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« C’est arrivé demain » 7ème Biennale d’Art Contemporain de Lyon
La Biennale d’art contemporain de Lyon s’inscrit dans un mouvement international – on compte aujourd’hui plus de 50 biennales à travers le monde – qui ont pour premier objectif de présenter un ensemble de création plasticienne contemporaine dans leur territoire, mais qui sont aussi des portes drapeaux pour leurs cités et pays.
Face à cette multitude d’événements à travers le monde, nous avons voulu aborder les Jeux et Enjeux de la Biennale d’art contemporain de Lyon avec Thierry Raspail conservateur en chef du Musée d’Art Contemporain de Lyon et cofondateur avec Thierry Part de celle ci.


Thierry Raspail : «Je viens d’une génération qui commence à être active à la fin des années 1970 et qui voit une France (Paris étant une exception) complètement en dehors du coup des arts plastiques, avec aucunes infrastructures permettant à un public quelconque d’avoir connaissance de l’actualité.

Quand je suis arrivé à Lyon, il n’y avait rien, pas de musée, pas de collection, pas d’antériorité.
En revanche pour des raisons complexes, politiques, peut être les mêmes que celles de la Corée vis à vis du Japon, il y avait une volonté au début des années 1980 de faire quelque chose dans cette 2ème agglomération de France.

On m’a donné carte blanche pour essayer de produire à terme un musée, un lieu destiné à une collection d’art contemporain et peut être la création d’une manifestation régulière.
Il n’est pas question de faire un musée qui deviendrait un lieu théorique, grandiloquent, qui serait susceptible de rivaliser avec le Moma, Beaubourg.
J’étais animé par des questions très structuralistes des années 1970, qu’est ce que c’est une collection ? Qu’est ce qu’associer deux œuvres ? Quel discours doit on produire, qu’elles métaphores fait on apparaître ?

Vingt ans après, je suis dégagé de cette investigation. Mais je constate avec mes collègues de province que nous avons toujours des interlocuteurs à convaincre certainement dû à notre jeune âge (nous n’avons que 15 ou 20 ans d’antériorité). Non pas sur la nécessité de défendre l’art contemporain, de la faire de la culture, ils sont tous d’accord là dessus. Mais de leur dire «De quel montant est le chèque ?». Car là est le véritable engagement. A l’exception de quelques grosses maisons, qui ont réussi à s’institutionnaliser, nous sommes toujours dans des bagarres sans fin avec nos interlocuteurs.

Ces quinze dernières années, pour justifier une réinscription de la France dans un champs européen et international, nous avons fait de l’importation en masse. Pour rattraper un retard, nous avons fait venir de bons artistes américains, italiens, allemands, etc, qui n’étaient pas présents jusqu’alors dans nos expositions.
Dans une masse financière globale, la part dévolue aux artistes français est faible.
Nous n’avons pas vraiment contribué à être des porteurs de la création française à l’extérieur. Nos amis anglais nous disent que c’est normal que les artistes français soient absents de leurs projets, puisque nous ne le montrons pas nous-mêmes dans nos musées.

Nous constatons que nous avons réussi à créer des réseaux de diffusion. Maintenant il faut que nous nous positionnions comme exportateur. En effet, ces structures n’ont pas été globalement favorables à la construction d’une image d’un art en France caractéristique. Ces réseaux diffusent de mieux en mieux des œuvres de plus en plus intéressantes, intéressent un public de plus en plus large, mais n’ont pas contribué à fabriquer des professionnels français de l’art qui puissent être des artistes que l’on exporte.
Pour l’instant, dans le top 50 des artistes internationaux, on trouve Daniel Buren, Christian Boltanski, Sophie Calle et puis c’est fini !
La Biennale de Lyon doit répondre à ce manque.
Aujourd’hui, le promoteur de la biennale (Ministère de la Culture, le Conseil Régional, La Mairie de Lyon, …) investit de l’argent et souhaite que ce projet ne soit pas uniquement réservé à un public localisé, mais qu’il soit exportateur d’idées, d’artistes et puisse ainsi être comparé avec d’autres expositions et biennales internationales.
C’est aussi ça qui nous porte.


Bien entendu, nous devons satisfaire le public. Au fur et à mesure des expositions et des biennales, le niveau monte et les gens deviennent de plus en plus demandeurs et cultivés. Ainsi, c’est de plus en plus difficile de faire une biennale pour répondre aux attentes de ce public.
Juste quelques chiffres sur la Biennale 2003 pour témoigner de sa réussite :
Après sept semaines d’ouverture La Biennale a accueilli plus de 50 000 visiteurs (contre 26 300 en 2000).
Soit une progression de plus de 90 %, une fréquentation moyenne de 1 300 personnes par jour.
Elle a suscité un vif intérêt chez les jeunes. 43% des visiteurs ont en effet moins de 26 ans.
Nos 15 à 18 animateurs ont accompagné plus de 1900 groupes.

Mais si nous voulons être un centre d’intérêt exportateur, il faut pour survivre ne pas ressembler aux autres, revenir sur l’esthétique de la réception. Le système des biennales valorise de nouveaux territoires, de nouveaux artistes, mais il valorise un principe qui s’appelle «l’Energie».
«L’Energie» est certainement créatrice d’œuvres d’art, mais pour la biennale 2003 nous avons choisi de privilégier l’œuvre. De privilégier la production d’une métaphore, d’un sens, d’une narration avec ces œuvres, c’est à dire de faire une exposition conventionnelle.»


Pour Art-Contemporain.Com, Bernard Lalanne

La Biennale de Lyon jusqu’au 4 janvier 2004.
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Visuel : Photos Art-Contemporain.Com
Prises lors de l’œuvre-spectacle «happy Hours Demain» de Christian Boltanski à la piscine du Rhône.