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Archive - Entretien avec Richard DI ROSA - 1er Partie -
Nous avons rencontré le sculpteur Richard Di Rosa dans son atelier parisien, l'un des membres de la figuration libre.


Richard et Hervé Di Rosa sont frères, ils ont 4 ans d’écart. Richard, le cadet,autodidacte touche à tout a commencé par réaliser des sculp-tures en s’inspirant des premiers personnages imaginés par Hervé ; à partir de là ils ont créé et développé jusqu’en 1986 tout un univers plastique et fictif qui s’est incarné notamment dans le « Dirosaland » ou le « Dirozoo ».

Personnage fort sympathique, il garde un zeste de sa banane de rockeur des années fin 1970, nous avons voulu remonter avec lui aux années fin 1970, début 1980., afin qu’il nous relate son histoire et la naissance de la Figuration Libre.


Vous êtes un artiste reconnu, vous figurez à côté de vos compagnons et de votre frère dans la création d’une nouvelle esthétique
« La Figuration Libre » . Pouvez vous relater à nos internautes le début de cette aventure,
vos conditions de travail de ces années là ?

Richard Di Rosa :
« Ça a commencé dans une petite ville : Sète. 25000 ou 30000 habitants maintenant, et 150000 l’été.
Le petit groupe de mecs qu’on était, était punk à l’époque ou rock. Mon frère était punk, mais pas moi, j’étais plus jeune, j’aimais le Rock-n’roll . Combas non plus n’était pas punk, il avait pas les cheveux violets. Mais bon, il y avait toute cette émulation de jeunes qui fument et qui écoutent du Rock.
Moi, comme je le dis souvent, mon premier souvenir d’une œuvre d’art, c’est le «Velvet Underground », c’est la banane de Andy Warhol, (putain…) cette pochette , ce qu’elle était belle! Ou par exemple «Sergent Peper » des Beatles, où je me suis aperçu que c’est Peter Blake qui avait fait la photo.

D’un milieu très modeste, je faisais tout petit des modèles réduits d’avions, de chars, et puis je faisais pas que l’avion, je faisais aussi le tarmac, avec les deux mecs qui font le plein, ceux qui changent les douilles, ce qui a inspiré après mes sculptures quand j’ai créé mes premiers diorama, un peu comme la bande dessinée a influ-encé les toiles de Hervé. Quant à Combas, il faisait toujours des dessins, il a toujours fait des dessins.
Donc on faisait ça. J’avais 15 ans. J’avais une petite aura : j’étais connu à Sète parce que je jouais de la batterie vachement bien, tu imagines ! Tout le monde m’avait surnommé Buddy , et on a commencé à faire un groupe de Rock « Les Démodés » avec Combas et Ketty. Mon frère faisait un peu le manager, il nous a trouvé quelques dates de concert, on a joué par exemple au festival d’Avignon et Libé avait remarqué notre groupe underground.

La petite bande de Sète a éclaté : Combas est parti étudier à St Etienne. Mon frère est devenu étudiant aux Arts-Déco à Paris où il a fait connaissance avec F. Boisrond. Il logeait dans une chambre de bonne. Il rencontre Louis Jammes qui lui propose de partager son appartement du 120 Rue de Charonne. Moi toujours lycéen à Sète, je venais souvent à Paris, car on ne payait pas le train, mon père travaillant à la gare.
En 3ème année des Arts déco Boisrond et Hervé retrouvent Robert Combas.
Les premières peintures sont créées. J’avais 18 ans. mon frère a commencé à dessiner ses per-sonnages et a voulu les mettre en volume. Il n’y arrivait pas et un jour, je lui ai montré ma première sculpture inspirée par ses personnages. Il a trouvé ça vachement bien et on a commencé. Je partais d’un dessin d’Hervé, mais j’avais une liberté totale. Je ne refaisais pas le dessin de Hervé en le regardant dans le détail, je laissais faire ma sensibilité, mes sensations. Donc je faisais de la sculpture et mon frère de la peinture.
En parallèle, au début des années 80 ont démarré les premières expos. Dont celle de Ben à Nice, consacrée à mon frère et Robert Combas et celle de Bernard Lamarche-Vadel à Paris avec les deux mêmes plus Boisrond, Blanchard et Catherine Viollet.
Robert Combas vendait des toiles, notamment dans l’atelier de mon frère à Paris, rue de Charonne, là les gens voyaient les peintures de mon frère, ils les achetaient, et mes sculptures, qui étaient là aussi, du coup, ils en prenaient aussi.
Puis tout s’est enchaîné. J’ai participé en 82 aux premières expo avec mon frère. Le groupe d’amis que nous étions a été considéré comme porteur d’un nouveau mouvement ; et c’est vrai que le milieu de l’art avait besoin de se reconnaître dans quelque chose de nouveau, d’inattendu, de provocateur. Nous en avons été nous mêmes surpris ; nous étions en mouvement, hyper actifs, mais pas forcément un mouvement ! Une action entraînant une autre, cela s’est fait comme ça. On ne s’est jamais tous retrouvés en train de se dire : «On crée un mouvement, on l’appellera la Figuration Libre, on va écrire un manifeste, on va faire ci et ça ; jamais ! ».

C’est un enchaînement de circonstances qui s’est fait, boum, boum, boum…Une rencontre dans le temps et dans l’espace ; d’ailleurs des groupes équivalents naissaient en même temps en Europe et aux Etats-Unis.
Nous sommes devenus très sollicités et par les galeristes, les marchands d’art, les entreprises.

Mais, petit à petit, les relations à l’intérieur du groupe se sont envenimées et puis fracassées avec Combas.
Avec mon frère, il y a toujours eu des rapports de force, moi petit frère lui grand frère , cela a été toujours tendu mais c’était une confron-tation dynamique, stimulante alors que maintenant c’est devenu sordide : depuis trois ans il me fait des procès.

Mais c’est vrai qu’à l’époque, on était fougueux, on faisait plein de trucs et Rue de Charonne, il y avait une émulation, on avait les mêmes envies, on aimait les mêmes choses, on écoutait la même musique.
Nous étions encore soudés au moment de nos premières expo aux Etats-Unis. En 1983, j’ai fait l’expo avec mon frère chez Tony Shafrazi à New-York, j’y avais déjà séjourné à deux reprises l’année précédente. Mes copains étaient CRASH et Daze et Futura 2000. Il y avait le même mouvement mais à l’américaine, plus portés sur le grafiti, les tags etc…
Moi avec Robert Combas, je me rappelle, j’avais 14 ans, on se régalait d’aller aux chiottes du Château d’Eau à Sète, parce que il y avait des grafitis superbes !

Nos conditions de travail, au tout début, ça était un peu dur, on a commencé à avoir de l’argent en 1983-1984.
Pour ma part en 84, j’ai eu la chance d’avoir un atelier à la cité des arts pendant deux ans grâce à ma galerie Laage Salomon.
C’était assez sympa, car j’avais un tout petit studio et ma femme était montée à Paris pour ses études de Lettres. C’est pour ça que les premières œuvres sont faites avec des matériaux assez bruts, car on était pauvres et on avait pas un rond pour acheter des matières plus nobles. Moi mes sculptures étaient faites avec de la pâte plastique. Pour Hervé et Robert c’était sur des cartons et tissus. »

Suite de l'entretien : cliquez ici
Entretien réalisé le jeudi 6 décembre 2001,
pour le site www.art-contemporain.com