Retour
Une Saison Combas à Aix-en-Provence
Pour la Saison Combas – c'est à dire l'été à Aix-en-Provence – Robert Combas a investi huit lieux différents dans la ville d'Aix et alentours.

On connaissait le Robert prolifique et productif, généreux et inventif, là il s'est ingénié à adapter ses œuvres aux différents lieux qui lui sont proposés.
Pour bien cerner cet événement remarquable, il n'est pas question de se contenter de visiter un ou deux lieux ! C'est en voyant l'ensemble qu'on prend conscience de la phénoménale acuité artistique de notre Robert national. On peut tout faire dans le désordre, mais l'idéal est de visiter d'abord les différents sites de la ville aux 300 fontaines, avant de s'en échapper pour une apothéose finale hors-les-murs.

La plupart des œuvres présentées ont été réalisées d'avril à juin 2003, lors de résidences à Aix. Lorsqu'il peint, Robert Combas est dans son monde à lui : c'est comme s'il était sous l'emprise d'une vision qui guiderait son trait ou son pinceau. Avec la même rigueur, il a su placer certaines pièces plus anciennes qui semblent être faites pour le lieu qu'il investit, et viennent s'insérer sans fausse note dans l'ensemble des œuvres qu'il a réalisées sur place.

Premier lieu, l'Espace Sextius, un lieu d'exposition, fait pour les expositions. Robert ne s'y est pas trompé, il nous assène d'emblée, face à l'entrée, un christ monumental de 1991 : Le Calvaire selon Combas (…) Voici du bon, du vrai, de l'habité, voici Jésus de Nazareth crucifié de la tête aux pieds entre deux brigands assassinés ! (…) De part et d'autre, un ensemble de toiles récentes d'inspiration médiévale. On peut y voir Partant sur Aix qui a inspiré l'affiche : au-dessus d'une vue d'Aix dans le bon goût des cartes postales estivales, le nom de la ville y fait office de timbre. A côté, deux dragons griffus encadrent un être – entre René le couronné et la femme voilée – et croisent leurs langues au-dessus de sa tête. C'est dit, c'est fait : ce sont là les nouvelles armes de la ville !
Quant aux autres toiles, elles sont toutes plus fantastiques les unes que les autres, tant dans leur composition que dans la couleur qui éclate de partout, et comme toujours chez Combas, les légendes sont tout un poème…

A l'Hôtel de Ville, deux toiles se font face de part et d'autre de l'escalier à double entrée : il y est question du Roi René, figure emblématique de la Ville, par ailleurs porté sur l'amour courtois et les traités de tournois. Celle de droite est tout simplement digne des chefs d'œuvres que Combas a peints au cours de sa déjà longue carrière.

A l'Ecole des Beaux-Arts, les mauvaises langues diront que ce n'est pas du Combas, et pourtant ! Des collages rehaussés de peinture, le tout sous verre, brisé ou non. Rarement montré et commencé dans les années 95, ce travail proche de la bande dessinée prend un relief différent selon les éclats et la place d'où on le regarde. Nous sommes aux Beaux-Arts, il faut prendre l'ensemble comme un travail de recherche. Sur des socles, sont également présentées huit porcelaines de Limoges dont Pimpin le lapin humain, président de la communauté belge de France et Jobié Duvalier, grand faiseur de gueule devant l'éternel, le tout sur fond de fresque noir & blanc et rock & roll. En effet, Combas a recouvert les murs de dessins, vite effectués, au feutre noir. Qu'en sera-t-il, l'exposition terminée ? Quelle portée pourrait avoir l'acte de blanchir au rouleau les traces laissées par l'invité de l'Ecole d'Art ? Réponse à la rentrée.

A la Bibliothèque Méjanes, étonnant bâtiment anciennement dévolu à la fabrication d'allumettes, sept toiles sont présentées dans la salle de lecture. Insertion parfaite dans un lieu de vie aixois, on peut prêter ou non attention aux toiles entre deux rayonnages d'ouvrages. Et puisque nous sommes dans la lecture, Combas a directement peint les légendes sur ses toile, dont l'incroyable Aix traordinaire, Aix emplaire, Aix trapolaire, Aix ceptionnel, Aix cellent, ou le plus grave Et tu t'affaires à faire la guerre, afin de préparer l'avenir de la terre. Et tu ne penses pas nuire, bien au contraire.

visuel : "Aix citant", acrylique sur toile, 190x210, copyright Combas-ADAGP 2003.