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Ettore Scola, une pensée graphique.

Il les appelle ses crobards ou ses graffitis. Ce sont les accompagnateurs, les compléments précieux de tous ses films. Ils naissent de discussions téléphoniques, de coins de table après un café noir, de trajets en train, et cetera. Ils sont aujourd’hui plus d’une centaine à être exposés au Centre Des Arts d’Enghien-les-Bains, ce sont les dessins satiriques d’Ettore Scola, ceux qui ont traversé son œuvre, ses rencontres et son histoire avec l’Italie.

Des films, un livre et une exposition de dessins satiriques. Trois médiums pour un programme aux allures de rétrospective. Le Centre Des Arts d’Enghien-les-bains rend hommage au réalisateur « d’Affreux, sales et méchants », de « Splendor », du « Bal », « d’Une journée particulière », de « La nuit de Varenne » ou de « Nous nous sommes tant aimés ». Un cinéma réaliste et engagé dans un costume griffé d’humour. Un cinéma qui raconte l’Italie à travers la condition humaine entre le drame et le burlesque, entre le grave et le sourire noir ou le rire jaune.
Ils étaient toute une bande entre les années 60 et 80 a avoir flirté avec le style de ce que l’on a appelé la comédie à l’Italienne. Pasolini et son mauvais genre, avec La Riccota de 1963, satirise la société en plongeant dans les boursouflures des classes basses et moyennes. Ferreri et sa Grande Bouffe de 1973 lapide la bourgeoisie. Petri, scénariste Des Monstres de Dino Risi ou même Fellini et ses mondes inconscients éléphantesques. Ils travaillaient ensemble. Ils formaient une famille, un clan. Ettore Scola est le dernier représentant d’une histoire cinématographique de gros plans, de clowneries sombres, de précisions et d’incisions dans une Italie qu’il aimait vivante, intime, humaniste. Ses dessins sont des références entre la satire sociale et politique d’une époque et les caricatures de ses amitiés sincères. Fellini est brossé dans son écharpe rouge et son chapeau noir, l’œil sombre et inquisiteur, une moue cynique à la bouche. Mastroianni est là au milieu d’une foule d’anonymes croqués au microscope. « Le dessin a toujours été pour moi un automatisme. Je dessine instinctivement quand je pense à autre chose. Comme dans mes films, j’essaie de représenter des gens, des caractères. C’est une distraction, une façon de reproduire ce que j’ai vu ou ce que je vois. »
Pourtant, même s’il le considère comme un passe-temps non structuré, le dessin l’a escorté toute sa vie. Satiriste au Marc’Aurelio (comme Fellini d’ailleurs) dès les années 50, Scola n’a jamais cessé d’exploiter ses croquis dans ses différents métiers de journaliste, de scénariste et de metteur en scène. « Quelque fois, j’ai utilisé mes dessins pour les décorateurs, les costumiers et même les architectes. » ajoute-t-il.
A la source de son inspiration, ils sont à la fois, documents de travail, reflet de sa pensée graphique et souvenir d’une certaine époque. A considérer comme un feuilleton d’images, une collection d’épisodes, ils retracent la vie d’artiste d’Ettore Scola. Ils sont sa mémoire, sa vision, les illustrations de son univers.
Scola le fidèle, marche par affinités, par couple même. Son parcours est jonché de ses collaborations, de ses amitiés, indéfectibles. Avec le compositeur Armando Trovaioli qui marqua l’ambiance de ses films de son empreinte musicale si particulière ; Avec le scénariste Ruggero Maccari et la touche de son phrasé singulier. « J’ai travaillé avec lui pendant presque 40 ans. Mes films ont été écrits à quatre mains. Il en est l’auteur, au même titre que moi, dit-il. Il y avait cette compréhension profonde entre nous, de ce que l’on pensait de la vie, de la politique ou de l’amour. »
A l’occasion de cette rétrospective et pour la première fois en France, un ouvrage monographique rend hommage à son travail. Dirigé par Jean A. Gili, historien, professeur et critique de cinéma, ce livre retrace film après film l’analyse de son cinéma. A travers une série d’entretiens, il se confronte à la pensée du réalisateur, à ses positions et à l’histoire de ses collaborations multiples. Certains de ses dessins sont reproduits ici et illustrent en filigrane l’univers d’un cinéaste trop longtemps négligé par la critique française. Il y a dans le cinéma de Scola, une observation de la société, de la politique et de la figure humaine passée au vitriol mélangée à une pitié compassionnelle et à un profond humanisme. Drôle, dur, excessif, fin, populaire et engagé, son répertoire est riche d’une approche autant culturelle que poétique.
Au Centre Des Arts d’Enghien-les-bains, le programme touche à tous les médiums et la rétrospective est complète. Du crayon à la caméra et inversement, on pose un regard sur une œuvre qui raconte l’Italie de l’après guerre avec passion, fantaisie et intelligence.


Julie Estève

Infos pratiques :

Ettore Scola, une pensée graphique
Jusqu’au 30 mars 2008
Centre Des Arts d’Enghien-les-bains, 12-16, rue de la Libération - 95880 Enghien-les-Bains - 01 30 10 85 59
Pour connaître la programmation du cycle Ettore Scola, les horaires et dates des projections : cliquez-ici