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FIAC 34 : Affaires classées !

Warhol et sa Green Car Crash valent 71 millions de dollars. Les giga-collectionneurs sont en pole position. Des nouveaux pays (Russie, Inde, Chine) entrent en jeu tandis que l’art contemporain devient, depuis une dizaine d’années, l’accessoire « glamouroluxe » indispensable au lifestyle de nouveaux investisseurs. Le marché de l’art est en grande forme et sa mutation bien entamée. Comme tout marché, il absorbe les évolutions, les humeurs et les rythmes économiques et sociaux mondiaux. Dans cette overdose de chiffres et de performances financières, la Foire Internationale parisienne devait être au niveau nécessaire des attentes des acheteurs. Pari gagné pour Martin Bethenod, commissaire général, et Jennifer Flay, directrice artistique, qui ont labellisé l’édition 2007 comme « celle du renforcement, de la montée en puissance et de la recherche, dans tous les domaines, du meilleur niveau de qualité. »

En somme, la FIAC continue sa stratégie de requalification et de revalorisation entamée en 2004 et son retour en 2006, dans une structure d’accueil prestigieuse en plein cœur de Paris (Grand Palais, Cour Carré du Louvre, Jardins des Tuileries) avec un contenu renouvelé (42 nouvelles galeries, soit 22% du total, établi à 179 exposants).

La sélection des galeries a été drastique cette année pour glaner plus d’étrangères, notamment berlinoises (Arndt et Partners, Carlier-Gebauer) et new-yorkaises (Bortolami, Paula Cooper, The Project, Van de Weghe). L’objectif semble toujours de défranciser une foire à la réputation trop poussiéreuse en invitant physiquement la scène internationale à y participer (les chiffres: 58% de galeries étrangères contre 42% françaises). Mais, malgré le très beau parcours de sculptures monumentales aux jardins des Tuileries (notamment avec celle de Claude Lévêque : mon repos aux Tuileries), l’installation du secteur design (depuis 2004), le choix d’une concentration de galeries dites prospectives (à la Cour Carré), la FIAC n’a pas encore trouvé sa personnalité et une identité propre. Autrefois boudée par les collectionneurs, elle redevient aujourd’hui mollement à la mode. Si les chiffres 2007 sont le reflet d’un bon cru, il ne faut pas oublier son léger manque de saveur. FIAC 34 a certes su se frayer une petite place au sein des grandes foires internationales (Frieze, Bâle) mais les difficultés d’une reconnaissance mondiale du marché de l’art français restent une réalité. (manque d’influence de nos galeristes sur le marché, institutions trop fermées, collectionneurs pas assez soutenus).

Pourtant, sous la voûte du Grand Palais, rien n’empêche les machines de Tinguely (galerie Hans Mayer) de s’animer, ni celles de Xavier Veilhan (Emmanuel Perrotin) de lui répondre. La bataille Navale peut commencer, entre C33 et E28. Perrotin frappe fort cette année encore : razzia sur les pièces de Sophie Calle tirées de Prenez soin de vous et celles de Wim Delvoye, les Actions Dolls, à 239 euros pièce. Les frigos HLM costumés de strass de Kader Attia (Anne de Villepoix) sont maintenant la propriété du FNAC (le Fonds National d’Art Contemporain) tandis que le charismatique Kamel Mennour a su, encore une fois, parfaitement s’entourer. Entre Claude Lévêque et Daniel Buren, dont le mur a été vendu 235000 euros, il y a de quoi saliver à l’instar de l’installation de Shen Yuang dont la langue glacée fond jusqu’à l’apparition d’un couteau (Shen Yuang, perdre sa salive, 1994-2007).
Peinture et expositions monographiques ne sont pas en reste sous le verre du Grand Palais. Picabia érotique (galerie 1900-2000), Matta chez Claude Bernard, Dubuffet chez Jeanne Bucher ou Calzolari chez Catherine Issert. Sous la tente de la place Carré du Louvre, les jeunes et prospectives galeries se partagent l’espace avec les nommés pour le prix Marcel Duchamp (attribué à Tatiana Trouvé). Les larmes poissons de Gabriele Picco (galerie milanaise Francesca Minini) ont fait l’unanimité. La boîte d’œufs d’Olivier Babin (Galerie Frank Elbaz), les arbres renversés de Katinka Bock (Jocelyn Wolff) façon Rodney Graham et le sol en miroir brisé façon faux marbre de Bruno Peinado nous ont séduit, aussi.
Mais la vitalité d’une foire internationale d’art contemporain se mesure également par le dynamisme des entreprises et des manifestations parallèles, les « off ». Cette année, elles ne manquaient pas, mais entre Show Off et les Elysées de l’art, les foires annexes ressemblaient plus à un bal triste de refusés qu’à une véritable alternative et à une plus value. Seul Slick 2ème édition se démarque comme une plate-forme conviviale et aventurière, populaire mais prospective qui casse la froideur des grands en intégrant dialogue et convivialité.

A noter tout de même, l’assignation à bref délai devant le tribunal de commerce faite à Orexpo, organisateur des Elysées de l’art, par Reed Expositions France, l’organisateur de la Fiac. La revendication portait sur le « parasitisme commercial constitutif de concurrence déloyale » dont pouvait faire preuve la foire Off. Heureusement déboutée, la Fiac n’a pas eu gain de cause. Et, on voit mal comment les petits Elysées auraient pu faire une quelconque concurrence au géant FIAC. Cette assignation n’est-elle peut être qu’un simple péché de prestige !

Julie Estéve

Photos Julie Estéve
Légende :
FIAC 2007
A : Tinguely, 1986, galerie Hans Mayer
B : Shen Yuang, perdre sa salive, 1994-2007,
C : Xavier Veilhan, coucou, 2007, Galerie Perrotin
D : Claude Lévêque, mon repos aux Tuileries, galerie Kamel Mennour
E : Claude Lévêque, galerie Kamel Mennour
K :Olivier Babin, Galerie Frank Elbaz
L : Katinka Bock, 2007, galerie Jocelyn Wolff
M:Gabriele Picco, The tears’ swimmers, 2006, galerie Francesca Minini

SHOW OFF 2007 et SLICK 2007
F : Adonis Flores, Visionario, 2003, Galerie Habana - –Show Off 2007.
G : Michaël Matthys, Autoportrait 2007 - –Show Off 2007.
H : Adonis Flores, Aliento, 2006, Galerie Habana - –Show Off 2007.
I :Dennis Kuhlow, Rosebud, 2006 ; Slick 2007