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G-module
un souffle de création américaine au cœur du Marais
D’extérieur, rien à signaler. G-module se veut discrète, se cache presque à ce croisement entre la rue Debelleyme et celle du Poitou. Mais ses larges vitrines attirent irrésistiblement badauds et connaisseurs. Pourtant il en a fallu du temps à cette jeune galerie pour attirer l’attention.…
Crée par un dynamique et ambitieux galeriste new-Yorkais originaire de Long Island, G-module fait office d’un ovni, d’un " virus " dans le paysage artistique parisien. Ici peu de vidéos ou d’installations conceptuelles, l’espace se veut un lieu d’expérimentation, de découverte de ce qui se fait de plus innovant et talentueux dans la peinture contemporaine américaine. Les Warhol ou les Malevitch de demain.
Entre passion et galères, blocages administratifs et indifférences de ses pairs, Jeff Gleich est là pour déranger. Sa mission : ouvrir nos esprits au foisonnement artistique outre atlantique. Récit des échecs et des réussites de G-module.

Depuis quand êtes-vous installé à Paris ?
Ça fait 4 ans que j’ai ouvert cet espace. C’était anciennement un bureau fermé chargé d’accueillir et d’aider d’ex-prisonniers à se réinsérer. Je trouve l’endroit très Feng-Shui même si il est un peu petit.

Quelle est la signification de votre exposition " Happy birthday to me " ?
C’est justement la célébration de l’anniversaire de la galerie, mais aussi une sorte de bilan politique, social et culturel des 4 dernières années aux USA. J’y ai réuni les 11 artistes américains, souvent new-yorkais, qui ont collaboré avec moi depuis 4 ans et dont la conscience a été bouleversée par ces évènements. Je présente deux œuvres pour chacun d’entre eux : l’une datant de l’année 2000, l’autre de 2004 montrant ainsi l’évolution artistique réalisée par l’artiste dans ce laps de temps.

Quel est votre parcours aux USA avant votre installation à Paris ?
J’ai commencé à travailler aux Hamptons (ville balnéaire très prisée des new-yorkais pendant l’été) en 1992 pour des galeries décoratives, puis à Manhattan. J’ai effectué des projets en free lance pour la galerie Jim Kempner située à Chelsea. Je me suis toujours intéressé aux marchés secondaires c’est pourquoi, je me suis installé dans un appartement à Soho où j’ai commencé à organiser des expositions collectives d’artistes qui m’attiraient vraiment. C’était devenu une sorte de salon artistique.

Pourquoi avez-vous décidé de vous installer à paris ?
Depuis quelques années il y a une niche d’artistes américains haut de gamme qui travaille à Manhattan et dans sa banlieue (notamment Brooklyn). Les choses esthétiques sont là mais elles ne sont pas exploitées. Mon ambition est de les faire découvrir au grand public.
Je trouve qu’il y a une renaissance de la peinture contemporaine aux USA qu’il faut faire découvrir aux européens.


Avez-vous une mission à Paris ?
Oui. Ramener un morceau des USA pour réveiller les gens ici. Mon espace est une " grande critique " de ce qui ce fait actuellement en Europe et notamment en France. Il y a trop de résistance à la nouveauté. Beaucoup trop de gens passent devant ma vitrine sans s’y arrêter.

Quelle est la différence avec la création contemporaine française ?
À Paris, tout est très académique. La peinture française contemporaine aujourd’hui n’existe pas. Quand les galeries exposent de l’art contemporain, ç’est tout de suite très conceptuel. Tout est très élitiste ici. Les artistes français eux même ont besoin de sortir de leur bulle et de s’ouvrir à autre chose que le fashion et la décoration. On sent le poids de l’histoire et du passé alors qu’aux USA l’histoire de l’art est plus récent. Les collectionneurs qui achètent chez moi, investissent sur l’art de demain. Ce sont des choses du futur que je montre.

Comment choisissez vous les artistes que vous exposez à paris ?
Ils sont tous américains, pour la plupart assez connus et cotés aux Etats-Unis. Mais c’est mon goût avant tout qui détermine l’art que je représente ici. Je suis aussi un collectionneur.
J’achète des œuvres des artistes auxquels je crois. A mes yeux, ils ont tous une place importante dans l’histoire de l’art contemporain et marquent une véritable évolution.
Si j’étais artiste je créerai probablement ce que j’expose.

Il y a très peu de vidéo. Pourquoi ?
J’aime la vidéo mais c’est un média très peu vendeur surtout en France. Il n’y a pas de marché ici surtout pour les jeunes galeristes. J’adore la peinture. Esthétiquement, on peut vraiment la rendre accessible au public même si elle est contemporaine. Je choisi donc d’exposer des œuvres non classiques réalisées sur des supports classiques, comme la peinture ou le dessin.

Tous les artistes que vous représentez ont-ils un point commun ?
Oui ils expriment tous visuellement une sorte de science-fiction contemporaine. Je suis fasciné par les mondes parallèles, le spirituel, la magie, la physique ou encore l’astronomie. Gordon Terry et Michael Rodriguez sont d’excellents peintres qui travaillent sur la magie noire et l’hédonisme. Ils transforment les matériaux (Ils utilisent le plexi, la peinture acrylique, le polymère) et le support toile disparaît complètement. La peinture devient un support d’elle-même.

Qui achète les œuvres que vous exposez ici ?
Au fil des années, j’ai réussi à établir une clientèle française et à susciter l’intérêt des musées français et anglais grâce à ma présence à la FIAC. J’ai aussi fait NADA-Miami, la foire de Rotterdam et Artissima qui me font connaître des collectionneurs européens et américains. J’ai vendu cette année des œuvres de Michael Rodriguez et de Marsha Cottrell à une fondation qui va organiser une immense rétrospective de dessins d’artistes américains au MOMA (Museum of modern art of New York) en 2006. C’est une vraie chance d’avoir été là au bon moment.

Avez-vous souffert des relations tendues entre la France et les USA ?
Bien sûr. J’ai souffert de la politique anti-américaine. C’était très difficile en 2001-2002. Je n’ai eu aucune presse. Les journalistes ne regardaient même pas ce que je faisais.


Quelle différence percevez vous entre le travail de galeriste en France et à New York ?
C’est énorme ! Ici le métier est très fermé. Ca se passe seulement entre certaines galeries. Peu de galeriste installés vienne me rendre visite sauf Yvon Lambert. A New York, il y a plus de dialogue, d’amitié et de sens des affaires. Les galeristes n’ont pas peur de partager leurs infos ou leurs contacts. Et puis on rencontre beaucoup de difficultés avec l’administration ici.

Si c’était à refaire ?....
Je ne le referais pas. Tout est trop lent. C’est un trop grand challenge. Je suis un virus ici mais il n’est pas assez fort pour attaquer l’Institution.

Comment voyez vous l’évolution de ta galerie ?
J’aimerais un plus grand espace avec moins de vitrines. Quelque chose de plus privé. Je veux être un représentant de l’art contemporain américain à Paris. Je veux aussi ouvrir une galerie à New York représentant de jeunes artistes européens.

Quelle est la prochaine exposition ?
Je vais exposer pour la première fois en Europe Maureen McQuillan, une artiste qui vit et travaille à new York depuis des années. Lignes ondulés, gouttes et points exécutés au dessin, font apparaîtrent des tableaux cartographiques et des univers mystérieux presque lunaires. C’est une artiste qui s’inscrit par ses effets d’optiques et son univers, dans la lignée des travaux de Vasarely ou de William Wood.

Propos recueillis par Joan Zaktreger

Credits photos
- Gordon Terry
" Untitled " (sybaritic Luxury)- 2000
Acrylique sur barres de tension acryliques
- Raven Schlossberg
" Night Fever " - 2004
Collage papier et encre sur vinyle


Galerie G-module
15 rue Debelleyme
75003 Paris
sur le net


Prochaine exposition :
Maureen McQuillan
12 mars au 23 Avril 2005