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Entretien avec Giger
Pourquoi êtes-vous exposé à la Halle Saint Pierre, lieu habituellement réservé à l’art populaire contemporain, à l’art brut, l’art naïf ? Voyez-vous un lien entre ces différentes formes et votre art ?

J’ai également été exposé au Musée d’art brut de Lausanne, musée très important. Je pense que j’ai développé un univers très spécifique avec ses propres lois, très personnel, où il y a des parentés avec la culture de notre temps, notamment dans le domaine de la science-fiction. Mais mon univers est très particulier, je ne pense pas avoir de disciples, j’inspire sûrement beaucoup d’artistes, mais je reste le maître des codifications d’un monde que j’ai rêvé.

Par rapport à vos contemporains, comment vous situez-vous ?

Je pense être très ouvert, c’est à dire pratiquer beaucoup de disciplines (en tant qu’architecte d’intérieur, peintre, sculpteur, etc…) Peut-être le suis-je un peu trop, on ne reconnaît pas encore la valeur artistique de tout ce que j’ai entrepris. J’aimerais être exposé dans un grand musée, à New York, et en France, au Centre Pompidou. J’ai d’ailleurs moi-même ouvert mon propre musée en Suisse, à Gruyères, afin que nous puissions visiter mon univers en trois dimensions. Je crée par exemple des meubles, mais ils sont tellement particuliers qu’ils n’entrent pas dans le domaine industriel. En fait, j’ai créé tout ce que je désirais voir et qui n’existait pas…

Vous reconnaissez-vous quelque filiation avec d’autres courants artistiques ?

Je suis avant tout surréaliste. Dali m’a beaucoup impressionné, j’avais quatorze ans lorsque j’ai vu pour la première fois une œuvre de Dali. L’homme machine, cette rêverie, cette possibilité d’évasion qu’offre le surréalisme m’a beaucoup marqué. J’ai inventé ainsi ce que j’appelle des " biomécanoïdes " Il s’agit d’une écriture automatique, d’un acte transgressif, d’images sans tabous, où la sexualité, la violence, la mort sont des thèmes de prédilection. Il m’arrive également de répondre à des commandes, comme Alien. Mais j’ai très vite cessé. Les autres films ne me convenaient pas. En outre, je ne voulais pas rester aux Etats-Unis, j’avais besoin de rentrer chez moi, de retrouver mes repères.

A présent, quels sont vos projets ?

J’ai arrêté de peindre. Je ne me consacre plus qu’à la sculpture et au dessin. Après la Halle Saint Pierre, nous préparons une prochaine exposition qui aura lieu à Prague. Et puis il y a mon musée, en Suisse. Beaucoup de gens m’écrivent, de tous les âges, pour me dire leur plaisir. Evidemment, j’en suis ravi.

Clotilde Escalle


Musée de la Halle Saint Pierre - Paris 18ème
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visuel : photo de Giger