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Archive - Entretien avec CharlElie Couture - 1er Partie
CharlElie Couture, artiste inclassable de la scène française.
Auteur, compositeur, peintre, sculpteur, écrivain, poète et internaute averti.

Nous l’avons rencontré le jeudi 18 avril 2002 à la galerie AKKA, Paris 6ème où il présentait son exposition Inside/Out.

CharlElie, votre famille vous a permis de vous éduquer très tôt, à la musique et aux arts en général, considérez vous que c’est une chance ?


CharlElie : Si je n’avais pas trouvé un exécutoire dans cette expression, il aurait bien fallu que mon trop plein d’énergie se manifeste d’une quelconque manière. Cela aurait pu être dans le sport, dans la politique ou je ne sais pas quoi.
Il s’est trouvé qu’ayant une famille qui m’a incité à aller dans le domaine des arts, j’ai pris cette direction là.
Comme mes aptitudes, mon tempérament, collaient avec ca, c’est peut être une chance.
Je suis à la fois résistant et accrocheur. Je sais laisser partir mon esprit en roue libre, j’avais surtout besoin de trouver le temps qu’il fallait.
Pour mon expression personnelle, personne ne peut faire le chemin à ma place. Mon père avait une formation plutôt classique, il avait fait des études d’architecture, qui le menait à une approche de l’art qui était
plus proche de l’artisanat, entre guillemets, j’exagère un petit peu, mais disons qu’il avait beaucoup de respect sur le savoir faire et la manière d’agir, plus que sur la notion d’art en tant que telle.
Nos aspirations n’étant pas les mêmes, on a eu des discussions qui ont durés sur plusieurs années sur le sujet : Art ou Artisanat.
L’opportunité d’avoir dans la bibliothèque familiale des livres extrêmement variés a facilité mon développement pour l’art plastique. Je pouvais aussi regarder de près dans sa boutique d’antiquaire des tableaux.
Quand j’étais gamin, je nettoyais le vernis ou je restaurais des tableaux et ce d’une manière classique, bien que dans ma tête des inspirations au modernisme et aux choses qui n’étaient pas faites m’attiraient vers l’ailleurs.
Ma grand-mère avait une formation de musicienne très classique donc elle résolvait les égnimes qui étaient les siennes à partir de ce qu’elle avait acquis. Mais ma grand-mère et mon père n’étaient pas des créateurs.
Etre un créateur est une attitude totalement différente d’un interprète. Créateur veut dire que tu pars du vide que tu vas construire à partir de rien.
C’est une force que chacun à l’intérieur de lui a ou n’a pas.
Si cela est une chance, oui… je ne comprends pas tellement le mot de chance parce que c’est un énorme
travail. Pour le faire, il y a des gens qui ont la tonicité et d’autres qui ne l’ont pas.
L’inspiration c’est presque rien, un courant d’air, un frémissement, c’est pas du tout quelque chose qui vous prend et pour être sensible à cette toute petite chose, il faut être capable d’être à l’écoute, d’être ouvert et capter ce petit moment, ce frémissement, d’être disponible.

Vous avez toujours mener de front vos diverses expressions artistiques, mais n’avez vous pas eu la tentation de vous consacrer à l’une d’entre elles ?

CharlElie : C’est une erreur de l’envisager comme ça, parce que je me consacre à l’une d’entre elle qui est l’Art Total.
Mon défi est sur l’Art Total. Mon interrogation, elle est unique. C’est la position de l’artiste dans la société.
C’est la seule chose qui m’intéresse. C’est la condition de l’artiste qui mon interrogation. C’est l’engagement entier d’une vie pour ça.
Il y a en qui choisisse d’être moine, moi j’ai choisi d’être artiste.
Je ne fais qu’une seule chose, je n’ai pas l’impression de me diversifier pour autant.
Ce n’est pas parce que depuis vingt ans que je développe en parallèle différentes formes d’expressions que pour autant je me diversifie. Les choses que je raconte, elles sont les mêmes, ça passe à travers le même filtre qu’il s’agisse de tennis, de sexe, de musique, de photo, d’environnement, etc.
Je choisi en fonction un monde d’expression ou un autre.
Je suis ainsi depuis plus de vingt ans. Quand j’étais étudiant aux beaux-arts, un de mes professeurs était venu me voir en concert, alors qu’il avait vu l’après-midi à l’étude aux beaux-arts, le soir il envoyait un autre sur scène et le lendemain un peu abasourdi, il me dit :
« Mais un jour, Charlélie, il faudra bien que tu choisisses »
Je lui répondit :
« Oui, peut être un jour il faudra que je choisisse, mais pour l’instant tant que je peux tenir en parallèle, l’un sans porte atteinte à l’autre, je ne vois pas pourquoi je m’en priverais ».
Aux beaux-arts, j’étais l’un des éléments phare, qui servait de référence puisque j’ai eu des prix pour mes études, le fait à côté de ça d’avoir une pratique musicale et une pratique d’écriture n’altéraient pas l’intensité de mes propos.
Moi je me recharge plus des différentes expériences, si je venais à restreindre mes activités
pour des raisons de santé ou autres, je ne sais pas si j’y gagnerais plus que ça.
Pendant sept ans, je me suis un peu tenu à l’écart de la musique pour développer plus particulièrement les choses liées à la plastique. Je suis content d’avoir été au bout de ça mais même temps , je réaborde par exemple la scène avec un regard plus élégant, entre guillemets.
J’ai pu m’autoriser à construire un décor, à faire que le rapport que j’ai avec la musique est un rapport encore plus artistique que celui que j’avais avant. Donc le fait de choisir, ce serait la douleur. Si je ne faisais que de l’image, je ne pourrais pas faire que ça.
Ce serait gâcher. Ne faire qu’une activité, c’est confortable, je comprends qu’il y en a certains qui fonctionnent comme ça. Mais moi j’ai besoin de cet inconfort.
Aujourd’hui, je suis rentré à trois heures du matin de Rouen, où j’étais en concert hier soir.
Ce matin je me suis levé à neuf heures, j’ai passé deux heures sur mon internet , à répondre à du courrier, à écrire, mettre des choses au point, j’ai fini un dessin que je dois rendre à des suisses. Oui bien sûr, ce serait plus cool…. Les musiciens quand ils sont rentrés, je suis sûr qu’ils ont dormis plus longtemps et puis aujourd’hui, ils ont moins de trucs à faire que moi.
Cet après-midi, il faut que j’aille superviser une séance photos, après j’ai un rendez-vous avec des philosophes pour parler de la judaïté aujourd’hui.
En même temps, ce déséquilibre est extrêmement enrichissant.
Je comprends qu’il y ait des gens qui soient des spécialistes, mais moi je suis un spécialiste de mon domaine. Il n’y a pas plus spécialiste que moi.

Depuis que j’ai l’âge de 7 ans, j’ai fait des études, des choses qui me mènent à l’art plastique, qui me mènent à la position d’artiste. Depuis que je suis petit je suis destiné à cela. Ma grand mère était prof de piano, j’ai commencé le piano à cet âge là, j’ai toujours dessiné. Dès le lycée, j’ai fait des études artistiques, après j’ai fait les Beaux Arts. J’ai commencé mes premiers concerts à l’âge de 15 ans, mes premières expos au même âge : il n’y a pas plus spécialiste que moi, dans ce domaine : l’art total.

Mais il y a là une mise en danger qui doit être stimulante, un besoin de provoquer …

CharlElie : Il n’y a de fierté qu’à avoir franchi des cols, si c’est pour passer juste une bosse en ayant l’impression d’avoir monté l’Alpes d’Huez c’est naze… Si tu t’es donné un défi qui est un défi difficile, si tu veux monté en haut de l’Annapurna, il faut que tu saches qu’un jour ou l’autre, tu vas rencontrer les vents froids et le manque d’oxygène. Plus ton défi est haut, plus le challenge est difficile, plus tu vas avoir de problèmes à dépasser. Mais je l’admets.
Quand les gens ne voient que mon travail de plasticien , ils s’imaginent que toute ma vie ne pourrait être que cela et de fait, toute ma vie n’est que ça à ce moment là.
De même pour ceux qui me voient sur scène, qui regardent mes photos ou qui lisent mes nouvelles, mes écrits. C’est un travail entier.
Quand j’arrive à ce mélange là, qui fait que chaque chose se pénètre sans pour autant qu’une soit dénigrée par rapport à l’autre, j’ai réussi mon coup. Mon coup pas par rapport à moi mais par rapport à la stimulation que cela peut suggérer.

Ton public qui te voit sur scène, dans sa grande majorité, sait-il que tu produis, que tu t’exprimes de par-ailleurs ?

CharlElie : Il le sait, il le devine de toutes façons : il y a une intensité dans ce que je fais, qui ne pourrait pas exister s’il n’y avait pas tout le reste du travail .
Tout le travail artistique se passe dans une sorte de fantasme, c’est à dire quelque chose qu’on ne voit pas, qu’on imagine mais qu’on ne voit pas. C’est ça la force d’une œuvre d’art. Ce n’est pas l’œuvre elle même ; si elle est techniquement bien réalisée, c’est tant mieux mais c’est pas suffisant.
Ce qui compte, c’est tout le pouvoir suggestif. Le pouvoir suggestif dans une société matérialiste , pragmatique et de rentabilité immédiate comme celle dans laquelle on vit , est contraire au flux vers lequel tend la société.
Donc c’est un défi qui est très difficile car il va à l’encontre de cet état de pensée.
Moi je pense qu’il n’y a rien de plus important que la lumière d’un ciel bleu au réveil, quand tu es entouré de gens qui t’aiment, qui t’apprécient et avec lesquels tu peux avoir des rapports sensuels . Il n’y a rien de plus important…
Alors il y en a d’autres qui vont te dire, le plus important, c’est d’avoir de l’argent… cela n’a absolument rien à voir, ce n’est pas le même défi, ce n’est pas la même histoire. Il n’empêche que même si j’écoute ces gens là avec intérêt, j’écoute leurs propos, cela ne me touche pas. Moi, j’ai besoin d’avoir de l’argent pour vivre, survivre mais en aucun cas cela ne s’approche pas de mes ambitions. C’est l’élégance liée à mon existence.