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MODERNOLOGIES : DANS LE DÉSERT DE LA MODERNITÉ

Une exposition, produite par le MACBA de Barcelone, rassemble près de 130 oeuvres réalisées par une trentaine d’artistes sur le thème de la modernité architecturale. Autant d’oeuvres que de questions portant à la fois sur notre passé architectural proche et sur l’héritage conceptuel qu’il représente. D’abord présentée au MACBA entre le 23/09/2009 et le 17/01/2010, l’exposition sera au Musée d'Art Moderne de Varsovie, du 12 février au 5 avril 2010.

Postmodernité, hypermodernité, surmodernité, extramodernité… Depuis les années 80, les tentatives pour dépasser la modernité et définir notre époque sont légion, mais elles ont toutes en commun de se situer dans la continuité de la « tradition » moderne. Comme si après avoir fait un pas en dehors de l’espace moderne, on ne pouvait que se résoudre à y retourner pour reformuler une fois de plus la même chose. Dehors, c’est l’apesanteur des idées, le vide cosmique où perdent pied les cosmonautes, mis en scène par l’artiste allemande Isa Genzken, dans le hall du MACBA.

En architecture, la tradition de la modernité, c’est avant tout un vocabulaire formel qui, bien que vidé de son sens, continue de servir de référence à la plupart des architectes. Le musée qui accueille cette exposition, conçu par Richard Meier en 1987, est un parfait exemple d’une architecture moderne émancipée de toutes considérations autres que purement formelles.

La première oeuvre qui nous est présentée dans l’exposition fait référence au congrès d’architecture des CIAM. Si à Francfort, en 1929, il s’agissait de décider de règles universelles pour garantir à tous un habitat digne de l’idéal moderne, il s’agit aujourd’hui, dans l’oeuvre de l’artiste catalan Domènec, de créer un logement d’urgence pour sans-abri.

La forme, librement inspirée du monument pour Rosa Luxemburg dessiné par Mies van der Rohe, devient une véritable provocation quand on se souvient du projet de justice sociale qui animait aussi bien les premiers dirigeants communistes que les premiers architectes modernes.

Avec In the desert of Modernity. Colonial Planning and after, Marion von Osten, artiste allemande, soulève la question du colonialisme face aux idéaux modernes, dans les projets réalisés en Afrique du Nord.

Que signifie une forme vidée de son contenu ?Doit-on abandonner le vocabulaire formel de l’architecture moderne ? Peut-on encore croire à un langage universel pour véhiculer des idéaux de la démocratie et des Droits de l’Homme ?

Les logotypes de l’artiste californien John Knight nous mettent sur la voie du branding (la création de marques), activité aujourd’hui comparée dans de nombreuses analyses à celle des grandes agences d’architecture qui fonctionnent de plus en plus comme des marques, utilisées par les décideurs politiques et économiques pour parfaire l’image des villes.

À l’opposé du travail sur le branding, le travail de typologie de l’artiste péruvien Armando Andrade Tudela vise à créer un nouveau vocabulaire moderne spécifiquement péruvien et suffisamment neutre (sans signature ni marque) pour avoir une portée universelle.

En mettant l’accent sur les failles du projet moderne, en proposant de nouvelles lectures de notre histoire récente et, surtout, en s’appropriant des mécanismes conceptuels de la modernité, les oeuvres de cette exposition constituent une source d’inspiration précieuse pour tous les visiteurs et, en particulier, pour les architectes.


Jean-Philippe Peynot


Le musée d'Art Moderne de Varsovie sur net

NDLR - Jean-Philippe Peynot est architecte et artiste et il poursuit actuellement une recherche en philosophie de l’art sur le thème de la mesure dans l’art contemporain.
Il effectue actuellement une résidence d'artiste au Can Xalant - Centre de Création Contemporaine à Mataró (Proximité de Barcelone)
Il est l'auteur de deux livres :
- Bernar Venet. 1 pour 1 París: Editions Archibook, 2008
- Tàpies. 1, 2, 3: Bang ! París:
Editions Archibook, 2006