Je voyage beaucoup à travers le monde et rapporte des photos d’un peu partout. Apres mon exposition en Alaska, j’ai fait des collages avec des photos prises là-bas et du bois que j’ai ramené. J’ai aussi installé une camera digitale que je branche lorque je crée. C’est un peu la mémoire de mon travail.

VIII) Utilisez-vous les techniques de création de votre grand-père comme le frottage ?

Je n’ai jamais utilisé les mêmes techniques que lui. C’est le collage qui m’a choisie. Je ne pense jamais en créant. Tout est naturel et automatique. Je fais des collages sur des boites de cigares, sur des livres.
En revanche je voudrais vraiment apprendre la technique utilisée par les surréalistes appelée le « fumage ». Elle consiste apparement à brûler la surface de la toile à la bougie.

IX) Qu’est ce qui inspire votre travail ?

Je suis fascinée par les portraits de la Renaissance italienne. J’ai fait de nombreux collages autour de ces images de femmes. J’adore aussi le dessin, les paysages de mes voyages et les photographies architecturales. J’introduis maintenant dans mes collages des images et des couleurs de paix autour de Bouddha et de l’Italie. Une approche plus positive de ma vision du monde.

X) Quels sont vos projets pour les mois à venir ?

J’ai deux expositions en préparation à New York et à Morehead City:
« collage, book and painting” à la galerie Monique Goldstrom et à Carteret Contemporary art.

Propos receuillis par Joan Amzallag

visuel : Temple of Surrealism de Amy Ernst.