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Les chemins de traverses de Denis Brun mènent à Istres

C’est dans un hôtel particulier du XVIIIe siècle que Denis Brun offre au regard ses expérimentations conçues comme autant de remixes globaux. Dès que le visiteur pénètre dans le centre d’art contemporain d’Istres, l’univers divers de Denis Brun le saisit.

Récupérant ses icônes personnelles, surfant sur les supports, l’artiste marseillais présente un autoportrait, synthèse de différents temps et construction d’une identité de collages, de répétitions, d’incursions parallèles (la mode, la musique, le skate, etc.).
De Marilyn Manson, transfiguré en hydre mythique à deux têtes, à un autel personnel dédié à Robert Smith, les tributs jalonnent le parcours. Ils tendent à dessiner un monde mêlé, de sons, d’images et de sensations. Ainsi, la rampe de l’escalier du bâtiment est cirée et ornée de bougies, elle devient rambarde sur laquelle on joue, glisse en équilibre, en hommage au skate autant que par dérision d’un monde désuet ou vaguement gothique. Toutes les références, à la culture urbaine, aux lieux communs télévisuels font appel à un imaginaire collectif, à une mémoire sous-jacente partagée. Digérés et vomis, ces clichés dévoilent un monde du faux. Les pochettes de disques (New Order, Bauhaus, Joy Division…) deviennent ainsi parures de sacs plastiques, ornements du vide qui ne font que rappeler une petite mélodie oubliée, en transparence des motifs esquissés, tout de noir et de blanc.



Temple d’un kitsch assumé, l’installation autour de l’œuvre Enjoy the silence, qui donne son titre à l’exposition, fige un culte à la gloire du rock et de l’adolescence perdue.
Avec la sculpture Back to basics, l’auteur donne congé au divin de la star -ici, le héros des Cure déchu sous des roses en tissu. Auprès de Drive this way, vidéo en forme de road-movie aux Etats-Unis, l’installation compose une ode triste, témoin d’un désir en forme de clin d’œil, en créant un va et vient aussi nostalgique qu’énigmatique.
Changement de direction avec les peintures numériques, qui disent, entre formes rondes et couleurs vives, l’attrait du pop. Ces œuvres digitales apportent un nouvel éclairage au portrait de Denis Brun, comme une rêverie graphique, simulacre bigarré d’un mirage positif et gai.
Plus loin, les vidéos poursuivent l’invention du personnage, sous d’autres facettes : la récurrence américaine, un imaginaire du déjà-vu nourrit d’un quotidien où ce qui fait sens vient masqué. Denis Brun s’y fait double, comme les écrans de Ride this way, épopée filmée sur une jetée, suivant les mouvements oscillatoires de la conscience au non-sens. Les fresques murales ou les paysages de skate participent de cette évocation, soulignée par leurs contours qui sont des frontières.
Un art de la fugue tenté également en musique. Sous le pseudonyme de Toshiro Bishoko, l’artiste installe son ambiance -chaleur sibérienne ou sensualité austère- en sculptant les sons. La fonction de la boîte à musique réhabilitée, le compositeur approximatif diffuse son paysage mental comme autant de mélodies subjectives, de combinaisons douces-amères qui habitent les lieux et résonnent dans les esprits.

Gwenola Gabellec



Enjoy the Silence / Denis Brun
Jusqu’au 26 mars
Centre d’art contemporain intercommunal
2 rue Alphonse Daudet
13800 Istres
tel : 04 42 55 17 10
sur le net