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| Venise s’épuise, une biennale bien sage… | ||
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« Pensa con i sensi, senti con la mente, l’arte al presente » - Penses avec les sens, ressens avec ton esprit, l’art dans le temps présent, c’est le titre-injonction de cette 52ème Biennale de Venise qui ressemble à un mode d’emploi pour une lecture quelque peu autoritaire de l’art contemporain. Robert Storr (ancien conservateur du MOMA de NY) est le premier américain à se voir confier l’exposition internationale. Aurait-il fait de cette édition un rendez-vous vieillissant, policé et convenu ? C’est la question que l’on est en droit de se poser après avoir marché, arpenté, déambulé, parcouru, approché, considéré, envisagé, visité, l’Arsenale, les Giardini et les nombreux Palazzi de la Sérénissime. Après ce marathon d’art, l’œil devient myope, les jambes se coupent et l’arrière goût acide reste tenace. Le record de participation, 76 pays représentés (dont le Liban, l’Azerbaïdjan, la Moldavie ou le Tadjikistan), n’a pas concouru à l’euphorie des découvertes. Placée – soit disant – sous le blason des traumatismes de guerre, de la mémoire, de la douleur, du deuil, bref du pessimisme ambiant planétaire, la Biennale expose un paradoxal et volumineux compendium d’œuvres lisses, polies et politiquement correctes. Loin de refléter les problèmes du monde et leurs agitations, elle les étouffe, les étiole, les asphyxie. L’art contemporain qui perd sa contemporanéité, l’art contemporain mollement vivant, l’art contemporain no risque, no danger…. Le paroxysme est atteint dans le pavillon Italia international qui ressemble à un musée mausolée où se côtoient fières et dignes, les dernières œuvres des grands Ellsworth Kelly, Sol LeWitt, Felix Gonzalez-Torres, Bruce Nauman, Sigmar Polke, Gerhard Richter, Robert Ryman ou Cheri Samba. La récréation se fait au cœur du pavillon belge qui accueille Eric Duyckaerts et ses pérégrinations étymologiques absurdes. L’art de la digression ou la digression faite art. On se perd dans un labyrinthe de verre comme on se laisse capturer par ses conférences de « pataphysicien » improbable. Le plaisir avant la claque du pavillon français : Sophie Calle scénographiée par Buren. « Prenez soin de vous» sont les derniers mots d’une lettre de rupture qu’un homme a envoyée à Sophie. Elle va en faire plus qu’une œuvre, un projet, une exposition, un conglomérat, le magma d’analyses filmées, de réflexions écrites, d’interprétations, de traductions, de commentaires filmés, d’une centaine de femmes. Dans ce catalogue féminin assaisonné, on trouve les performances de Jeanne Moreau, de Christine Angot, de Laurie Anderson, de Florence Aubenas, de Mazarine Pingeot, de la si burlesque Emma la clown, ou d’inconnues, sexologue, mère, comptable, avocate et voyante. Le résultat est un livre ouvert expiatoire, magnétique. Certaines pages sont drôles, très drôles, d’autres bouleversantes, griffantes ou sarcastiques. On reste longtemps dans ce pavillon français, on reste et on devient acteur et interprète de cette lettre de rupture disséquée. De la douleur, de la vie comme un art…
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