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La 51ème Biennale de Venise : focus sur les artistes internationales.

L’heure est aux réjouissances pour la France qui a gagné le Lion d’Or de la Meilleure Participation Nationale avec l’installation « Casino » d’Annette Messager. Pour la première fois deux femmes ont été nommées commissaires de la 51ème Biennale de Venise, Rosa Martinez et Maria de Corral. Tour d’horizon d’une Biennale où les femmes sont à l’honneur.


Dès la première salle de l’exposition « Always A Little Further » à l’Arsenal, Rosa Martinez donne le ton : les affiches contestataires des Guerrilla Girls scandent des slogans condamnant le nombre trop faible de femmes et d’artistes de couleur dans les expositions. Un lustre blanc monumental pend au milieu, fabriqué à partir de 14 000 tampons hygiéniques reliés entre eux. Quoiqu’en parfait accord avec le titre de l’exposition « Toujours un peu plus loin », cette salle véhicule un message féministe et revendicateur, à la limite du « manifeste ». Un parti pris qui laisse songeur. Le propos de l’exposition étant inspiré des aventures de Corto Maltese, on s’attend à un voyage au cœur de l’art contemporain beaucoup plus spectaculaire et enrichissant. À la place de la quête idéale du héros masculin décrit par Hugo Pratt, Rosa Martinez met en scène une succession d’œuvres, qu’elle a en grande partie déjà présentées à la première Biennale de Moscou en janvier dernier, sans réelle cohérence entre elles, ni lien évident avec les péripéties de Corto Maltese. La « promesse de transformation » et l’occasion « de continuer à penser, à créer et résister » évoquées par la commissaire sont des intentions prometteuses, mais difficiles à lire dans le parcours de l’exposition. Ou alors, peut-être s’agit-il d’une version féminine du voyageur romantique ? Dans ce cas, l’installation-performance « Zero Hero » de John Bock représenterait une sorte d’anti-héros chaotique alors que la bulle iridescente « Wave UFO » de Mariko Mori offrirait au visiteur la quiétude d’un voyage introspectif et chromatique. Certaines pièces, comme les vidéos » de Kim Sooja en « Needle Woman » reliant différentes villes du monde, ou encore comme celles où l’artiste guatémaltèque, Regina José Galindo, se met en scène dans des sortes de marche initiatique, ou encore comme les installations exotiques de Sergio Vega, illustrent clairement les étapes d’un voyage fantastique, mais ces moments de clarté sont trop rares.


De l’exposition de Rosa Martinez « The Experience of Art » dans le Pavillon Italien, on espérait une lecture moins historique et plus riche en surprise. Seul l’escalier moulé et inversé de Rachel Whiteread impose sa monumentalité et trouve dans la version colorée de Maider Lopez un pendant intéressant, l’un monochrome et impraticable tandis que le deuxième livre dans un camouflage ludique ses moindres dimensions. Sinon le parcours est monotone, la succession de salles dédiées à la peinture ressemble plus à l’accrochage d’un conservateur de musée d’art contemporain qu’à une exposition de commissaire. Ainsi Francis Bacon, Marlene Dumas, Antoni Tapies se succèdent dans une aile, puis Juan Uslé et Bernard Frize dans une autre. Installations, vidéos, photographies sont pour leur part organisées dans un ensemble qui manque de dynamisme et de prise de risques.


Les Pavillons réservent quant à eux d’agréables surprises. Entre autres, le Pavillon Hongrois nous propose une mystérieuse « expérience de la navigation » guidée par les personnages grandeur nature et masqués de Balazs Kicsiny, et ponctuée de quelques références subtiles à l’histoire de Venise. Deux autres Pavillons éparpillés dans Venise, dont un nouveau et l’autre non renouvelé depuis la révolution islamique, et surtout deux artistes sont à retenir : Lida Abdul pour l’Afghanistan et Mandana Moghaddam pour l’Iran. La première présente une vidéo d’un site historique afghan détruit par la guerre qu’elle repeint patiemment et entièrement en blanc, y compris le dos d’un homme sur lequel elle applique sa peinture blanche. Ce geste pictural fort est symbolique d’un pays en pleine reconstruction et d’une volonté des femmes de participer à cette renaissance. La deuxième s’est inspirée d’un ancien mythe iranien racontant l’histoire d’une belle jeune fille prisonnière d’un chacal. Son œuvre correspond à un énorme bloc de béton suspendu en l’air aux quatre coins par des tresses brunes entrelacées de rubans rouge. La fragilité des tresses, le poids du béton qu’elles empêchent de s’écraser : le message est clair et les interprétations multiples, tant historique et religieuse que politique et sociale.
Et même si Annette Messager est une « femme » de plus mise à l’honneur dans cette Biennale, il est un fait que son travail sur le personnage de Pinocchio s’ouvre à des interprétations beaucoup plus existentielles sur l’humanité, le mensonge, le libre-arbitre que l’histoire du petit pantin de bois. Spectaculaire, l’installation qu’elle a créée est d’une grande richesse événementielle et narrative.




Marie-Aimée LEROUX