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FRAC : Droit de réponse

2ème partie de l'entretien réalisé avec Katia BAUDIN, Directrice du Frac de la Région Nord - Pas de calais et Présidente de l’Association des Directeurs des Frac.

Que répondez vous aux critiques émises notamment par un grand nombre d’associations d’artistes : choix des sélections, opacité des modes de sélections, uniformité et conformisme des choix ?

"Les critiques que vous mentionnez sont liées à une réelle méconnaissance des Frac, de leurs missions, de leurs collections. Il est erroné de penser que les collections sont uniformes ou conformistes. Quand on regarde indépendamment les collections des Frac, chaque Frac a vraiment sa propre identité. Si on peut retrouver parfois un artiste dans plusieurs collections, ce n’est pas avec la même œuvre, ni pour la même raison. Je prends l’exemple de Raymond Hains : cet artiste breton se trouve dans la collection du Frac Bretagne.

Les Frac essayent de se tenir au courant de la création sur son territoire, de connaître les artistes originaires de la région, sans nécessairement acheter systématiquement leurs œuvres. Je rappelle que notre mission est de constituer des collections internationales.

Pour revenir à Raymond Hains, on le retrouve aussi dans la collection du Frac Champagne-Ardennes car il s’inscrivait dans un travail que ce Frac avait mis en place autour de Fluxus. Le Frac Nord-Pdc possède aussi des œuvres de cet artiste et de Villeglé, qui font partie d’un ensemble d’œuvres constitué autour des affichistes et du nouveau réalisme.

Mais il y a beaucoup d’artistes qui ne se trouvent que dans une seule collection. Au Frac Nord-Pdc, nous avons toujours essayé d’avoir un rôle prospectif. Par exemple, à ma connaissance, le Frac N-Pdc est la seule collection publique française à posséder des œuvres de Cosima Von Bonin, jeune artiste allemande, très importante dans son pays. C’est le cas également de certains jeunes artistes du Nord-Pdc exposés actuellement au Frac, comme Catherine Melin.

Il faut vraiment essayer de comprendre les Frac, les différentes identités des collections, les ensembles et sous-ensembles qui y sont constitués et l’on s’apercevra non pas d’une uniformité mais d’une très grande diversité.

Pour revenir sur l’opacité, je ne pense pas que les Frac sont des structures opaques. Un certain nombre d’entre nous publions des catalogues sur les collections dans lesquels figurent diverses sources d’information : les membres du comité technique ou du conseil d’administration, le processus d’acquisition, la liste des partenaires… ; d’autres encore (comme le nôtre) ont des sites internet, où l’on retrouve ce type d’information.

Mais il est difficile d’engager un dialogue avec des personnes qui ont déjà une idée bien arrêtée, qui sont critiques envers l’art contemporain, et/ou qui ont une approche démagogique par rapport aux Frac.

Il est important de noter que l’Association Nationale des Directeurs de Frac (ANDF) souhaite engager un réel dialogue avec les associations d’artistes et syndicats. Dans cet objectif, nous avons accepté leur invitation à participer aux Rencontres Nationales des Artistes plasticiens à la Villette en septembre dernier. Plusieurs d’entre nous ont participé à différentes tables rondes. Nous avons essayé de sensibiliser les artistes présents à notre volonté de rentrer dans un dialogue, de les informer des missions des Frac.

Aujourd’hui, les évènements autour des intermittents du spectacle doivent nous interpeller. Le domaine du spectacle vivant est extrêmement unifié. Ces divers acteurs, techniciens, troupes de théâtre amateur ou professionnels - même s’ils diffèrent sur un plan esthétique, artistique, idéologique, même s’ils ne sont pas tous sur la même longueur d’onde - font partie d’un seul et même groupe. De ce fait, ils arrivent à faire entendre leurs revendications.

Le domaine des arts plastiques n’est pas du tout unifié dans ce sens. En se réunissant avec tous les acteurs de l’art contemporain (institutions, structures professionnelles et amateurs, artistes…) nous pourrions plus facilement être entendu par nos divers interlocuteurs.

Il est donc très important d’avoir un réel dialogue et d’aller au-delà des querelles et des visions artistiques qui bien sûr sont différentes, mais c’est cela qui fait la richesse de l’art contemporain."

Y’a t’il toujours un débat entre votre territoire d’action – La Région – et ce que vous demande certains élus, artistes, etc la Régionalisation de votre action ?

"Nos structures s’appellent Fonds Régionaux d’Art Contemporain, cela peut prêter à confusion. Elles s’inscrivent dans un territoire régional et constituent des collections d’envergure internationale. Aujourd’hui cela est acquis dans l’ensemble des régions et quand on regarde les collections, elles sont toutes de grande qualité. Le travail sur le territoire est de rendre accessible au public dans le cadre d’une région des œuvres de qualité, sans devoir nécessairement se rendre dans les grandes capitales. C’est avoir un véritable respect des personnes d’un territoire que de leur montrer à proximité des œuvres d’un intérêt national et international.

Mais comme je l’ai indiqué précédemment, les Frac sont quand même attentifs à ce qui se fait dans les régions. Cela peut se voir d’une part à travers des acquisitions ponctuelles auprès d’artistes oeuvrant dans la région, et d’autre part à travers différents types de partenariats. En effet, beaucoup de Frac travaillent avec des associations d’artistes, en co-produisant des expositions et d’autres types d’échanges. De même, les directeurs de Frac visitent régulièrement des ateliers d’artistes ; ils travaillent également avec les écoles d’art de leur région respective. Le soutien à la création régionale peut prendre différentes formes : allant de l’acquisition d’œuvre d’art contemporaine, aux conseils, aux suivis…"



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