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FIAC 2005 : Optimiste, créative et agitée !
La 32ème édition de la Foire Internationale d’Art Contemporain marche dans le pas assuré de son renouvellement amorcé en 2004. Elle s’aménage, elle s’optimise et vise l’affirmation sur la scène mondiale d’une identité forte et parisienne. Affranchie de ses complexes face à la concurrence événementielle internationale (la foire de Bâle ; les conférences de l’Arco ; les fêtes de Miami ou la Frieze Art Fair), la FIAC 2005 s’agite.
Martin Bethenod, commissaire général entend garantir le dynamisme de la foire ; la tendance est alors à l’optimisme pour le marché de l’art en France.

Cette année encore, la FIAC est bicéphale. Une « tête solide » de 161 exposants (Hall 4) rassemble les galeries d’art moderne, celles d’art contemporain et le secteur design, limité à neuf exposants triés sur le volet. Une « tête chercheuse », le Hall 5.1, regroupe 58 galeries dans les secteurs « Perspectives » et « Future Quake » marqués par une très forte participation étrangère, conséquence directe de l’intérêt qu’ils avaient suscité en 2004. Le premier, consacré aux galeries de moins de dix ans d’âge et sponsorisé par la société Ricard SA, accueille 33 galeries dont 25 étrangères. Le second, réservé aux galeries de moins de trois ans et dont les œuvres n’excèdent pas 5000 euros, a gagné cette année 5 exposants : 25 au total dont 15 étrangères.
Le bilan est à l’ouverture. En effet, sur les 220 exposants, plus de la moitié sont étrangers. Plus européenne dans le Hall 4, plus internationale dans le Hall 5.1, la FIAC a su trouver un équilibre entre le moderne et le contemporain et dans la représentation des galeries entre celles solidement établies et les galeries en herbe.


Dans le Hall 4, la galerie parisienne Rabouan Moussion présente le travail de Mary Sue, « Panurge ». Panurge est une vidéo performance (16/9ème en DVD, durée illimitée accompagnée d’une installation) qui rentre dans son projet évolutif SIMULUS, une zone aléatoire entre la simulation et la stimulation. Dans cette vidéo répétitive, l’artiste jongle avec l’ambivalence identitaire de son personnage ; quelle soit femme ou fillette, elle en exacerbe les panoplies en jouant à saute-mouton avec des bornes phalliques colorées.
Un peu plus loin, la galerie Jérôme de Noirmont expose une œuvre de l’artiste américain Tony Oursler, « The Flame », 1998, crâne en fibre de verre, bougie et vidéo. Ses dispositifs vidéos sont conçus dans une configuration spatiale au sein de laquelle sont mis en relation des fragments de corps, des objets, des murs, des morceaux d’architecture où sont projetées des images parlantes ; dispositifs que l’on a pu voir récemment dans la première exposition monographique parisienne de l’artiste au Jeu de Paume.
Chez les designers, l’antenne parisienne de la galerie turinoise (Galerie Italienne), entièrement vouée au design italien présente des pièces de Lucio Fontana, de Johanna Grawunder, d’ Alessandro Mendini et un ensemble de la fin des années 60 de Gino Marotta, « Fili d’Erba » 1968, « Rampicanti » 1969, « Ninfea Verde » 1964.

Dans le Hall 5.1, le secteur « Future Quake » accueille la toute nouvelle galerie Martine Aboucaya à la ligne plutôt expérimentale et singulière. Elle y présente les installations vidéo d’Agnès Varda, résultat d’une nouvelle exploration de la réalisatrice dans les territoires de la vidéo et du cinéma, démarrée en 2003 avec la création de « Patatutopia » pour l’exposition « Utopia Station » présentée dans le cadre de la 50ème Biennale d’art contemporain de Venise.

Egalement, les architectes-plasticiens Berdaguer et Péjus qui exposent leur « Plante à sommeil » dans le cadre de leur projet commun de création d’une vie à l’horizontal ; au programme : architecture chimérique et paysage visionnaire à l’utopie sombre. L’idée est simple, celle d’une redécouverte de l’espace et d’une transformation complète de l’architecture au profit d’un état de vie presque reptilien.
Poursuivons avec la galerie suisse SYNOPSISM qui présente « Paran’home 2005 », installation et performance de Marion Laval-Jeantet et Benoît Mangin, du groupe Art Orienté Objet. « Paran’home » vise à concevoir des œuvres à habiter en accord avec les thèmes récurrents du duo : la manipulation de l’individu, de la faune et de l’environnement par la société. Ils présentent ici un univers qui leur est propre, un « intérieur », dans lequel Benoît va progressivement enfermer Marion pendant le déroulement de la FIAC, en compagnie d’objets familiers qu’ils ont créés. Durant l’expérience, Marion doit écrire le dernier chapitre d’un roman autobiographique d’artiste à paraître prochainement.

Dans la zone « Perspectives », Virginie Barré déploie tous ses personnages étranges et inquiétants de néo-polar et de cinéma de minuit dans un solo show chez Hervé Loevenbruck. Est également représenté par la galerie, Olivier Blanckart avec « Stiffies », artiste nommé pour la cinquième édition du Prix Marcel Duchamp.

En effet, la Foire Internationale d’Art Contemporain 2005, dans un souci de soutien et de promotion de la création française, accueille pour la première fois le Prix Marcel Duchamp dont l’ambition est de contribuer au rayonnement international de la scène française en confirmant la notoriété d’un artiste résident en France. Effet synergique, la FIAC s’accouple au Prix et donne à la manifestation une plus-value incontestable tout en apportant aux artistes présélectionnés une visibilité supplémentaire auprès des collectionneurs français et étrangers. Le prix sera décerné pendant la foire et une exposition collective sera consacrée aux quatre nommés (en lice : Kader Attia, Gilles Barbier, Olivier Blanckart, Claude Closky).
Kader Attia se replonge dans les blessures de l’enfance. « Childhood #1 » est une installation représentant un jardin d’enfant traumatique composé d’un toboggan parsemé d’éclats de verre et de lames de rasoir disposés verticalement.

Gilles Barbier présente entre autre « L’Orgue à pets » (1996) qui déploie ses six mètres d’alambic aux formes biomorphiques. Cette œuvre est l’un des premiers clones de l’artiste, synthèse ironique de l’effort et hommage aux grands pétomanes du début du siècle.

Ainsi, la FIAC 2005 se mobilise pour rendre l’événement incontournable. Un seul mot d’ordre nous dit Martin Bethenod « montée en puissance ! ».
FIAC festive ? FIAC attractive !
La FIAC s’agite en tous sens. Partout, la capitale se met en fête et s’associe à la manifestation : soirées, vernissages et initiatives d’exposition chez les privés comme Hermès, les Galeries Lafayette ou Peugeot, se multiplient. Coup de théâtre et coup de pub, la FIAC aura accès à la grande halle du Grand Palais. Happenings, projections et autres manifestations à caractère festif ouvertes au public s’y dérouleront tous les soirs. Décision de dernière minute qui marque la volonté commune des pouvoirs publics et des organisateurs de la foire de réimplanter la FIAC dans le Paris intra-muros, le « Paris prestige ». Cet effet de concentration donne l’impulsion d’une nouvelle excitation, espérons que les collectionneurs seront au rendez-vous !


Texte et Photos Julie ESTEVE


FIAC 2005 - Paris Expo - Hall 4 et 5.1
Porte de Versailles, jusqu'au 10 octobre 2005.
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