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Art Basel, 36ème édition, ou la frénésie du marché de l’art contemporain.
La renommée de la foire de Bâle est de plus en plus associée à celle du « Festival de Cannes ». Cette 36ème édition a soutenu parfaitement ce comparatif fort élogieux. La presse autant que les acteurs du marché de l’art ne s’y trompent pas : Art Basel a tous les attraits de l’événement international attirant les foules, et surtout des collectionneurs toujours plus nombreux.


L’exaltation du vernissage allait de pair avec la fébrilité des acheteurs qui se pressaient le plus tôt possible dans les Halls 2.0 et 2.1 pour avoir le privilège de choisir les futures pièces qui entreront dans leurs collections. En effet, les œuvres les plus inaccessibles, comme l’émeraude géante de Jeff Koons vendue par la galerie Gagosian, ou les plus abordables, souvent des lithographies et quelques dessins à partir de 1500 euros, partaient dès le vernissage et lors des premières heures d’ouverture au public. Art Basel offre un choix exceptionnel : 275 galeries du monde entier qui présentaient le travail de plus de 1500 artistes du XXème et du XXIème siècles.

Malgré la présence de grandes galeries spécialisées en art moderne, la tendance d’Art Basel est confirmée avec la présence voulue de jeunes artistes. Les prix peu élevés et la possibilité d’une forte spéculation sont des facteurs attractifs, mais ce phénomène ne restera t’il pas qu’un effet de mode ?

Les accrochages des galeries sont quant à eux souvent liés aux résultats des dernières ventes aux enchères de New-York (un mois avant Bâle) ainsi qu’aux expositions des commissaires internationaux à la Biennale de Venise, inaugurée 5 jours avant. On retrouve ainsi des dessins sur calque inspirés de l’histoire de Pinocchio d’Annette Messager (représentant le Pavillon Français à Venise) à la galerie Marian Goodman, les dernières photographies pixellisées de Thomas Ruff (« The Experience of Art », deuxième salle du Pavillon Italien) à la galerie Mai 36 entre autres, ou encore Thomas Scheibitz (représentant le Pavillon Allemand) chez Bonakdar, Produzentengalerie et Sprüth/Magers ; confirmant que ces deux types d’événements, foire et biennale, ne peuvent ne pas avoir de répercussions l’un sur l’autre, rappelant par là les corrélations qui existent entre les expositions et la côte des artistes.


Si Annette Messager a merveilleusement représenté la France à Venise en gagnant le Lion d’Or, nous avons constaté pour notre égo national que ni les galeries, ni les artistes français n’étaient en reste cette année à Bâle. Pour ne citer que les plus connus, Pierre Bismuth, Daniel Buren, Bernard Frize, Bertrand Lavier ont été retenus pour montrer leurs travaux récents dans le secteur « Art Unlimited »(hall 1). Du côté des galeries, ce sont Air de Paris, In Situ, Yvon Lambert, Kamel Mennour, Nelson, Emmanuel Perrotin et Praz-Delavallade qui ont présenté ou participé à la présentation d’un ou plusieurs projets dans ce secteur et dans celui de « Art Goes Public » dédiés en grande partie à des œuvres monumentales. L’installation très engagée de Kader Attia, « The Loop », soutenu depuis 5 ans par Kamel Mennour, a d’ailleurs été vendue presque immédiatement. Christine Rebet dont il présentait une série dessins ainsi qu’une installation vidéo a rencontré le même enthousiasme dans le secteur « Art Statements ». Et si Kamel Mennour reste modeste quand au succès croissant de sa galerie, ses futurs projets sont à suivre de près, entre autres à Miami en décembre. Ce qui le différencie d’autres galeries françaises : certainement moins son caractère de marchand qu’une forme d’engagement aussi fort que celui des artistes qu’il représente.
Le seul regret dont nous a fait part un galeriste parisien : le faible nombre de collectionneurs français.

Mais au-delà du cœur de Bâle et des halls d’Art Basel où s’opèrent les plus grosses transactions, d’autres foires, telle Liste qui fête ses dix ans, proche de la rive gauche du Rhin et, Volta, dont c’est la première édition, située sur la rive droite en aval, regroupent chacune deux autres catégories de galeries et ici contrairement à Paris, ils coexistent. La première, Liste, est ouverte aux jeunes galeries qui ont moins de 5 ans d’activité. Pour beaucoup, elle est un tremplin vers Art Basel et les ventes peuvent y être aussi rapides et frénétiques que chez sa grande sœur. Quant à Volta, elle est née de l’envie de trois galeristes de créer une foire accessible aux galeries intermédiaires, représentant de jeunes artistes, dans un cadre plus agréable et professionnel que Liste et privilégiant un accrochage d’exposition sur un accrochage marchand. Les collectionneurs n’ont d’ailleurs pas tardé à se diriger vers cette nouvelle foire et dès les premiers jours de nombreux exposants avaient vendu une grande partie de leurs stands.

Bâle semble donc être le meilleur endroit au monde pour acheter ce que le marché propose de plus sélectif en matière d’art contemporain, qu’il s’agisse de jeunes artistes comme Didier Rittener repéré lors du Concours Fédéral d’art 2005 (Hall 3) et dont toutes les œuvres exposées à la Liste ont été vendues, ou bien de grands artistes du XXème siècle comme Andy Warhol représenté lors de cette édition par 28 galeries !

Marie-Aimée Leroux

Rdv l’année prochaine pour la 37ème édition d’Art Basel qui aura lieu du 14 au 19 juin 2006