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Discussion autour du FRAC Ile-de-France / Le Plateau
Dans le paysage des Fonds régionaux d’art contemporain, le Frac Ile-de-France se distingue, non seulement par sa collection, mais surtout par son espace d’exposition, Le Plateau, ouvert en 2002. Sa situation, au cœur de la région de France la plus riche en matière d’art contemporain, est également loin d’être innocente. Quels sont les avantages et les difficultés d’une telle position ? Bernard Goy, directeur du Frac Ile-de-France, a bien voulu revenir sur la naissance du Plateau, et éclaircir l’identité de sa structure. Il nous confie ses solutions et ses réflexions.

Trois ans après sa création, Le Plateau appartient désormais à la scène artistique contemporaine parisienne, pouvez-vous nous rappeler comment le Frac Ile-de-France s’est associé à cet espace d’exposition ?

C’est vrai que c’est une association originale car ce n’était pas arrivé avant. C’est venu très simplement : le Frac Ile-de-France existe depuis 1983, et comme beaucoup d’autres Frac, il n’avait pas de lieu d’exposition spécifique. On a donc travaillé exclusivement avec des partenaires, en région et au-delà. Dès 1992-1993, j’ai présenté une exposition itinérante au Québec sur une invitation de la Communauté Urbaine de Montréal.
Le travail sur la collection et les expositions en région s’est développé jusqu’en 1999, année de la publication du catalogue exhaustif de la collection coédité avec la RMN.
En parallèle, nous avons commencé à réfléchir sérieusement à la proposition de l’association « Vivre aux Buttes-Chaumont ’ qui avait créé une association spécifique dédiée à un projet d’espace d’exposition. Ce projet ne s’appelait pas encore Le Plateau, mais le « Centre d’art des Buttes-Chaumont ’. Eric Corne, alors président de l’association, et à qui le Frac venait d’acheter des œuvres, est venu me parler de ce projet. L’association, regroupant des riverains du quartier des Buttes-Chaumont, avait obtenu de Bouygues, promoteur du pâté de maison, qu’un espace soit mis à leur disposition. Mais comme l’association n’avait ni les compétences professionnelles ni les moyens financiers de faire vivre une structure, Eric Corne a proposé au nom de l’association de remettre cet espace au Frac, selon des modalités à définir, et à condition que le Frac apporte sa caution, son expertise et trouve des budgets pour réaliser les travaux et gérer le lieu. Le Frac a accepté. Le Plateau devait donc être géré par le Frac, mais sa programmation ne serait pas spécifiquement liée à la collection. La Région Ile-de-France s’est engagée en faveur de ce projet, puis la Ville de Paris et l’Etat ont suivi.

Comment s’est ensuite organisée la programmation du Plateau ?

Après négociation, l’association Centre d’art des Buttes Chaumont a confirmé au promoteur que le Frac Ile-de-France était prêt à signer un bail emphytéotique de 30 ans pour le lieu. A sa demande, Eric Corne a été recruté par le Frac pour finaliser la préfiguration du lieu et initier sa programmation dans un temps défini.
Le poste ainsi créé prévoyait une partie « préfiguration » concernant l’augmentation de l’équipe, les financements supplémentaires de la Région (à hauteur de 60% du budget total), de la Ville et de l’Etat, et une partie « programmation ». Il était question de construire ensemble et de façon expérimentale une programmation qui tienne compte de la spécificité de l’histoire et de l’implantation du lieu. Il ne s’agissait pas d’établir un programme en fonction d’un public, mais des objectifs de proximité, de rayonnement régional et de visibilité des actions et des artistes à Paris, donc sur une scène d’emblée internationale. Ce qui actuellement différencie le Frac Ile-de-France des autres Frac, c’est sa double direction artistique consacrée d’une part, à sa collection, et d’autre part à la programmation de son espace d’exposition.


Le Plateau a ouvert en 2002, après 3 ans de codirection, quels sont les avantages et les difficultés d’un tel fonctionnement ?

L’avantage est de pouvoir proposer une ouverture sur l’art contemporain qui ne soit pas limitée par les orientations d’une collection. Le Frac Ile-de-France offre ainsi un « plateau » d’artistes plus large à ses visiteurs.
L’inconvénient majeur est la visibilité car il est plus difficile d’identifier une codirection surtout quand elle n’est pas issue d’un projet commun au départ .

Ce fonctionnement était alors « expérimental », est-ce toujours le cas ?

En effet, le principe était celui d’une expérimentation. Eric Corne avait choisi de ne pas rester au Plateau pour ensuite reprendre son activité artistique.
Lors de son départ, le Conseil d’Administration a adopté la décision de rendre pérenne ce poste de codirection artistique du Plateau. Cela signifie que le bilan était suffisamment positif. Ce lieu a su répondre à un besoin.
C’était une situation expérimentale qui désormais fonctionne. C’est évidemment intéressant, c’est évidemment plus compliqué.

De la cohabitation du Frac Ile-de-France et du Plateau est né un problème d’identité de la structure et de confusion dans l’esprit des gens, on a d’ailleurs l’impression que Le Plateau est plus médiatisé que le Frac ?

C’est un problème de communication que l’on a eut dès le départ. Le véritable problème est qu’on ne devrait pas parler du Plateau et du Frac Ile-de-France, mais du Plateau et de la collection dans le Frac. Car il n’y a pas une équipe du Plateau et une équipe du Frac. Un seul travail est fait. Le Frac c’est Le Plateau, seulement la collection n’est pas la seule orientation artistique du Plateau.

Quelle est votre stratégie de communication pour remédier à ce problème ?

Le Frac est toujours présent dans tous les outils de communication du Plateau. Mais il est aussi vrai que ce qui est nouveau est toujours un peu difficile à comprendre.
Il reste que le Frac remplit ses missions que sont les acquisitions, la diffusion de l’art contemporain et la sensibilisation des publics à la création actuelle.

À ce propos, combien d’actions le Frac Ile-de-France réalise-t-il par an avec ses partenaires ?

En 2004, environ 350 œuvres sur 800 sont sorties. Dans ces actions, il faut distinguer les expositions au Plateau, celles de la collection « hors-les-murs », les actions du service des publics, dirigées vers des partenaires précis. Il peut s’agir de lycées ou d’hôpitaux au sein desquels un travail de médiation est réalisé sur la durée. En tout, cela représente une vingtaine d’expositions auxquelles s’ajoutent les soirées « séquences » au Plateau, les prêts d’œuvres et les dépôts à long terme.


Avez-vous mis en place des partenariats qui se suivent d’une année sur l’autre et avec quels partenaires ? Quelles autres types d’action avez-vous développées ?

Depuis trois ans, un partenariat est renouvelé avec le Lycée Galilée de Cergy. Un travail de fond est réalisé avec les élèves et les enseignants. Il a donné lieu à l’ouverture d’une petite galerie d’exposition à l’intérieur du Lycée. (EROA : espace de relation avec l’œuvre d’art.)
Nous faisons le même genre de travail avec l’école d’architecture de Paris-Belleville, l’IUFM de Paris, et, cette année, avec cinq bibliothèques de l’est parisien où Caroline Bourgeois a créé un parcours de vidéos en mai.
Nous proposons aussi d’autres types d’actions. Ainsi en 2003, le Frac a commencé une installation d’œuvres à l’Institut Gustave Roussy de Villejuif à la suite de laquelle l’artiste Emmanuel Saulnier a fait une résidence sur place.
Récemment, sur la proposition conjointe du CPIF et du FRAC, le photographe Arnaud Claass présente une œuvre coproduite par les deux partenaires, « Mémoire vive », au Centre Photographique d’Ile-de-France. A cette occasion, il a accepté de faire un choix d’œuvres du Frac exposées simultanément. Stéphane Calais, quant à lui, a investi le lieu historique de l’Abbaye de Maubuisson à Saint-Ouen L’Aumône sur une proposition également conjointe de l’Abbaye et du Frac.
Ces actions s’inscrivent dans un projet régional visant à relier, avec Le Plateau, des publics potentiellement éloignés de l’offre artistique parisienne pour des raisons géographiques et sociales.
Dans une logique analogue, en association avec le Frac Poitou-Charentes et avec le soutien de l’AFAA, l’exposition itinérante « Projet Cône Sud » a commencé à Lima (Pérou) pour ensuite aller à Santiago (Chili), puis à Buenos Aires (Argentine) pour finir son trajet à Montevideo (Uruguay). C’est passionnant de constater l’attente et l’intérêt pour la présence réelle d’œuvres contemporaines sur ces scènes dites « excentrées ». L’érudition et l’enthousiasme des partenaires sur place est inversement proportionnelle à l’offre minime qu’ils rencontrent en matière d’échanges internationaux.

Quelle évolution envisagez-vous pour le Frac ? Quels projets souhaiteriez-vous concrétiser ?

Dans un premier temps, le Frac a vraiment besoin d’une réserve adaptée. C’est un projet à long terme et une étude est en cours. Cette réserve permettrait d’optimiser la conservation à long terme. Mais ce lieu pourrait également être un espace d’accueil et de formation pour nos partenaires, pour les scolaires et les professionnels.
Chaque année, c’est plus d’un tiers de la collection qui voyage pour être présenté en région Tout le monde bien sûr gagnerait à optimiser la qualité professionnelle des partenariats. C’est vrai pour la sécurité des œuvres comme pour la densité de la rencontre entre l’œuvre et le public.

Des projets personnels ?
Des idées dont une deviendra peut-être un projet…à suivre.

Marie-Aimée LEROUX


Frac Ile-de-France
33 rue des Alouettes
75019 Paris
Pour plus d’informations
Métro : Jourdain ou Buttes-Chaumont. Bus 26.
Tél : 01 53 19 84 10

En ce moment au Plateau :
Angle de la rue des Alouettes et de la rue Carducci
75019 Paris
Loris Gréaud
du mercredi au vendredi 14h-19h
samedi et dimanche 11h-19h

Expositions du Frac Ile-de-France en région :
Mémoire vive sur une proposition d’Arnaud Claass
Jusqu’au 29 mai 2005
Centre photographique d’Ile-de-France
107 av. de la République - 77340 Pontault-Combault
ouvert du mercredi au vendredi de 10h à 18h, samedi et dimanche de 14h à 18h

Fragments Jean-Michel Alberola, Christian Lhopital et Jan Voss
Jusqu’au 27 mai 2005
EROA, Lycée Galilée
11 av du Jour - 95800 Cergy Saint-Christophe
visite sur rendez-vous du lundi au vendredi de 11h30 à 13h30 / 01 34 41 74 20

Stéphane Calais Gardens are for people (and art for us ?)
Jusqu’au 5 septembre 2005
Abbaye de Maubuisson
Rue Richard de Tour - 95310 Saint-Ouen L’Aumône
ouvert tous les jours sauf le mardi de 10h à 18h, dimanche et jours fériés de 14h à 18h

L’inquiétante étrangeté des objets. Mac Adams, Stéphane Belzére et Fabrice Hybert (sélection non définitive)
18 mai au 17 juin 2005
Musée Gatien-Bonnet, salle de la Gourdine, 8 Cour Pierre Herbin - 77405 Lagny s/Marne
ouvert mercredi, samedi, dimanche de 14h à 18h

Expositions du Frac Ile-de-France à l’étranger :
Projets Cône Sud : 4 expositions en Amérique latine
Jusqu’en mai 2005
Musée d’art moderne de Buenos Aires (Argentine)

Parcours organisé par le Plateau / Frac Ile-de-France :
Du 17 au 22 mai 2005 :
Point of view / Point de vue
Parcours vidéos dans 5 bibliothèques municipales de l’est parisien