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La Fiac fait peau neuve.

Pour sa 33ème édition, le rendez-vous de l’Art moderne et contemporain retrouve après 13 ans le site historique du Grand Palais et prend place dans la Cour Carrée du Louvre. Loin de la porte de Versailles, la FIAC reprend sa géographie honorifique en plein cœur de Paris. Prise de position au cœur de la ville, le choix stratégique est fort.

Cette édition marque une étape majeure dans l’évolution de la FIAC. Une nouvelle implantation au cœur de Paris, de nouveaux sites prestigieux et un contenu fondé sur une sélectivité renforcée et un souci d’ouverture. Ces choix s’inscrivent dans la logique du processus de renouveau de la Fiac depuis 2004, avec l’introduction du design et de très jeunes galeries, ou l’organisation en 2005 d’une série d’évènements au Grand Palais. Ce processus connaît donc cette année une accélération très forte. Pour preuve, l’installation d’une quinzaine de sculptures et projets extérieurs dans les Jardins des Tuileries. De nouveaux arrivants, une identité généraliste réaffirmée ; les contraintes liées à la nouvelle implantation ont conduit à une réduction importante des espaces disponibles et donc du nombre de galeries (-25%). La sélection 2006 compte ainsi 169 galeries venues de 22 pays.
A l’occasion de ses 40 ans, la galerie Daniel Templon publie un ouvrage édité par Communic'Art à partir des archives de la galerie, sous l'oeil attentif de Daniel Templon. Ce livre est la somme de tous les courants artistiques qui ont été présentés dans la galerie, de la découverte de l'avant-garde internationale, au soutien à la mouvance de Supports-Surfaces en passant par la présentation du minimalisme, de l'Arte Povera ou du Pop Art. A voir également deux photographies d’Angelika Markul, artiste défendu par notre site (voir les deux articles), tirées de l’exposition actuelle « Paroles d’insectes » à la galerie Frédéric Giroux.
Si la Fiac déclare avoir mis l’accent sur la scénographie, améliorant ainsi la qualité de la visite (circulations claires et amples, vastes espaces de repos) et sur la mise en valeur des immenses volumes de la nef, notamment par la construction, à ses extrémités nord et sud, d’espaces à double niveau, il n’en est cependant rien. La Fiac ne dialogue pas avec l’architecture de la mythique nef des Champs Elysées. Des enfilades de stands blancs, uniformes, découpent l’espace et le cloisonnent. Le changement de lieu apparaît ainsi uniquement prétexte à des fins économiques. Un peu de scénographie tout de même pour le Comité Colbert à la Cour Carrée du Louvre qui présente les lauréats de la 20ème édition de son concours des Espoirs de la Création. La scénographie de cette exposition a été confiée à Electronic Shadow qui a imaginé une installation sur le thème du «jardins d’idées » où murs et sols s’animent et alternent des visions d’une nature onirique et des vues d’un Paris idéalisé.

Nouvel esprit pour le design dans le « saint des saints » du prestigieux Musée du Louvre. La Fiac rompt enfin avec le rythme convenu des stands et propose à une dizaine de galeries internationales un dispositif scénographique intelligent et inédit. Conçu par l’architecte Emmanuel Combarel, l’espace est fluide et se module selon les propositions et œuvres de Jean Prouvé, Ettore Sotsass, Ron Arad…

Cette année, les services proposés aux collectionneurs français et internationaux sont renforcés : une offre d’assurance gratuite des œuvres acquises à la Fiac par Axa art, des espaces de repos propres et des voitures officielles mises à disposition par Citroën, partenaire officiel de la Fiac pour la deuxième année. Devant ces voitures officielles garées en champ de bataille, la journée d’inauguration de la Fiac est quelque peu animée. Devant le Grand Palais, des étudiants de l’Ecole nationale supérieure des beaux-arts de Paris s’ont regroupés. Profitant de l’actualité des débats sur la loi de finance 2007, les étudiants attirent l’attention sur les difficultés que rencontre l’Ecole : manque de locaux et budget. Ils clament, tel une offense : « on aime la force de l’art ! »…No comment.
La Fiac semble avoir fait le choix de la rentabilité au détriment de la qualité. Mais tant que l’on reste dans des rapports financiers, ne demandons pas à la culture d’avancer…



Sandrine Diago