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Bernar Venet conquiert Park Avenue
Installé depuis 1966 à New York, Bernar Venet expose pour la première fois en plein air à New York, trois de ses œuvres de la série « Lignes indéterminées », série de sculptures monumentales en acier démarrées après une longue pause de 6 années dans son travail. Connu à travers le monde pour ses arcs, ses angles droits, ses spirales d’acier géants exposées dans les villes et les parcs, Bernar Venet nous explique sa technique de travail et ses ambitions. Un artiste prolixe qui ne demande qu’à laisser sa trace dans l’histoire de l’art du XXIe siècle.

I) Park Avenue accueille trois sculptures de la série « Ligne Indéterminées ». Expliquez-nous ce concept ?

Tout mon travail sur la sculpture tourne autour de la Ligne. Mes premières œuvres utilisaient les théories mathématiques pour introduire dans l’art un nouveau système de signe jamais exploré. Quand j’ai commencé à créer il n’existait que le figuratif ou l’abstraction. Mes oeuvres ne sont ni l’un ni l’autre. Mes premières sculptures reprenaient le thème de l’arc, l’angle et de la diagonale qui sont des lignes déterminées par une équation mathématique. J’ai arrêté de créer pendant 6 ans pour réfléchir aux arcs et à l’idée de la ligne libre dénuée de toute contrainte mathématique. Je me suis mis à faire la série des lignes indéterminées.


II) En quoi êtes vous l’inventeur d’un genre nouveau ?

Le créateur a un but : il connaît ce qu’est l’histoire de l’art et va remettre en question tout ça en y ajoutant de la création. L’œuvre d’art a une identité qui lui est propre. J’arrive à donner à l’œuvre d’art un niveau d’interprétation unique avec les degrés et les noms inscrits sur le côté de chacune des mes sculptures .


III) En quelle matière sont fabriquées vos sculptures et sont- elles composées de pièces unique?

Les lignes déterminées sont fabriquées en acier Cor Ten que l’on ne peut pas tordre sinon elles casseraient. Celles de Park Avenue sont en acier brut et plein appelé acier XC10, tordu à froid c’est à dire qu’on peut le tordre jusqu’à un certain point sans prendre le risque de le voir casser. Cet acier contient très peu de carbone. Mes sculptures sont composées d’une pièce unique.


IV) Y a t-il un challenge humain à travailler l’acier ?

Non. Je travaille l’acier comme j’ai travaillé avant le charbon, la toile, le bois. Je peux aussi choisir de travailler d’autres matières si je le décide. Bien sur, l’acier est un matériau noble, résistant. Il inspire le respect.


V) Utilisez vous une technique particulière pour travailler l’acier ?

J’ai crée une technique particulière pour tordre les barres d’acier. Mes sculptures pèsent dans les 8 tonnes et il faut une structure suffisamment solide pour les réaliser. Je les tords 50cm par 50 cm avec un pont élévateur qui peut soulever 20 tonnes. On doit aussi respecter un certain nombre de proportion : 2m60, 2m80. les cercles ne doivent pas être trop maigres.
La fabrication des « Lignes Indéterminées » est dangereuse. C’est pour moi un véritable bras de fer avec le matériau et une souffrance physique. Je les réalise seul. Il me faut une semaine par pièce. La Fabrication des arcs est techniquement beaucoup plus facile.


V) Ou sont fabriquées vos sculptures ?

Celles de Park Avenue sont fabriquées dans une usine des Vosges : les ateliers Marioni. Je travaille avec un ouvrier qui m’aide à soulever ou chauffer un endroit précis de la barre d’acier. Tout le reste de mon travail est fait en Hongrie. J’utilise l’aide d’ingénieurs et de techniciens spécialisés pour la réalisation des « lignes déterminées ». Je suis nul en technique et je ne sais pas souder.


VI) Pourquoi avoir choisi Park Avenue plutôt qu’un autre endroit à New York pour exposer ces sculptures ?

C’est le seul endroit à Manhattan qui accueille des œuvres d’art chaque année. J’ai obtenu l’unanimité des voix du conseil de décision de Park Avenue. Les conditions d’exposition sont aussi idéales pour mes œuvres : je voulais être sur des gazons parfaits où rien ne dérangent mes sculptures.


VII) Quelles ont été les contraintes techniques à cette installation ?
Il fallait installer les œuvres pendant la nuit à heures précise. Il y avait aussi d’énorme contrainte de poids. Nous sommes d’ailleurs en parfaite illégalité puisqu’il y a une surcharge considérable. J’ai donc utilisé des barres d’acier au sol pour distribuer le poids des œuvres.


VIII) Pourquoi exposer vos œuvres simultanément dans trois endroits différents sur Manhattan ?

Je suis un boulimique d’expositions. Je fais beaucoup de choses et si on me donne la possibilité j’exposerai beaucoup plus. Cet automne je ferai de nombreuses expositions performances.


IX) Parlez nous du projet Global Diagonal ?
C’est une idée un peu folle de construire une diagonale matérialisant une trajectoire virtuelle entre deux villes de culture, de religion, de races très éloignées. Shanghai- New York, Paris –Sydney….
C’est un projet symbolique qui abolirait les barrières entre les peuples. A chaque pieds de la diagonale serait installées des écrans où les deux peuples pourraient communiquer et s’observer.

Propos recueillis par Joan Amzallag



Bernar Venet’s « Indeterminate Lines »
Park Avenue entre 50st et 54st jusqu’au 29 août 2004


Lien vers le site de l’artiste


Si on ne va pas à New York, on peut retrouver une rétrospective
de Bernar Venet à Poitiers :

L'HYPOTHÈSE DE L'ARC de Bernar Venet
Au Musée Sainte-Croix
3 bis, rue Jean Jaurès
86000 Poitiers
jusqu’au 15 aôut 2004
Cliquez-ici pour plus de renseignements


Photo credit: Archives Bernar Venet
BERNAR VENET SUR PARK AVENUE
10 Mai – 29 AOUT 2004
“Trois lignes indéterminées”, 2003
283 x 282 x 460 cm, acier cor-ten
Installation sur Park Avenue et sur 54ème rue