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LA FORCE DE L’ART
Aux arts et cetera…

Sous la nef imposante du Grand Palais, un labyrinthe pavillonnaire avec ses quinze propriétaires (les commissaires indépendants) et ses deux cents locataires (les artistes français ou travaillant en France) serpente sous le verre. C'est "La force de l'art", une giga-exposition annoncée par Dominique de Villepin à l'automne dernier lors de l'ouverture de la FIAC, dont l'objectif principal est de « donner une nouvelle visibilité à la création française ».

Présenter la vitalité, la vigueur de l’art hexagonal est en soit une idée plus que louable et voir même nécessaire, vu l’état du marché de l’art français hors frontières. Les Etats-Unis ont bien, à l’identique, leur biennale du Whitney Museum à New -York et l’Angleterre sa Tate biennal à Londres.
Victime de la critiquemania et ce, bien avant son inauguration, cette sorte de foire sans marchands, a été qualifiée de vaste farce marketing, de fatras fardé aux couleurs patriotiques, d’exposition politique, de marchandising électoral. Loin d’être une farandole nationaliste (le constat de la faible représentation hexagonale sur la scène internationale justifie à lui seul la mise en place d’un tel projet), cette exposition est davantage critiquable pour son délai d’exécution. Expo « Villepin », expo vite faite ! En revanche, la nature pérenne de cette manifestation (une triennale) est à encourager malgré le rognage de budget accordé au FRAC cette année.
Cette première édition contient sans nul doute son lot d’erreurs, d’oublis, de redites et d’ambiguïtés. On s’explique mal la non présence ou la sous représentation de certains artistes français les plus exportés à l’étranger alors que l’objectif principal de cette manifestation était justement de redorer un blason. Où est Sophie ? Elle Calle en touche ! Pierre Huyghe n’est exposé que dans un pavillon. Kader Attia, Isabelle Champion-Métadier , dont une exposition s'ouvre cette semaine à New York, et tant d’autres encore manquent cruellement à l’appel. A l’inverse, Bertrand Lavier est sur-représenté (exposé dans cinq espaces).
Absence de concertation entre les quinze commissaires indépendants invités ?
L’idée de la carte blanche et d’un éclectisme subjectif sur l’art actuel était pourtant une idée intéressante et novatrice. Elle aurait pu donner lieu à davantage d’initiatives inédites, de prises de risque et de scénographies insolites.
Sort du lot, indéniablement, l’espace d’Eric Troncy ( Co-directeur du Centre d’art -Le Consortium- de Dijon et critique d’art) avec « SUPERDEFENSE » . La scénographie est cohérente, attractive, énergique et le propos mêle avec intelligence dérision, parodie et onirisme.
L’histoire débute par une provocation. François Pinault s’est prêté au jeu de Pierre & Gilles pour un travestissement kitch baptisé « Capitaine Nemo ». Puis c’est la confrontation de la « black box et du White cube ». Un pylône tordu par la tempête de Bertrand Lavier, des éoliennes de Didier Marcel, des arbres en cire dénudés d’Ugo Rondinone, une imposante danse macabre de Xavier Veilhan, exprime un décor givré, glacé, post-apocalyptique sous la lumière de néon de Mark Handforth. Un paysage blanc qui fait écho à la mise en scène sombre de la pièce adjacente où les personnages de Gloria Friedman (Proselyt, Le concessionnaire, 2005) subissent la nuit citadine de Pierre Huyghe (Les grands ensembles, 2001).
Richard Leydier (Critique d’art et rédacteur à Art Press) quant à lui, consacre son parcours au renouveau de la peinture figurative, tendance internationale forte qui commence à s’affirmer en France. Onze peintres aux pratiques très diverses se rencontrent et s’associent pour représenter une forme de peinture vivante et pleine de sens. Ronan Barrot, Paul Rebeyrolle, Gérard Garouste, Robert Combas et Marc Desgrandchamps parlent tour à tour du corps pris dans les affres du désir et de la mort, de la poésie, du religieux ou de l’exotique.

A côté des « pavillons permanents », la manifestation propose sur un mois, un espace pour la scène et le spectacle vivant (performance, danse, concert, lecture…) et une programmation consacrée à la « musique vivante » (écriture, improvisation, électroacoustique, poésie sonore, utilisation d’un instrument à contre-emploi…). Initiative intéressante, ludique et festive !

« La force de l’art » remplira-t-elle son contrat ? La scène française s’exportera-t-elle mieux dans les années à venir ? Cette première édition, malgré les incertitudes et les manques, permet une visibilité et une promotion certaines de la vitalité artistique française. A noter en parallèle, une rencontre complémentaire mais non moins intéressante : « Paris Calling » (une sorte de saison française à Londres de juillet à décembre 2006).
Rendez-vous en 2009, pour le deuxième volet, sans doute mieux pensé et plus construit et cetera…

Julie Estève



Horaires et Accès
Du 10 mai au 25 juin 2006, de 12h à 20h, tous les jours (jours fériés compris), sauf le mardi.
Nef du Grand Palais
Porte principale, avenue Winston Churchill
75008 Paris
Sur le net


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