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« Si loin, si proche » à Chizè
L’œuvre n’est chemin que dans la mesure où s’y précipitent les départs et ce, toujours dans l’ignorance du lieu d’arrivée. Dans le croisement de ces itinéraires, il arrive parfois qu’une exposition se dessine. A l’occasion des Rencontres internationales d’art contemporain de Chizé, six artistes colombiens donnent à chacune de leurs démarches la forme d’une œuvre arrêtée et c’est dans l’église romane d’Availles s/Chizé, que s’organise leur exposition.
« Si loin, si proche », ne s’empêche-t-on pas de penser lorsque chaque œuvre semble amorcer une réflexion sur la distance, celle de soi au monde, celle de la figure et du paysage, émergeant selon des rapports de forces et de tensions. Pour Germàn Parra, la peinture est « instinctive et se réclame de l’inconscient ». Elle est cette matrice rouge, terre, or de laquelle le sujet se dégage et se dresse. Le sujet serait alors comme un motif où se tisse une analogie entre l’homme et la bête : tête surmontée de cornes ou bien visage sans nom, lutte d’où s’écarte par moments un morceau de feuille d’or qui semble bientôt une victoire, le scintillement de l’esprit et de ses mots. Quant aux tableaux-fenêtres de Jaime Gomez, ils s’ouvrent sur d’autres lois de l’esprit, les mathématiques: les objets, posés sur le rebord ou suspendus dans les airs, sont à chaque fois l’enjeu de nouvelles compositions. Modulées par le nombre d’or, celles-ci font du support carré de la toile l’ordre imagé de l’harmonie. Dans son travail, les lignes de force s’équilibrent mais, par contre, dans les « Machuca » de Camillo Echavarria, elles redoublent l’histoire d’un affrontement de guerilleros colombiens contre la police. En effet cette peinture s’organise en strates, comparables à une cartographie en relief. L’œil y suit les courbes de canyons qui auraient pu être ceux du village de Machuca, dont le nom a été repris pour titrer la série. Là-bas, suite à ce violent affrontement, une coulée de pétrole s’est déversée de l’usine voisine jusque dans la rivière. C’est alors un lit de feu - le pétrole glissant à la surface de l’eau – qui s’est dirigée vers le village de Machuca, embrasant aussitôt les habitations. Et, dans les peintures de Camillo Echavarria, de la cendre transparaît encore, comme si celle-ci avait été projetée par l’artiste à la mémoire d’un événement qui ne figura pas dans la presse nationale.
« Si loin si proche » pourrait-on répéter devant les toiles de Carlos Narińo pour qui le ciel couvre la terre de la même façon, en France et en Colombie. A ce sol - où les distances se mesurent par un seul coup d’œil - s’opposent le ciel et ses configurations de nuages, dont on ne sait si l’ombre va nous atteindre bientôt. Evaluer l’éloignement de ces horizons revient pour l’artiste à faire un voyage mental à travers la densité de l’air et celle de la couleur.
Ainsi à travers des pratiques très différentes, l’exposition collective paraît guidée par les mêmes recherches : dans le cheminement de l’œuvre, trouver les voies qui mèneront le regard à voyager et à reconnaître dans l’ailleurs ce que l’on n’a jamais réellement quitté.

Daphné LE SERGENT

« Si loin, si proche » Expositions de six artistes colombiens :
Homero Aguilar
Camillo Echavarria
Jaime Gomez
Rafael Holguin
Carlos Narina
Germàn Parra

A l’église d’Availles s/Chizé dans le cadre des
2ème Rencontres Internationales d’Art Contemporain de Chizé.
Du 23 au 26 juillet 2004


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visuel : Carlos Narińo, « Le soir », 2003, huile/toile.