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Retour de Biennale…à Marseille

Les Ateliers d’artistes de la ville de Marseille et l’Espace Culture accueillent actuellement les œuvres d’artistes d’Aix-en-Provence, Toulon, Montpellier ou Marseille, sous le titre Retour de Naples. Deux expositions, à voir jusqu’au 10 février, dévoilent les travaux des participants à la Biennale des jeunes créateurs d’Europe et de la Méditerranée, qui a eu lieu à Naples pendant l’automne 2005.
Depuis 1984, et au fil des éditions — Barcelone, Sarajevo, Athènes — la biennale continue de porter les échanges et les rencontres de créateurs pluridisciplinaires. Dix-neuf pays, chapotés par une association internationale (BJCEM), participent désormais à cet événement, qui permet la circulation des œuvres autant qu’il offre des temps d’expérimentations et d’expositions.


A leur retour du Castel Sant’Elmo, lieu d’accueil napolitain des rencontres, les artistes français, âgés de 18 à 35 ans, ont donc proposé de nouvelles installations. Illustrant cet aller-retour, entre expérience et pratique, comme une traversée artistique de l’espace européen.
Aux Ateliers d’artistes, c’est un banc du designer Sébastien Wierinck qui accueille le visiteur avec ses longs tubes de plastique bleu, évoquant le chantier et la matière souple de délires urbains. Il côtoie l’imagerie, couleurs vives et scènes familières, de Stéphane Macédo.
Plus loin, et pour un total mélange des genres, un poème de Marice-Céline Siffert, dit tout l’incisif de ses Lettres à Monsieur, à lire dans l’ordre ou dans le désordre, au fil des jeux de mots. Ses adresses intimes et mouvementées font valser la syntaxe pour convoquer les images, déclarations d’amour au quotidien.
Aux côtés des vidéos de Clémence Pérignon surprenant le peuplier dans son corps temporel et se laissant évoluer avec lui, le travail de Mathieu Abonnenc frappe d’emblée le regard. Son « Burning corpse of William Brown » saisit. On y découvre le cliché retravaillé d’une de ces vieilles cartes postales, fameuses en leur temps, des lynchages aux Etats-Unis. Autour du corps du mort absent (ôté par l’artiste), les mines réjouies des promeneurs du dimanche posant pour la photo et suggérant plus crûment l’atrocité de la mise en scène. L’œuvre met en lumière toute la recherche de son auteur, autour de l’apparaître et du disparaître, entre fiction et réalité, autant que des méandres de la mémoire collective ou de l’histoire, qu’elle soit coloniale ou ségrégationniste. Etonnante juxtaposition née d’une muséographie imparfaite et franchement aléatoire, en face, Nicolas Belloni présente sa vision napolitaine, telle une plongée au cœur d’un quartier dépeint à travers ses ruelles.
Seule œuvre véritablement interactive, « Les papillons » de Guillaume Stagnaro décollent au toucher et tourbillonnent, légers, sur une toile vierge. Leur envol répond aux nuées d’oiseaux tournoyantes capturées par Julien Crépieux un jour de novembre 2005, saisissant en même temps que leurs mouvements rapides les multiples bruits environnants qui submergent et saturent l’espace de l’exposition.
Toujours du côté de la vidéo, Pauliina Salminen présente un voyage sur la Méditerranée, appelant l’exil à la proue du navire, l’attente à sa poupe et la mémoire tout au long du voyage. La jeune finlandaise y poursuit son exploration d’un thème aquatique propice à d’oniriques images qui toujours scrutent les questions d’identité.
Autre lieu, autres découvertes. A l’Espace Culture, on peut repérer l’étonnante BD de Julien-Hippolyte Cordier, son western gay nommé Bandit Bandy. Ses bulles décalées se jouent des clichés et des cases pour laisser s’envoler l’imaginaire. Les essais, boîte à outil d’idées, du graphiste Brice Domingues, viennent clore le périple.
De cette promenade au cœur de la création se faisant, au gré de participations inégales, pas toujours abouties, souvent éveillées, exubérantes, émotives et toujours fraîches, affleure le devenir de ces artistes. Car tous, multipliant les innovations, acquièrent ainsi une visibilité.
A l’issue des expositions, les jeunes créateurs de spectacle vivant invitent à d’autres découvertes. Le 15 février, c’est le collectif K.O. com qui investit la Friche la Belle-de-Mai avec sa création de danse, Profil Bas. Le lendemain, à Montévidéo, avec l’installation de José Maria Alvés et Anneke Gräper, les sons du collectif OP*AC se mêleront à la performance de Thirtytwobit. Le vendredi 17, Marie-Céline Siffert dira ses poèmes avant que Nicolas Cante n’inaugure sa création musicale et visuelle. Le lendemain, à la Friche, le danseur David Wampach offrira Bascule. Dernière œuvre d’un foisonnement artistique à suivre et à retrouver déjà l’an prochain.

Gwenola Gabellec



Renseignements :
Espace Culture
04 96 11 04 61,
42, La Canebière
13001 Marseille
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Ateliers d’artistes de la ville de Marseille
04 91 85 42 78
11-19 bd Boisson - Marseille(4e).

Tout savoir sur la Biennale des jeunes créateurs d’Europe et de la Méditerranée
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