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Le Fresnoy, Studio National d’Art Contemporain :
Portrait d’un pôle d’exception
La naissance du Fresnoy en 1997 fut le fruit de la rencontre de plusieurs volontés. Volonté politique d’abord du Ministère de la Culture de l’époque, qui ambitionnait d’ouvrir quelque part en France une école d’art de haut niveau et d’un genre nouveau, axé sur les nouvelles formes d’expression artistique que permettent le multimédia et le numérique. Volonté ensuite d’Alain Fleischer, cinéaste, documentariste, écrivain tout autant que pédagogue, qui fut alors mandaté pour bâtir ce projet, et découvrit à Tourcoing cet ancien lieu de distraction bien connu dans la région et désaffecté, qui lui parut idéal pour réaliser ce projet d’envergure. Volonté architecturale, enfin, de conserver cette extraordinaire bâtisse de 11000 m2, tout en lui donnant un nouvel élan contemporain : un « entre-deux » que Bernard Tchoumi sût exploiter en couvrant d’une gangue protectrice de verre et d’acier la construction datant de 1905. Un « geste architectural » que nombre d’étudiants en architecture vient encore observer.

Relativement récent, Le Fresnoy jouit pourtant d’une renommée internationale, comme en attestent les demandes d’admission provenant de tous les continents, et les hommages réguliers faits à ses productions dans des festivals du monde entier. D’où tient-il ce succès ? De la cohérence et de la qualité du projet pédagogique, de ses enseignants, de ses intervenants, mais aussi sans doute de la personnalité charismatique d’Alain Fleischer, fondateur, directeur et très certainement « âme » du lieu.
Car Le Fresnoy offre un éventail de possibilités, toutes liées par une logique d’approche du monde audiovisuel comme enseignement, production et diffusion.
C’est d’abord un projet global d’enseignement post-diplôme, qui, bien que spécifiquement tourné vers le multimédia, est fondé sur une volonté de « pluri-trans-disciplinarité ». Ici, un photographe se frottera aux créations sonores et vidéos, un vidéaste, aux installations interactives, dans le cadre de workshops productifs. Pas de corps enseignant permanent, mais des artistes-professeurs-invités de renom ( Raoul Ruiz, Gary Hill, André S. Labarthe, George Aperghis...) des intervenants extérieurs dont la qualité n’est plus à démontrer (Jacques Derrida, Georges Didi-Huberman...) des collaborations originales, telle celle initiée avec Jean-Luc Godard pour le projet « Collages de France », en lien avec le Centre Pompidou. Un véritable engagement pour les étudiants, acteurs de leurs projets, mais aussi pour les artistes qui y investissent leur compétence et leur créativité.
C’est aussi un lieu de production dans lequel moyens et équipes techniques professionnels permettent aux étudiants, et parfois à des artistes extérieurs (Atom Egoyan, Pierre huygue...), de développer leurs potentialités créatrices sans entraves matérielles. Un lieu, comme aime à le dire Alain Fleischer « où on n’a plus d’excuses » pour ne pas se réaliser, ce qui suppose aussi oser s’exposer à la critique, prendre le risque de la sélection...En tant que tel, Le Fresnoy apparaît comme un véritable pôle de formation mais aussi d’expérimentation et de recherche.
Le Fresnoy se donne enfin vocation de diffusion, au travers de projections et de conférences dans les deux salles de la « cinéthèque ». Deux expositions par an offrent aux étudiants et au public l’occasion de découvrir des créations, parfois produites spécialement par et pour Le Fresnoy. La dernière exposition de l’année, « Panorama », est devenu au fil des ans le rendez-vous incontournable dans lequel les étudiants présentent l’aboutissement de leur projet. Une exposition souvent reconnue par les professionnels comme étant de grande qualité, expression concrète d’un projet global articulant formation, production et diffusion.
Quoique proche de pôles de formation comme l’IRCAM ou le ZKM de Karlsruhe, la spécificité de ce projet tout autant que la qualité de ses moyens techniques font néanmoins du Fresnoy une institution unique en Europe.

Reste à savoir ce que les étudiants du Fresnoy retirent de leur passage dans cette institution : une formation solide, des contacts et des rencontres indispensables pour qui veut trouver sa place dans le marché de l’art contemporain, une reconnaissance de ses talents argumentée par la réalisation concrète de projets rendue possible durant les deux années du cursus. Entrés dans le circuit du cinéma ou de la production, techniciens, enseignants ou artistes, on retrouve certains d’entre eux en sélection dans des festivals tels ceux de Rotterdam, de Cannes ou de Locarneau (Jérôme Thomas, Vimukthi Jayasundera, et Eugène Green en tant qu’ artiste professeur invité à Cannes en 2003, Oleg Tcherny à Locarno en 2004, Takako Yabuki ou Gregg Smith à Rotterdam en 2005, pour n’en citer que quelques uns), en galerie, dans des expositions collectives, dans les biennales d’art contemporain. A Venise en 2001, Anri Sala, vidéaste désormais reconnu, recevait le prix de la Jeune Création. Il expose dans le monde entier depuis 1999 et est entré dans les collections permanentes du Guggenheim de New-York. Bien sûr, la reconnaissance du talent d’un artiste conserve toujours une part d’indéterminé, et « avoir fait Le Fresnoy » ne saurait être un passeport pour la gloire ! Mais pour tous, l’école reste un point d’ancrage et d’appui, un soutien, un partenaire privilégié dans leur carrière et leur production.

En 2005, outre le toujours très attendu « Panorama » en juin, cette année sous l’autorité de Joëlle Pijaudier, on pourra retrouver Le Fresnoy en commissaire d’un forum international des écoles d’art en Automne au Centre Pompidou sur la question de la transversalité enseigner – produire. Parallèlement ou presque, seront exposées à Tourcoing des productions du Fresnoy mis en regard de celles d’autres écoles d’art.

Il s’en faut pourtant que Le Fresnoy résolve ce paradoxe d’être parfois davantage plébiscité hors les murs que dans la population des environs. Le Fresnoy, pour les gens du Nord, était un lieu de divertissement populaire, et il semble bien difficile de s’approprier une structure proposant une programmation aussi pointue et exigeante. Le Fresnoy récuse l’image de « lieu élitiste » qui lui est encore souvent accolée. Force est de constater le besoin de créer des proximités, de s’ouvrir au grand public, besoin nécessaire dans une logique de diffusion. Manifestant ce souci de médiation, Le Fresnoy propose désormais visites guidées, ateliers, journées portes-ouvertes, invitant le public à se sensibiliser à l’image et aux formes de création qu’elle génère. Un enjeu de taille : réussir à s’insérer dans le tissu culturel de la région sans pour autant diminuer les exigences artistiques du lieu. Il s’agira simplement, selon les mots de Valérie Garniche, administratrice du Fresnoy, de « mettre le meilleur à la portée de tous ».

Marie Deparis


Le Fresnoy, Studio National des Arts Contemporains
22 rue du Fresnoy
BP 179
59202 Tourcoing Cedex
03 20 28 38 00
Sur Le Net

« Panorama 6 » - du 10 juin au 17 juillet 2005 – Le Fresnoy
« Enseigner – Produire – Le salon des prototypes » - Automne 2005 – Centre Georges Pompidou – Paris
« Collages de France » - Octobre 2005 – Centre Georges Pompidou – Paris
« Enseigner – Produire » , exposition – du 05 novembre 2005 au 08 janvier 2006 – Le Fresnoy