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Fiac 2004
Cette année, et pour la première fois, les deux foires parisiennes d’art moderne et contemporain se sont déroulées en même temps, à un jour près, du 21 au 25 octobre 2004. Après cinq jours d’intense activité, que retenir de ceux évènements ?

Tout d’abord que les organisateurs de la Fiac avaient pour lourde tâche de dynamiser cette manifestation dont la réputation commençait à faiblir depuis quelques années déjà. Un challenge relevé par Jean-Daniel Compain, directeur général du Pôle culture & Loisirs de Reed Expositions France qui a nommé Jennifer Flay, directrice artistique, et mis en place un nouveau comité de pilotage de la foire, constitué de neuf galeristes européens.
Si à première vue, la Fiac ne s’est pas radicalement transformée (elle se situe toujours Porte de Versailles au grand désespoir de beaucoup qui préfèreraient la voir retourner en plein cœur de Paris), deux grandes nouveautés sont à retenir : l’ouverture du Hall 5.1 aux jeunes galeries, en plus du traditionnel Hall 4 qui abrite les grandes galeries modernes et contemporaines, et, l’arrivée du Design.

Le secteur Future Quake (Hall 5.1), dont le nom est issu de la phrase d’André Breton « Toute œuvre est un tremblement futur », porte bien son nom. On découvre enfin ce que présentent les toutes jeunes galeries, âgées de moins de trois ans. Et ça bouge ! En circulant entre les stands, on sent un énergie nouvelle. Entre autres, la galerie Alcuadrado, qui existe depuis un an et demi, s’est même déplacée de Bogota pour faire sa première Fiac. Elle présente notamment Oscar Munoz, un artiste colombien d’une quarantaine d’année, dont quelques œuvres sont déjà dans les collections de grands musées américains.
Le secteur Perspectives, qui concerne les galeries de plus de trois ans, n’était pas en reste face à cette nouvelle dynamique. Les stands aménagés de Valérie Cueto et Corentin Hamel ont été très remarqués.

Le Hall 5.1 bouillonne, les cinquante trois galeries présentes ayant enregistrées des ventes au-delà de leurs espérances, tandis que le
Hall 4 reste égal à lui-même. Le secteur moderne y a été renforcé car comme l’explique Jennifer Flay « la FIAC, c’est aussi Paris ; Ville d’Histoire ». Heureusement, ce refus de s’orienter particulièrement vers le contemporain s’accompagne d’une vision élargie de l’art. La Fiac s’ouvre ainsi au Design et intègre l’idée de l’effacement des frontières entre les différentes disciplines. Parmi les dix galeries de Design regroupées au fond du hall, on a retrouvé avec plaisir les bibliothèques chaotiques d’Ettore Sottsass et découvert les derniers meubles oniriques de Mattia Bonetti.

De nombreuses installations et sculptures ponctuent le parcours de cette 31ème édition, le retour de la peinture se confirme ainsi que le développement de la photographie. Par contre, on note un net recul de la vidéo depuis 2002 où l’espace Video Cube lui était entièrement consacré.

L’objectif fixé de « sauver » la Fiac semble réussi, tant du point de vue des transactions marchandes que des visiteurs qui sont venus en masse (81 721 visiteurs cette année, contre 72169 en 2003).
Seules les prochaines éditions pourront nous confirmer cette apparente réussite. Mais de là à inscrire la Fiac au rang des grandes foires internationales d’art contemporain comme Art Basel, il reste encore du chemin.

De son côté, Art Paris a décidé de trouver un créneau plus favorable dans le calendrier international des foires d’art contemporain. La prochaine édition aura donc lieu du 31 mars au 3 avril 2005, ce qui laisse peu de temps aux galeries pour renouveler leur stand. Espérons que le Printemps lui sera plus favorable car même si les ventes semblent meilleures qu’en 2003, Art Paris faisait vraiment pauvre figure.

Certaines grandes galeries parisiennes, comme Durand-Dessert, ont délaissé Art Paris pour lui préférer la Fiac. La galerie New-Yorkaise Art of this Century, habituée de la Fiac, a exceptionnellement décidé,face à la conjoncture des dates, de faire les deux foires. Le résultat ne correspondant pas à leurs attentes, la galerie ne renouvellera pas l’expérience d’Art Paris.

Autant de facteurs qui montre bien que les deux foires ne ciblent pas le même public. Art Paris reste une foire locale même si les organisateurs aspirent à en faire un événement international.

La coïncidence des deux manifestations aura été néfaste pour Art Paris qui a souffert d’une comparaison inévitable, et pourtant injustifiée, avec la FIAC. Les deux foires coexistent depuis huit ans, et même si Art Paris est une foire de moindre importance, le travail des galeries y participant est remarquable par l’acharnement avec lequel ils défendent artistes débutants et reconnus.

Marie-Aimée Leroux


visuel : Tom Molloy - Map, 2004, Collage
Courtesy Rubicon Gallery, Dublin