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JORDI COLOMER découverte
Institut d’Art Contemporain de Villeurbanne propose jusqu’à la mi-janvier une belle exposition consacrée entièrement à Jordi Colomer.
La qualité des différents travaux de cet artiste catalan est déjà reconnue en Espagne, en Allemagne et en Suisse. L’IAC, en lui offrant un espace de plusieurs centaines de mètres carrés présentant les différentes étapes de son parcours, donne à cet artiste peu connu en France l’occasion de se faire découvrir du public français, notamment du public lyonnais. Jean-Louis Maubant, commissaire de l’exposition, considère que cet artiste fait partie des plus importants créateurs contemporains de la scène plasticienne européenne.

Son Œuvre est marquée par la littérature, principalement par Perec et Ionesco : Comme eux, le travail de Jordi Colomer souligne l’absurdité du quotidien. L’artiste est attentif à ce qui l’entoure ; avec un regard de sociologue et de psychologue, il traque les petits riens de la vie et pose finalement LA question fondamentale qui est celle liée à l’existence.

Les œuvres montrées ici dévoilent la richesse et la diversité de son parcours : travaux sur papiers, sculptures, photos et installations expriment une réelle maturité. Toutefois, dans cette multitude de productions, l’artiste semble s’être épanoui principalement dans la vidéo (et sa mise en scène) et c’est ce que nous retenons ici.

Architecte de formation, l’artiste intègre dans nombreuses de ses créations sa perception toute particulière de l’espace. Il réalise par exemple des volumes « habitables » dans lesquels il intègre des vidéos. Pour présenter Simo (vidéo, 1997), l’artiste construit une sorte de petit cinéma de bois, en forme de boyau suspendu sur pilotis et intégralement peint en rouge, auquel on accède par quelques marches. Ces sortes de pièces invitent le spectateur à pénétrer dans un univers (décor et support) où le simulacre et le réel sont difficilement distinguables.

Pour Le Dortoir (2002), Jordi Colomer filme l’intérieur d’une tour de banlieue au lendemain d’une grande fête. Nous visitons chacune des pièces l’une après l’autre, grâce à un mouvement de caméra obsédant qui ne se soucie pas de la limitation de l’espace, puis découvrons peu à peu que les objets et architectures sont en carton. La fête elle-même a t-elle été fictive ? L’espace, tout comme l’histoire, n’est jamais donné.
Il y a toujours dans mon travail des passages et des corridors qui nous emmènent d’une histoire à une autre.

Dans Anarchitekton, (2002-2004) œuvre construite comme un work in progress, un personnage, Idroj Sancine, parcourt différentes villes ( Barcelone, Bucarest, Brasilia et Osaka). Dans chaque lieu il brandit, comme un étendard, une maquette (là encore en carton) d’un des éléments architecturaux les plus connus de la ville, et dans un conflit d’échelle, défie son gigantisme. Dans cette série de vidéos qui discourt à la fois sur la ville et sur le faux-semblant, seul « le déplacement » est constant. L’architecture se fond dans la vie quotidienne, elle perturbe le paysage et peut, selon Jordi Colomer s’intégrer avec la performance.

Les Villes (2002) est un bon exemple de ce mélange des genres ; une femme, accrochée à une corniche, traverse avec la force des bras la façade d’un immeuble. Nous trouvons-nous dans un film d’action, dans un mélo ? Cette héroïne des temps modernes est dédoublée par un écran qui lui fait face, où la scène n’est plus tout à fait identique…tandis que l’une réussit son exploit, l’autre chute lamentablement dans le vide ! Le vidéaste joue souvent du décalage dans la projection, où il est aussi constamment question de limites, de bords et de cadrage.
Si la littérature et le cinéma l’inspirent, le théâtre et la sculpture paraissent avoir une place tout aussi importante. Toutes les mises en scène présentent des décors (toujours symboliques) qui s’affirment en tant que tels et qui, d’ailleurs, font dire à leur auteur qu’elles sont des « sculptures dilatées dans le temps ».

Malgré le grand nombre de vidéos, ce qui pourrait donner un effet un peu « plat » à l’exposition, le spectateur est stimulé par la muséographie. Le rouge se présente comme élément de décor, il est présent du sol au plafond dans les espaces de circulation et donne un ton très théâtral. Des centaines de chaises ponctuent l’espace et représentent comme la couleur rouge, une constante de l’exposition. Elles sont toutes uniques, car selon Jordi Colomer « chaque spectateur n’est pas seulement public mais aussi individu, chacun est différent et doit pouvoir choisir sa chaise ».
Ce genre de détails confirme le fait qu’au-delà de son questionnement sur l’espace, l’artiste s’intéresse peut-être davantage à l'Homme dans un contexte donné. Ses vidéos toutes très travaillées comportent une sorte de moralité, au bon sens du terme, permettant d’appréhender l’œuvre comme une niche ouverte, pleine d’entrées possibles, et une grande liberté de jugement.

Sandrine Dobler

Jusqu’au 16janvier 2005
Jordi Colomer à
I.A.C-Institut d’Art Contemporain à
Villeurbanne
Cliquez-ici pour visiter le site de l’I.A.C


Visuel : Photo Sandrine Dobler - vu de la vidéo Les Villes -