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Art Basel 38 édition, le marché de l’art fait son show
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La plus grande foire internationale d'art contemporain et du design a eu lieu du 13 au 17 juin à Bâle. Avec plus de 60 000 visiteurs, un taux de vente record pour les 300 galeries exposantes, la grande qualité des œuvres présentées, la 38ème édition d’Art Basel a été un très grand succès témoignant de l’excellente vitalité du marché de l’art.
Certainement que cette dernière a subit l’effet d’un été chargé de manifestations artistiques dans le centre de l'Europe, avec la Biennale de Venise, la Documenta de Kassel et le Skulptur Projekte Münster. .
Ce «Grand Tour» sera un point marquant pour la création d'aujourd'hui et celle de l'avenir.

Tout saisir devient impossible.
Les grandes galeries côte à côte affichaient des œuvres la plupart très récentes, bien qu'il y ait des galeries prestigieuses accueillant des créations plus traditionnelles. Les valeurs sûres du marché, d'artistes de prestige de longue date, côtoient des visions plus innovatrices de certaines des galeries internationales qui soutiennent des artistes émergeants avec des pièces hors du commun, comme le cas du cerf empaillé, couvert de sphères en verre pour donner une allure pixélisée ou bien des volumes flottants de l'artiste Attila Csörgo pour How to Construct an Orange dans une galerie de Ljubljana, amusant et léger.
Le jeu avec la lumière est l'éternelle expression dans l'art. A travers une panoplie de miroirs et verres, prismes et kaléidoscopes, l'infini se manifeste par des jeux de reflets comme avec Step by step de Guy Zagursky, L’artiste travaille avec la perception de l'infini. Peu à peu est plongé dans un tunnel illusoire. D'autres artistes utilisent des images kaléidoscopiques, prolongeant l'espace et la lumière avec néons et miroirs.
Ce jeu est aussi présent dans le cadre des Public Art Projects sur la Messeplatz avec Concave Mirror d’Anish Kapoor. Warm Regards de Michael Elmgreen et Ingar Dragset - un igloo métallique d'où l'on peut envoyer des cartes postales avec l'image de l'installation - transforme les reflets des spectateurs et la perception de ce qui les entoure mais se veut au même titre une critique des monuments touristiques dans le monde.

Au premier abord nous sommes frappés par la diversité des œuvres, où le grand format dans la peinture et la photographie sont largement présents. Les sculptures et objets utilisent des matériaux hétéroclites, des «junk sculptures» ne manquent pas et les animaux empaillés et ses squelettes sont d'autant plus prisés par les artistes comme Mark Dion avec son Tar Museum de 2006, un ours des cavernes imbibé dans du goudron.
Les projections vidéo et les installations fourmillent dans les stands des galeristes.
Toni Oursler est représenté par plusieurs d’entre elles. Ses installations vidéo sont composées de projections de visages sur des volumes divers et révèlent des expressions torturées, troublantes et dérisoires.
Un sentiment général vient à l’esprit. Une sorte de malaise se répand, quelque chose qui trouble ; comme si un spectre serait entré au plus profond des structures. Les codes actuels transmettent ce langage que l’on ressent comme un tourbillon. La société actuelle n’est pas paisible, l’obscur se répand dans la plupart des galeries. Peu de poétique, ou bien, elle se rapproche de l’étrange, l’esthétique est celle de la décomposition, du bizarre, nous sommes forcés de voir et souvent cela nous dérange. La critique de la politique mondiale est un thème récurrent, les artistes asiatiques dénoncent la guerre au moyen orient et les politiques de la terreur.

Art Unlimited - l'équivalent des Biennales.
Art 38 Basel consacre le Hall 1 du centre d’expositions spécifiquement à «Art Unlimited » pour y présenter des projets sans limitation d'espace proposant des nouveaux concepts en perception et en exposition : la création perd les limitations de la galerie. La participation du spectateur est souvent demandé pour que l'oeuvre évolue, on ralentit, la musique est minimaliste, des bruits inconnus et des présences inattendues nous surprennent, le spectacle se déroule dans une thématique plus rapprochée de la biennale que de la foire d’art.
La tonalité prédominante de la foire était le noir et blanc .comme pour Art Unlimited. L’esthétique se rapprochait de l'étrange et de la perte de repères ; des critiques acides de la société se présentaient sous différentes formes, des vidéos dénonçant la guerre en Irak par deux récits mélangés (Omer Fast) ou analysant les formes de la violence dans l'image (Sebastian Diaz Morales). Un langage formel proche de la destruction, la solitude et la violence se répète à plusieurs reprises. Ces créations portent la réflexion sur l’état du monde, sur nos préoccupations, sur l’esthétique où dans notre quotidien les images de guerre et de mort ont perdu leur signification.

L’installation Fragments, de l’artiste chinois Ai Wei –Wei fait une critique avec une structure qui réutilise des restes des temples détruits pour laisser la place aux développements urbains en Chine ne tenant aucun compte du passé. Quelque chose d'immensément beau dans cette structure de forme indéfinie manifeste l'ombre mélancolique d'une modernité qui ne sait plus où elle va.

Quand la couleur est montrée, elle sert à éclater les codes, déstructurer les conventionalités tels que Copyright de Superflex, un ensemble de chaises en couleurs brillantes sciées reproduisant une forme design, de même la monumentale peinture murale de Claire Woods ou des couleurs éclatantes forment une jungle de lumière, et la grande installation de Katherina Grosse avec ses énormes ballons colorés remplissant une pièce peinte en tons acidulés, sortant la peinture de son cadre traditionnel pour coloriser l’espace et non pas une surface

Une forte présence française.
Beaucoup d'artistes et de galeries de l'hexagone ont marqué et ont été remarqués cette année aux cotés notamment des britanniques et des allemands. La Galerie Almine Rech a présenté l’installation de Tatiana Trouvé déjà parue au Palais de Tokyo, où des objets, à première vue quotidiens deviennent étranges et méconnaissables comme dans un mauvais rêve où l'on ne reconnaît plus son entourage.
Pierre Huyghe, poétique et lumineux nous mène dans une Expédition scintillante, une des oeuvres les plus lyriques de l'exposition qui combine son et lumière pour apaiser les spectateurs couchés sur des poufs dans une salle noire.
Daniel Buren a investi les escalateurs du Hall 1 pour un effet de marquage caractéristique (La Montée de la couleur et la cascade de la couleur), ces lignes horizontales créent des séquences mobiles à l'entrée de l'exposition.

La vidéo Desniansky Raion de Cyprien Gaillard, représenté par la galerie Art and Public, (Genève) a été un succès indiscutable lors de ses projections. Les spectateurs sortaient éblouis, tant il est vrai que le final spectaculaire de cette vidéo montre la fin glorieuse et magnifique d’un édifice, l’annonce de la fin d’une ère ( Desniansky Raion est une banlieue de Kiev en voie de destruction).
Dans la section des Art Statements,-un espace consacré à des jeunes artistes, la projection The Screening d'Ariane Michel pour Jousse Entreprise est un regard intime de la nature et une façon de concevoir les rapports avec notre environnement. Une forêt et ses habitants sont témoins d'une excursion nocturne humaine, un écran au milieu des arbres projette les plans rapprochés d'animaux que l'on vient de voir au début du film. Le temps se mélange et la nuit paraît de plus en plus intemporelle. Les froissements utopiques entre homme et nature vues de forme critique mais surtout contemplative.

Avec cette 38eme édition d’Art Basel la bonne tenue du marché de l’art et les tendances de la nouvelle création se confirment. Cette étape du « Grand Tour 2007 » sera l’un des faits les plus marquants en Europe cet été.

Julia Villasenor


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