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FRAC : 20 ans déjà ...

1er partie de l'entretien réalisé avec Katia BAUDIN, Directrice du Frac de la Région Nord - Pas de calais et Présidente de l’Association des Directeurs des Frac.

Pouvez vous nous résumer les grands axes d’actions et d’interventions des Fonds Régionaux d’Art Contemporain - Frac - et nous en donner des exemples concrets ?

"Les Frac, le Frac Nord — Pas de calais (Pdc), ont été créés en 1982 avec les mêmes objectifs fondamentaux, à savoir : le soutien à la création contemporaine, notamment à travers la constitution d’une collection, la diffusion de cette collection et la sensibilisation d’un large public à l’art contemporain. Les premières acquisitions datent de 1983. Au fur et à mesure, les Frac ont donc construit des politiques artistiques, de diffusions et de sensibilisations complémentaires les unes des autres et s’inscrivant dans leurs territoires respectifs. C’est pour cela que l’on parle aujourd’hui de 22 Frac et de 22 collections ayant chacune son identité, sa singularité.

Dans le cas du Frac Nord-Pdc, cette singularité de la collection se trouve dans un ensemble conséquent réalisé autour du design. Notamment le design mobilier, plus précisément autour de la notion de l’assis. Avec la constitution de cette collection, nous avons essayé ces dernières années de renforcer et de démontrer les relations entre design et Art Contemporain. Au cours des années 1990, il y a eu la création de passerelles assez importantes entre des designers et des artistes. Ces derniers regardant vers le design, aussi bien actuel que des années 60 et des designers dont les créations sont marquées par ce qui se passe dans le monde de l’art contemporain, et engendrant parfois des collaborations étroites entre les deux.

Mais de façon plus large la politique d’acquisition et la politique artistique du Frac Nord-Pdc interrogent la notion de frontière :
- frontière entre les disciplines, notamment Art/Design,
- frontière géographique, nous essayons d’être tout particulièrement attentifs à ce qui se crée en Europe septentrionale du fait de notre position la plus au nord de la France,
- frontière par rapport à la notion de l’espace d’exposition : si nous avons des espaces d’expositions propres à Dunkerque, notre mission est aussi d’encourager d’autres lieux à travailler avec notre collection, d’être à l’écoute d’artistes qui ont envie de réaliser des projets qui ne sont pas nécessairement faits pour être présentés dans un espace d’exposition traditionnel, mais dans l’espace public ou privé.
Dans le cadre de notre cycle InterAction, nous avons produit un certain nombre de projets réalisés spécifiquement pour l’espace public (œuvres photographiques de l’artiste suédoise M. Bäckström présentées sur des panneaux d’affichages, rond point de l’artiste N. Floc’h, etc.) ou encore des projets éphémères chez des particuliers (le projet « les déplacés » de J. Stega).

Il faut se rappeler que lors de la création des Frac, nous étions des structures complètement nomades. Nous ne disposions pas de nos propres lieux d’expositions, de réserves. Au fil des années, les collections ont grandi, nécessitant le besoin de réserves autonomes, de lieux d’exposition… nous permettant ainsi de devenir de véritables lieux de ressources et têtes de réseaux en art contemporain.

Depuis 1996, le Frac Nord-Pdc est installé à Dunkerque. Un centre de documentation et de recherche est ouvert au public, à nos partenaires, aux structures qui souhaitent travailler autour de l’art contemporain ou à partir de notre collection. Nous apportons des conseils à divers types de structures (Musées, Collectivités locales, etc) souhaitant mettre en place une politique autour de l’art contemporain.
Nous proposons une formation visant à donner des clés, à professionnaliser ces structures pour travailler avec la création contemporaine, à les sensibiliser aux questions du montage d’un projet, d’accrochage, de la conservation préventive des œuvres, de la sensibilisation du public…

Nous diffusons notre collection notamment à travers des expositions, des dépôts d’œuvres dans des musées du Nord-Pdc, en étroite collaboration avec l’association des conservateurs des musées de la région (ACMNPDC).
Mais il y a aussi tout un autre travail que nous réalisons avec d’autres types de lieux d’expositions de dimension locale : des maisons de quartiers par exemple, comme celle du quartier de Rosendaël à Dunkerque, où un projet pédagogique à travers des expositions (prêts d’œuvres du Frac N-Pdc) est mené conjointement avec le département de sensibilisation de l’Ecole des Beaux Arts de Dunkerque.

Cet exemple nous amène à parler d’un de nos très importants partenaires, l’Education Nationale. Depuis maintenant 13 ans le Frac Nord-Pdc travaille avec le Rectorat de Lille sur la présentation d’œuvres de sa collection dans des lycées et des collèges et depuis 3 ans dans des lycées professionnels. Chaque année, une quinzaine d’établissements – issus de quartiers sensibles ou ruraux (public éloigné de l’offre culturelle)- accueillent une œuvre du Frac, autour d’un projet pédagogique conçu par les enseignants en arts plastiques et en arts appliqués.

Nous sommes animés de la volonté d’aller vers le public et essayons toujours de déplacer nos œuvres pour les mettre là où le public se trouve. Cela se traduit entre autres par des acquisitions et des projets artistiques conçus pour l’espace public, car c’est là que nous allons toucher le plus grand nombre. Mais cela nécessite un réel accompagnement, une vraie réflexion sur la médiation, sur la pédagogie, pour que l’œuvre soit comprise par le public. Pour arriver à sensibiliser ce public, il faut mener des projets, des actions dans la durée. Nous essayons pour cela d’adapter le choix de l’œuvre et l’approche de médiation au public ciblé. Cela me semble vraiment primordial. Il faut respecter le public et l’amener sur la durée à découvrir peut être autre chose, à lui ouvrir de nouveaux horizons.

Pour nous l’art contemporain est surtout une manière de voir autrement son propre environnement, de voir comment des artistes contemporains questionnent notre quotidien et ce monde qui nous entoure à travers d’autres yeux."

Un Frac fonctionne principalement sous forme d’association et il est doté d’un budget dont le financement vient en grande majorité de la région et de l’Etat. Concernant le Frac Nord Pas De Calais que vous dirigez, quel en est le budget et la part consacrée aux acquisitions ?

"Si la plupart des Frac sont des associations de type Loi 1901, certains frac sont régis par d’autres formes : par exemple, le Frac Alsace fait partie d’une agence culturelle régionale. Cela pourrait évoluer dans les années à venir avec la création des EPCC (Etablissements Public de Coopération Culturelle). L’Association des Directeurs de Frac (ANDF) a missionné une étude auprès d’un avocat pour analyser les forces et les faiblesses des EPCC pour les Frac.

Les Frac ont pu être créés grâce à ce mariage entre l’Etat et les Régions et s’ils restent les financeurs majoritaires des Frac, il faut noter cependant ces dernières années, qu’il y a eu dans certains Frac d’autres financements qui ont pu être trouvés, d’autres partenaires qui se sont joints à cette histoire d’amour.
En Nord-Pas de Calais, les acquisitions sont financées par l’Etat et la Région mais pour le budget de fonctionnement d’autres partenaires interviennent, comme la Ville et la Communauté Urbaine de Dunkerque, les deux Conseils Généraux (Nord et Pas de calais) ainsi que des apports en mécénat, notamment avec les transports LECLERCQ.

Le budget d’acquisition du Frac Nord-Pdc pour 2002 était de 290 000 Euros, financé par l’Etat et la Région, avec une prise en charge légèrement supérieure par la Région. C’est un budget conséquent par rapport à d’autres Frac. Toutefois, le Frac Bretagne et le Frac d’Ile de France ont des budgets similaires. Mais dans le cas de celui d’Ile de France, c’est uniquement la Région qui participe aux financements des acquisitions, alors que pour le Frac Champagne Ardennes, c’est uniquement l’Etat.

Quand on parle de la parité Etat/région, ce n’est pas toujours le cas.

Les chiffres du Frac Nord Pdc : (2002)
Total du Budget : 1 115 000 Euros
Répartition :
- Investissement : 365 000 Euros, dont 290 000 Euros consacrés exclusivement aux acquisitions, le solde étant consacré à la restauration, la conservation des oeuvres
- Fonctionnement : 750 000 euros

Le développement des partenaires depuis 6 ans nous a permis de doubler le budget du Frac N-Pdc. Notre développement passe obligatoirement par là, car les fonds de l’Etat et de la région ne sont pas extensibles."



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