Retour
« J’ai un rêve » - Installations vidéo de François-Xavier Courrèges à l’Abbaye de Maubuisson.
Rachetée en 1979 par le Conseil Général du Val d’Oise et restaurée par le Conservatoire Régional des Monuments Historiques, l’Abbaye Notre-Dame-la-Royale, dite de Maubuisson, fondée en 1236 par la reine Blanche de Castille est un exemple de l’architecture cistercienne.
La volonté des pouvoirs publics est d’instaurer une découverte de ce patrimoine avec des rencontres et des confrontations d’œuvres plasticiennes contemporaines.

Jusqu’au 30 août 2004, cet univers riche en histoire, accueille la première exposition personnelle de François-Xavier Courrèges, jeune vidéaste de 30 ans qui a installé ses installations vidéos dans cinq espaces de l’abbaye.

Il est peut-être difficile au premier abord de trouver une unité ou un fil conducteur dans ces installations mais, au fur et à mesure que l’on se promène dans les différentes salles, on ressent tout de même une complémentarité. L’artiste met en scène des vidéos accompagnées de musiques originales, des rapports entre humains et des expériences de l’homme à travers les différentes étapes de son existence.

Dans la Grange du 13° siècle est exposée pour la première fois, une vidéo intitulée «The Wind Dancer». Elle met en scène un personnage dans une marche instinctive vers une sorte de mort lente, ballotté par le vent et les éléments de la nature. La musique, composée par l’artiste lui-même, rajoute au malaise de cette immense projection dans cet espace.

Le Passage, qui mène au bâtiment principal, fait découvrir une courte vidéo « Fusion » qui présente les personnages «Ernest et Barnabé » sous forme d’une bougie se consumant doucement en tournant sur elle-même. Les images mettent en évidence les relations fusionnelles qui peuvent mener à la destruction et rappellent aussi une certaine nostalgie de l’enfance perdue.

La Salle du Parloir accueille la troisième vidéo «Nuancier». Une vingtaine de moniteurs disposés en arc de cercle diffusent sur fond bleu le portrait de jeunes garçons qui répètent inlassablement et à tour de rôle «je t’aime». L’artiste a réussi à traduire des amours possibles mais l’absence d’un visage sur un des écrans met en évidence une fuite potentielle ou souhaitée. Le filtre bleu plaqué sur les fenêtres par l’artiste rend ce lieu encore plus envoûtant. Face à ce cet arc d cercle naît une émotion bien particulière.

Les deux vidéos suivantes se situent dans la Salle des Religieuses. La première «Nous avons échoué» date de 2001. Elle montre le corps d’un homme inerte, échoué sur le bord d’une plage, pris par le flux et le reflux des vagues et qui, petit à petit va finir par disparaître pour laisser place uniquement à la lumière. L’artiste traduit ici la perte de l’être aimé qui peut être aussi la perte de soi. Certains y voient aussi la perte de l’humanité tout entier.
La seconde vidéo «Dreamlike», l’artiste évoque sa représentation de l’émotion et de la douleur des êtres par un jeu de deux films projetés sur deux écrans géants situés l’un à coté de l’autre : à gauche, le visage baissé d’un personnage entouré de néons verse quelques larmes, et à droite ce même personnage, seul dans la nuit, frissonne sous la pluie.

Avec la dernière vidéo « Rebirth » (dans les anciennes Latrines), l’artiste conclut sur une note plus optimiste : un personnage debout dans la nature ouvre un dialogue gestuel avec le soleil et, comme le nom de la vidéo l’indique, l’artiste exprime un sentiment de renaissance identitaire en communion avec la nature. Cette dernière vidéo est projetée sur une télévision posée à même le sol. Ce choix minimaliste conjugué à la pose de filtres oranges sur les ouvertures confère à la nature, reclus à l’extérieur de la salle, une dimension magique et intemporelle.

Ainsi, à travers cette exposition, véritable parcours d’images et d’émotions, François-Xavier Courrèges nous invite à réfléchir sur les rapports avec l’être aimé et sur notre propre rapport avec l’éternel. Cette communion est rendue d’autant plus intense qu’elle se situe dans un espace qui autrefois était un lieu de méditation et de réflexion, un lieu qui rendait hommage au sacré.


Yann Rousseau.



Abbaye de Maubuisson - rue Richard de Tour
95310 Saint-Ouen-l’Aumône
LIEN SUR LE NET
Tél : 01 34 64 36 10 - abbaye.maubuisson@valdoise.fr
Ouvert tous les jours, sauf le mardi, de 10 heures à 18 heures
dimanches et jours fériés de 14 heures à 18 heures
fermé le 1er mai


visuel : Courtesy galerie Alain Gutharc,
Paris - extrait vidéo de "«Nous avons échoué» et
« Rebirth » de François-Xavier Courrèges