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Le centre d’art contemporain Passages à Troyes : des résidences en forme de trajets
Article ci-dessous paru en juin 2005.
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Modalités d’habitation
C’est en invitant les artistes à s’installer que le Centre d’art contemporain Passages leur offre une occasion, réelle et imagée, de « se déplacer ». Françoise Gibert-Balboni, directrice du lieu, et autres membres affiliés, jouent sur les mots avec le nom choisi pour cette association née en 1982 et labellisée centre d’art en 1986. On pourrait en effet y lire un hommage au poète et peintre Henri Michaux qui a fait de l’expression « passages » le titre de l’un de ses recueils et la métaphore même de la création, pensée comme mouvement, expérience de déplacement. Enseignante à l’Ecole supérieure des arts appliqués de Troyes, cette enthousiaste pragmatique et rêveuse défend un projet néanmoins concret de soutien aux artistes.
Si Passages entend être, à l’instar de tous les centres d’art, une plate-forme d’expérimentation, de production et de diffusion artistique, son originalité tient dans son dispositif d’accueil particulier. Situé en plein cœur de Troyes dans une ancienne propriété industrielle du XIX ème siècle, le centre d’art contemporain-site Gingko, baptisé ainsi en raison de l’arbre gigantesque qui s’y est profondément enraciné, est le fruit d’une rencontre entre un espace d’exposition, deux logements aménagés pour des résidences et dix ateliers d’artistes.

Topographie du site
Au rez-de-chaussée de la demeure principale, des surfaces lumineuses et aérées accueillent les installations d’artistes spécifiquement conçues pour le lieu. A l’étage, deux appartements séparés, d’environ 100 m2, servent à loger les artistes en résidences.
De 1 à 6 mois, celles-ci ont pour but d’encourager la réalisation de deux types de projets artistiques autonomes, l’un donnant lieu à un projet d’exposition présenté au CAC et l’autre à un projet artistique conçu en partenariat avec d’autres institutions culturelles locales, comme le Salon régional du livre pour la jeunesse.
C’est Daniel Van de Velde qui sera en résidence après Alain Bresson, dont a pu voir les étranges poissons déclinés de manière obsessionnelle sous la forme de sculptures, d’installations et de photographies.
Les logements sont loués par la ville et attribués à l’issue d’un comité de sélection composé d’élus ainsi que de professionnels de la culture et de l’art contemporain.
Les ateliers, répartis distinctement dans un même bâtiment et dont le loyer s’élève à 80 euros par mois, sont eux destinés pour une durée maximale de trois ans à des artistes établis à Troyes ou dans la région, travaillant tous types de supports : peinture, sculpture, art graphique, design, illustration, arts décoratifs, photographie, audiovisuel et nouvelles technologies de l’image. Pour Françoise Balboni, il s’agit avant tout d’offrir les meilleures conditions de travail aux artistes et de susciter un contexte favorable de création, sans discrimination de pratiques.
L’objectif est autant de créer des points de passage entre les disciplines que de provoquer toutes sortes d’échanges entre les artistes et le public. Le centre d’art qui finance la production des œuvres s’engage, faute de rétribuer les artistes, à les accompagner dans leur démarche administrative et à diffuser leur travail, notamment par l’aide à l’élaboration de supports de communication.

Un « lieu ressource » pour les artistes et le public
Passages souterrain, installé dans le sous-sol du centre d’art contemporain est le nouveau lieu d’exposition ouvert en 2002. Il a été créé afin de répondre précisément à la diversité des propositions nées de ces liens tissés in situ. Les artistes disposant d’un atelier peuvent y exposer ponctuellement leurs oeuvres, en alternance avec la présentation de travaux réalisés par les enfants dans le cadre de programmes scolaires.
Daniel Azélie, artiste qui s’intéresse à la création de « systèmes fictionnels » via des media aussi différents que le dessin, la signalétique, la lumière, le son et la vidéo y a présenté la troisième étape d’un projet après Reims et Berlin intitulé Archi-Txt : des montages ( 2 fevrier-18 mars 2005).
Actuellement, ce sont les collages, peintures, installations réalisés par des classes maternelles et primaires au cours d’ateliers animés par ce même artiste qui sont à l’honneur. Le projet intitulé « Moi et ma ville » s’est construit autour du regard porté par les enfants sur leur environnement urbain à travers une exploration de la perception et des mécanismes subjectifs de sa transposition en langage plastique.
Les diverses actions de sensibilisation (visites, conférences, « causeries »), cumulées à la présence des artistes et aux ateliers pratiques notamment en direction d’adultes déficients intellectuels, favorisent le contexte d’évolution et d’échange permanent, joyeusement chaotique, qui caractérise ce lieu vivant.
Des trajectoires individuelles et collectives se croisent de façon aléatoire tandis que se profilent des itinéraires artistiques. Les résidences et ateliers au CAC de Troyes, sont ainsi censés constituer une étape formatrice pour des sensibilités variées, sans limite d’âge comme c’est souvent le cas dans d’autres institutions. Laboratoire à destination d’électrons libres, le site Gingko propose in fine un modèle de recherche et de mobilité artistique plus qu’un cocon replié sur son identité et pro-sédentaire.

FLORE POINDRON

Passages – centre d’art contemporain
Site Gionkgo
9 rue Jeanne d’Arc
10000 Troyes
tél : 03 25 73 28 27
Sur le Net

Prochaine exposition :
Daniel VAN DE VELDE
Installations, Sculptures, vidéo
Du 15 juin – 12 août 2005.


1 Henri Michaux, Passages, (1937-1963), Gallimard, Paris, 1963.
2 Le comité de pilotage est composé de : La Direction régionale des affaires culturelles/ DRAC, l’Office régional culturel de Champagne-Ardenne/ORCCA, la Direction des affaires culturelles de Troyes, et des professionnels de l’art.