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Dans la peau de David Lynch…

Elephant man, Twin Peaks, Blue Velvet, Dune, Eraserhead, Mulholland Drive, Lost Highway, Sailor et Lula et plus récemment Inland Empire...une Histoire Vraie, en somme…Celle d’un cinéma, qui ressemble à un crash, dans une boite crânienne, shootée à l’adrénaline et à l’acide sulfureux.

Derrière les films, à côté, devant, il y a un amas d’œuvres : des tableaux, des panneaux, des photographies, des dessins par centaines…
David Lynch, depuis son enfance et ses années d’études à l’Académie des beaux-arts de Philadelphie, griffonne, expérimente, croque sur tout ce qu’il trouve, des boites d’allumettes aux serviettes en papier. La Fondation Cartier dévoile, pour la première fois, une grande partie de la production plastique de Lynch dans l’exposition « The air is on fire » du 3 mars au 27 mai 2007.


David Lynch produit en série, obsessionnel compulsif. Et, il garde tout ou presque. « The air is on fire» épluche les carnets de croquis, les dessins miniatures, déballe les panneaux expressionnistes, surréalistes et ankylosés de matière, les tableaux noirs ou les photographies.

La mise en scène de tout ce ventre plein est, elle aussi, signée Lynch. Assez confuse, elle manque d’air et d’esthétisme…dommage. Mais peu importe, la machine est lancée et les fans sont ravis. Le plus de l’expo : la bande son qui jalonne le parcours, impressionnante, déstabilisante…comme d’habitude. De temps en temps, on perçoit les flashs chocs de ces appareils photographiques dont se servent profilers et autres médecins légistes. Bref, on sursaute et le labyrinthe Lynch fonctionne. On marche, on fouine, à la recherche des premières silhouettes, des premiers contours des personnages qui peuplent ses films…cultes. Impossible donc de ne pas rattacher toutes ces pièces à son œuvre cinématographique. « The air is on fire» s’est montée, sans doute pour les curieux mais surtout pour les aficionados, les admirateurs, les adorateurs du réalisateur.
Dans la peau de David Lynch…l’angoisse est une vertu ; la tension, la crispation et l’attente sont des repères ; les âmes sont des faillites et les corps, des pourvoyeurs du glauque. L’univers Lynch est un combat radical et stimulant. La lutte avec les démons, les diables et les succubes est aussi physique que psychologique. Bref, « The air is on fire » raconte l’histoire d’un tourbillon, d’une exorcisation empreinte tout à la fois, de panique, d’urgence et d’humour…noir. Lynch nous fouille au corps et produit un art de l’étouffement mais son mystère est toujours là, cadenassé, enterré. Sur les panneaux englués de matière et de peinture, des phrases, des mots, des lettres accompagnent la représentation de corps évidés, dans un récit sans commencement ni fin. Ils narrent les aventures impures de Bob ; Bob dans la maison des enfers, Bob et ses rêves, Bob qui aime Sally jusqu’à ce qu’elle devienne bleue…
On a guetté, on a imaginé une clé, une porte et on a juste trouvé, de la fièvre folle en métastase et des déchirures intestines.
Le parcours s’achève dans le petit théâtre reconstitué d’Eraserhead où les premiers courts métrages de Lynch (dont Grandmother- 1970) sont projetés… le clou du spectacle, sans aucun doute la pièce maîtresse de l’exposition ! En cadeau, la goutte de sueur qui coule sur la joue et le tord boyaux, mais c’est si bon de caresser la peau, les os et le regard de Monsieur Lynch.



Julie Estève

Info pratiques :
David Lynch, « The air is on fire »
Du 3 mars au 27 mai 2007
Fondation Cartier
261, boulevard Raspail 75014 Paris
Fondation Cartier