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de la FIAC à Artparis
La FIAC s’était endormie, disait-on l’année dernière. Elle s’était figée dans un certain classicisme, elle ne suivait pas son époque. Ces remarques n’ont plus lieu d’être désormais, grâce à l’accueil de cette immense foire à l’art contemporain, fait d’images, de bruit, de son, de mouvement, celui qui allie le privé à l’intime, qui joue sur les perceptions du spectateur, l’oblige à un certain décalage, à un autre regard, à prendre en considération la société dans laquelle il vit, ses mutations, notamment dans le domaine des technologies. Car cet art, le contemporain, que la Fiac peut s’enorgueillir de présenter aujourd’hui, utilise de nouveaux médiums.
C’est dans le Hall 5 que tout se passe, de ce point de vue-là. Deux manifestations intitulées respectivement Perspectives et Future Quake présentent des artistes ayant une démarche forte sur la scène internationale, ainsi que des jeunes galeries, toutes frémissantes de projets, dont les galeristes ont un discours cohérent et porteur de sens pour tenter d’expliciter les œuvres de leurs artistes.

Qu’en est-il par exemple de la vidéo, quelle est sa place ? Cette question est posée à Stephan Stoyanov, de la Galerie Luxe à New York, à propos d’étonnants films courts réalisés par la vidéaste Trine Lise Nedreaas. « Il faut d’abord voir, dit-il, ces films comme une série de portraits. » Effectivement ils ont cette valeur, puisque l’artiste a isolé, sur fond neutre, de manière esthétique, une avaleuse de sabres, un boulimique qui mangera en un temps record nombre de saucisses, ainsi qu’un homme plus jeune qui cassera avec son crâne, pour témoigner de sa force, des briques, toujours en un temps donné. Plusieurs critères entrent ici en jeu, celui de la performance, de la théâtralisation de l’action, en même temps que ce rapport constant que nous avons aux images télévisuelles ou publicitaires, à l’idée que nous voulons tous, selon la formule de Warhol, avoir « notre quart d’heure de gloire ».

Nouvelles technologies, nouveau public
Comment donc regarder ces vidéos, dans une galerie où par ailleurs sont exposées des peintures, des installations ? La réponse du galeriste est de passer de cette oeuvre à la peinture comme s’il s’agissait d’une peinture elle-même, d’oublier toute classification, toute hiérarchie des genres. Et d’ajouter : « Il faut avoir une vision plus large, moins académique de l’art, aujourd’hui ». Le propos est juste : pour peu que nous ayons cette largeur d’esprit, nous pouvons aisément comprendre comment les oeuvres se côtoient entre elles. Nous reconnaissons parfois deux époques, qui se chevauchent, l’amenuisement de l’une au profit de cette invasion d’images dont nous devons distinguer les plus essentielles. Autre question, toujours posée à ce galeriste : quel est le mode de vente de ces oeuvres vidéos ? Ont-elles le même lien à l’unicité qu’une toile ? Qui les achète ? N’importe qui peut les acquérir, en général des collectionneurs, des gens avertis, mais, comme nous le verrons plus loin, il ne faut pas en faire une règle. Quant au nombre d’exemplaires, la vidéo sera vendue en série limitée, trois DVD, tout au plus, dans le cas de cette vidéaste. Là encore il ne faut pas en faire une généralité, car pour la première fois, et l’information est de toute première importance, dans le domaine de la diffusion, art-netart présente la collection DVD’ART, co-produite avec des artistes, en édition illimitée, initiée par Jean-Charles Blais. Ainsi, pour le prix modique de 39 euros, des œuvres sont proposées à un large public, afin que ceux qui les achètent puissent les voir sur un écran de télé ou d’ordinateur. Cette collection dispose d’un réseau de distribution honorable, puisque nous pouvons d’ores et déjà les trouver à la Fnac, chez Virgin, dans les centres d’art contemporain. Voilà une révolution !
La Galerie Quang, à Paris, est, elle aussi, plus que jamais dans l’air du temps. Elle présente plusieurs jeunes artistes qui ont compris les mutations de notre société, la porosité des frontières entre les différents arts. Ainsi Helen Evans et Heiko Hansen, chercheurs dans le domaine du design interactif, proposent un langage fondé sur la lumière, l’image et le son, avec « Le miroir aux alouettes ». Nous pouvons nous regarder dans un miroir, et, tandis que dans un autre miroir une autre personne tente la même expérience, les visages viennent s’imprimer l’un sur l’autre, créant une sphère de l’intime dans l’espace de la foire, une découverte de l’autre. Tous ces concepts sont brillamment mis à l’épreuve.
La plupart du temps, les galeristes parlent d’une reprise du marché. Ils sont heureux d’être là. Cette foire parisienne présentée par Jennifer Flay, directrice artistique, se veut ouverte à la nouveauté. Elle permet en outre un contexte d’échange et de dialogue, et tout en célébrant ce renouveau, de confirmer la richesse culturelle de la capitale.
Les oeuvres sont vendues la plupart du temps à des institutions culturelles, des collectionneurs (la FIAC tente par quelques actions auprès des entreprises de sensibiliser celles-ci au monde de l’art) mais des particuliers aussi ; ceux-ci ne sont pas forcément des collectionneurs, ils n’ont pas forcément les références culturelles de jadis, ils achètent des vidéos, comme un outil sociologique parfois. Voilà une nouvelle façon de percevoir le marché, de manière plus accessible, comme s’il y avait une possible vulgarisation de l’art, ce que la collection DVD vient par ailleurs confirmer.
Dans le Hall 4, l’ambiance est toute autre, nous retrouvons presque les cimaises des musées, tant la peinture est présente, les valeurs sont sûres, les œuvres de renom. Tous les grands artistes semblent conviés, les spéculations vont bon train. Les galeries sont des plus prestigieuses, et l’on retrouve un monde affairé de collectionneurs qui discutent les prix.
La FIAC est donc incontournable.
Bizarrement une manifestation a lieu en même temps à Paris : artparis. Pour les galeries, on se doit d’être présent à la FIAC, qui aujourd’hui a repris vigueur. « Ici, nous sommes dans le contemporain, dit une jeune galeriste. Artparis verse plutôt dans le moderne. » Toutes ces notions nous obligent à réfléchir. Dans quelle mouvance se situe donc artparis, quels sont ses rapports à l’art contemporain, à la peinture ? Nous ne manquerons pas d’évoquer toutes ces questions en allant visiter artparis…

Clotilde Escalle




visuel : Mark Dion
L’Ichthyosaure, 2003, Plâtre, résine, fibre de verre et peinture
Courtesy Galerie In Situ, Fabienne Leclerc, Paris