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La Fondation Blachère: un projet esthétique et humaniste

Créée à l’initiative de Jean-Paul Blachère, PDG de Blachère Illuminations SAS, cette fondation d’entreprise située à Apt, en région PACA, vise à développer les échanges culturels entre l’Europe et l’Afrique par le biais de la création et de la promotion artistiques. Elle favorise la communication et la créativité pour des artistes individuels ou des groupes d'artistes travaillant au renouvellement des formes et des contenus de l'art contemporain. Entretien avec Claude Agnel, Administrateur de la Fondation.

Pouvez-vous résumer votre rôle au sein de la fondation et votre parcours ?

Claude Agnel: Je suis Administrateur délégué, bénévole, à la Fondation Blachère, donc membre du Conseil d’administration et j’ai un rôle exécutif au sein de cette dernière. Durant 30 ans, j’ai été élu local, chargé des finances pendant 24 ans et chargé de la culture pendant 18 ans et ai pris ma retraite au bout de 5 mandats successifs. J’avais donc l’habitude de l’administration et du budget de la culture.

Enlumineur de ville, Jean-Paul Blachère semble être un enlumineur humaniste d’art contemporain africain. Qui est Jean-Paul Blachère et comment s’est amorcé le projet de cette fondation ?

C.A: Blachère Illuminations SAS greffe dans les rues, sur les monuments, des installations lumineuses éphémères pendant la période des fêtes de Noël. La Tour Eiffel fut une des plus belles réalisations de l’entreprise. Nous nous sommes toujours connus, nous sommes du même quartier et avons à peu prés le même âge. Quand il a su que j’étais disponible, il m’a immédiatement sollicité. Jean Paul Blachère est une figure atypique de chef d’entreprise. Après un accident, il a cette volonté toute particulière et personnelle de donner aux autres. Il y a donc cet altruisme d’une part et également cet amour de l’art contemporain qui a débuté avec des artistes provençaux pour se prolonger sur le continent Africain, découvert par le biais d’actions humanitaires. Véritable entrepreneur, généreux et dévoué, sensibilisé à l’art moderne et contemporain ; c’est la réunion de ces paramètres qui ont vu naître et qui font cet engagement.
L’engagement de cette fondation court sur une durée de 5 ans avec un investissement de départ, un placement d’ 1 million d’euros. Quand nous avons déposé le dossier à la préfecture du Vaucluse, fin 2003-début 2004, il n’y avait pas de fondation de ce type à l’époque dans la région et seulement 67 en France, c’était donc assez novateur et par conséquent un peu compliqué…



Avec chaque année un focus sur une expression artistique, quels sont les principaux axes de cette fondation, ses objectifs ?

C.A: Une fondation d’entreprise est accréditée par le Ministère de l’Intérieur, c’est un contrat avec l’état et l’entreprise et cette dernière bénéficie de déductions fiscales. Donc pour ce contrat de 5 ans nous avons voulu explorer tous les médias. Une année équivaut donc à un médium. La première session en 2004 fut dévolue à la sculpture placée sous la présidence d’honneur d’Ousmane Sow, 2005 à la photographie, 2006 à la peinture, 2007 aux installations et arts numériques et 2008 sera dédiée aux vidéos et performances.
La philosophie du projet est à la fois esthétique et humaniste. L’objectif essentiel est d’aider au développement de l’Afrique par la promotion des artistes africains. Si la priorité est accordée aux artistes africains vivant en Afrique, nous invitons également en résidence ou workshops (ateliers) des artistes de la diaspora. Nous partons du principe que pour aider au développement d’un pays, pour reprendre la pensée de Mao Tsé-Toung, nous préférons leur donner plutôt une canne à pèche qu’un poisson. Mais nous allons au-delà et comme l'énonce l'indien Amartya Sen, prix Nobel d'économie en 1998, il ne s'agit plus seulement d'aider à produire mais de s'assurer de la vente de la production sur le marché international dans des conditions équitables. Il s’agit donc non plus seulement de les aider à produire, mais surtout de les aider à vendre dans des conditions équitables sur les marchés du Nord. A partir de la portée de cette réflexion, nous agissons et faisons cette promotion par l’organisation d’expositions thématiques annuelles qui présentent des œuvres d’invités, de la collection de la fondation, et du produit des résidences et des workshops. Les résidences d’artistes, essentielles au sein de notre fondation, sont au nombre de trois par an et permettent à des artistes africains de travailler pendant plusieurs semaines au cœur de l’entreprise. L’organisation d’ateliers (workshops) permet quant à elle le rassemblement d’une dizaine d’artistes et favorise une confrontation interculturelle et intergénérationnelle. Des étudiants peuvent être associés à cette démarche. Le premier atelier a eu lieu à Accra au Ghana, le deuxième à Joucas en 2004, Bamako puis Joucas en 2005 et Ouagadougou et Joucas en 2006. En 2007 Bamako et Joucas.

N’y a-t-il pas de lacune au niveau des critiques d’art et des journalistes spécialisés sur le continent africain?

C.A: Selon la charte de la Biennale de Dakar de 2006, ce qui manque aux artistes africains c’est l’occasion de se montrer lors de grands évènements, d’avoir des journalistes et critiques d’art spécialisés afin de relayer la création et l’information. La lacune est certaine, mais nous faisons cependant un réel effort afin d’amener des journalistes lors de nos déplacements pour faire la promotion des évènements. Nous avons besoin de critique africaine, cela est indéniable, il s’agit donc de former les africains à la critique d’art afin qu’ils aient leur propre autonomie. Dans ce sens, nous éditons des cahiers critiques sur le web qui ont pour but de diffuser à un large public des publications, articles de promotion, recherches, informations et éditons également une revue qui traite de thèmes transversaux et présente d’une manière approfondie la politique de promotion et d’acquisition de la Fondation. Je tiens par là même à signaler que nous ne sommes absolument pas dans une logique de collection.

Le terme « synergie » semble important à vos yeux, comment voyez-vous l’échange, la confrontation des savoirs, l’émulation créative entre les artistes du continent africain et européen ? Pouvez-vous nous citer quelques exemples marquants, des faits significatifs de cette émulation entre artistes, de cette interpénétration de deux cultures ?

C.A: Effectivement le terme « synergie » est essentiel à mes yeux. Mes premières expériences de workshops, en urbanisme, ont débuté en Asie et j’avais observé à l’époque que le travail avec plusieurs cultures ainsi que des personnes d’âges et de niveaux de savoirs différents avaient toujours été un succès. L’exemple le plus récent était il y a un mois à Bamako. Etaient présents des artistes confirmés, d’autres moins, des artistes africains expatriés, d’autres restés sur le sol africain. La différence entre les expatriés européens qui maîtrisent parfaitement les nouvelles techniques de production et de post production et sont très habitués aux évènements et les artistes africains non expatriés est réelle.. Ces artistes ont travaillé ensemble et le terme synergie prenait dès lors tout son sens…Je ne suis cependant pas Directeur artistique, mon rôle consiste à assurer les meilleures conditions matérielles et psychologiques pour que les artistes travaillent. Certains artistes n’ont pas achevé leurs oeuvres, ce sont des rushs qu’ils peaufineront par la suite.



Lors des ateliers de Joucas, l’œuvre naît et se construit en public, en envahissant les rues et les places, en somme l’Agora. Comment se nouent le lien et l’échange avec la population locale ?

C.A: Il faut savoir que Joucas est un petit village assez fortuné. Le principe est d’installer des ateliers chez l’habitant, d’inviter les résidents à des apéritifs afin que les artistes se présentent et chaque soir un quartier invite les artistes à dîner. La convivialité et l’échange sont bel et bien au rendez-vous…

En vous efforçant d’assurer la vente de la production sur le marché international dans des conditions équitables, vous soutenez également des organismes culturels menant des actions de proximité installées sur le continent africain…

C.A: La fondation apporte également son soutien financier ou logistique à des initiatives privées en Afrique. Cette année nous avons apporté notre soutien aux scénographies urbaines à Kinshasa en République Démocratique du Congo, avec une participation de 5 000 euros. Nous avons apporté un soutien financier à la biennale de Duta au Cameroun, à Boulev’art au Bénin, à la biennale de la photographie à Bamako.
Il y a également notre participation au développement de la Fondation Olorun à Ouagadougou (Burkina-Faso). Cette structure composée d’artisans permet de mêler savoir faire ancestral et influences nouvelles. Les produits de cette fondation sont, entre autres, diffusés dans notre espace Boutik’ De la même manière, nous travaillons avec une coopérative d’alphabétisation de femmes passant par le travail du tissage à Bamako. Cela fait partie de notre développement du commerce équitable

Créée au minimum pour 5 ans, quel est l’avenir de cette fondation, l’année 2009 est-elle déjà annoncée ?

C.A: La seule incertitude qui règne est effectivement le renouvellement de cet engagement en 2009. Tout dépendra de l’évolution de l’entreprise puisque notre financement dépend de son chiffre d’affaire à hauteur de 0,5%. Il va évidemment falloir que l’entreprise se détermine et se positionne. Notre fondation à un train de vie, un budget de 400 à 500 000 euros ce qui équivaut pour l’entreprise à un coût de 200 à 300 000 euros en brut. Ce n’est pas rien. Notre bâtiment qui comprend des bureaux, une salle d’exposition de 400 mètres carrés, une boutique, une librairie, une galerie et un studio atelier est au centre de l’entreprise. Sachant que nous sommes au cœur de cette dernière, cela donne une image de marque, médiatisée, à Blachère SAS. Il y a également et cela est essentiel, une logique d’entreprise citoyenne qui tend à se développer car Blachère SAS se lance actuellement dans le développement durable avec pour exemple des éoliennes.

Est-il question d’élargir, de diversifier les actions de la Fondation ?

C.A: Pour ce qui est de s’élargir au sens propre du terme, je pense que nous resterons dans l’art contemporain. Restera-t-on exclusivement en Afrique ou y aura-t-il des composantes asiatiques puisque que l’entreprise est très ouverte aussi sur l’Asie ? En tout état de cause ce qui est certain c’est que la fondation ne changera pas d’état d’esprit.
Je souhaiterais signaler, enfin, que si nous aidons au développement de l’Afrique, nous ne sommes pas spécifiquement dans un ’art contemporain qui serait simplement « africain » puisque chaque artiste, d’où qu’il vienne, revendique d’être un artiste global et a pour vocation d’être un artiste du monde.


Sandrine DIAGO

A venir :
Masques et rituels contemporains
Du 12 juin au 30 septembre 2007, la Fondation Jean-Paul Blachère vous propose de partir à la découverte des masques anciens africains issus du Musée Royal de l’Afrique Centrale de Tervuren en Belgique et d’apprécier des créations originales réalisées par neuf artistes contemporains africains. Ils vous accueillerons tous les après-midi du mardi au dimanche de 14h à 18h30.

Parallèlement aura lieu la présentation des vidéos de Bamako

Horaires et accès
Tous les jours, de 14h00 à 18h30 sauf le lundi
Fondation d’entreprise Jean-Paul Blachère
384, avenue des argiles
84 400 Apt
Tél. : 04 32 52 06 15
site internet : cliquez-ici