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Lille 2004, point final ?
Dans la nuit du 20 novembre, Lille s’est préparée à tourner la page de son année de Capitale Européenne de la Culture, à grand renfort de chars colorés et de bals populaires. Populaire, telle était la volonté de son maître d’œuvre, Didier Fusillier, pour que tous se retrouvent une fois encore dans la rue, après l’énorme succès du Bal blanc du 6 décembre 2003, et de la fête des Géants en juillet, les deux évènements qui marquèrent le plus les lillois.

Pendant un an, ce furent 8 millions de visiteurs qui se pressèrent à quelques 2300 manifestations, présentant plus de 3000 artistes de tous les horizons culturels et géographiques. Le budget le plus important de toute l’Europe aura permis à Lille et sa région de se refaire une image nouvelle. Lille, enfin !, n’est plus cette ville du bout de la France, sinistrée et déprimante comme dans un film de Bruno Dumont, mais une capitale européenne à l’effervescence culturelle qu’on voudrait comparable à celle de Londres, sa voisine d’Outre-Manche. Pour Lille 2004, pour la municipalité, pour la région, ce fut une réussite. Martine Aubry, Maire de Lille et Présidente de l’Association Lille 2004, se réjouit que Lille soit désormais dans le hit-parade des villes que l’on visite, tandis que les voyagistes japonais la programme dans leurs tours du monde !

Tous les arts furent représentés, de la danse à l’opéra, des arts plastiques à la poésie, du théâtre à l’architecture et au design, du spectacle de rue au cabaret intimiste, effaçant les frontières entre tout ces modes d’expressions. Des artistes de tout genre, Rubens, certes, mais pas seulement, de célèbres contemporains, Buren ou Bill T.Jones, mais pas seulement...Beaucoup de jeunes artistes du monde entier ont apprécié de pouvoir bénéficier de la visibilité offerte par Lille 2004, qui, de son côté, affirma un réel désir de montrer ce qui était contemporain et pas seulement connu. Certains auront regretté que les artistes régionaux n’aient pas été davantage sollicités (hormis la belle exposition « On a choisi Rubens » au Palais Rameau)...Mais Lille, capitale régionale de la culture, ce n’était pas nouveau ! et pas le propos...

Lille 2004, c’est fini, et une aspirine de la taille de l’Opéra, rénové de tous ses ors pour l’occasion, ne suffirait pas pour faire passer un tel lendemain de fête. A Lille, personne ne veut croire que « tout va s’arrêter ». Pour les lillois, Lille 2004 aura impulsé une vitalité culturelle qui ne saurait s’éteindre. Pour tous ceux qui ont dépenser sans compter leur énergie pour que s’organisent les centaines de spectacles, expositions, fêtes et « Mondes parallèles », il sera désormais bien difficile de retrouver une atmosphère aussi galvanisante et survoltée, où l’on a appris à maîtriser l’urgence et à jongler avec mille projets à la fois...Alors, ici et là, on murmure que tout n’est pas fini, à l’instar du Pavillon de Thé tout droit venu de Shangaï installé sur la Place du Théâtre et qu’on n’imagine pas démonté et renvoyé en Chine. On sait déjà que le Tri Postal, lieu devenu culte et emblème de cette profusion créatrice, restera ouvert et il s’y passera des choses. On parle d’une Biennale pour 2006, et Didier Fusillier ne serait pas loin. Les douze Maisons Folie, lieux de rencontres et d’échanges entre habitants des quartiers et artistes doivent pérenniser ce « nouvel art de vivre » qu’espèrent avoir insufflé les organisateurs de Lille 2004. Mais il faudra beaucoup d’énergie, de talent et surtout de moyens pour que les municipalités puissent faire perdurer cet élan, comptant aussi sur ce que l’évènement aura suscité de vocations et de projets dans la population.

Lille laisse la place à Cork, Capitale Européenne de la Culture en 2005, mais le point final de cette aventure n’est peut-être que points de suspension.

MARIE DEPARIS



visuel : Compagnie OFF- Les Girafes- Opérette animalière- Copyright David Darrault- Compagnie OFF.