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Solide immatérialité…
L’expérience McCall à l’IAC de Villeurbanne.

Les films d’Antony McCall se traversent…avec le corps. Quant on est à l’intérieur, on pénètre, la matérialité de la lumière, on regarde, le mouvement se sculpter, on attrape dans sa main, l’impalpable.
Dans les « Solid Film » d’Antony McCall, on entre, dans la lumière des projecteurs. Ils diffusent l’histoire simple de lignes et de sinusoïdes en mouvement, qui se croisent et se décroisent dans un brouillard dense. La fumée rend tactile l’intangible et la lumière devient épaisse, presque solide.
La sculpture est dans le film et le film, dans la sculpture. Cette oscillation entre le temps cinématique et l’espace sculptural est au centre des expérimentations de l’artiste et de son « cinéma géométrique » depuis les années 70 et ses premiers films de lumière solide (Line Describing a Cone-1973-).
Après avoir déserté la scène artistique pendant presque trente ans au profit de sa carrière de graphiste, McCall réinvestit les salles obscures des musées et des galeries, avec ses nouvelles productions.



Expérience McCall : le projecteur est un œil ouvert…

Le film se joue en plusieurs dimensions. Dans l’espace de projection, des lignes et des vagues racontent une histoire préenregistrée, une animation « pré-historique » numérisée, en deux dimensions, tandis que la lumière, enfumée, épaisse, la sculpte en trois dimensions.
Cinéma inversé, les spectateurs font face au projecteur. Ils sont absorbés dans l’espace scénique, incorporés dans l’action et deviennent de facto, objets et acteurs furtifs de l’expérience. La machine devient une bouche qui avale les corps, dans une béance, une sorte de tunnel éclairé, de canal nébuleux prêt à recevoir ou à donner quelque chose. En dirigeant ses acteurs sur la projection de lumière même, McCall donne à la narration de ses films, carte blanche et interroge leur interdépendance relationnelle avec le public.

La séduction s’opère. Les corps plongent et glissent dans une expérience inédite du temps, de l’espace et du mouvement. Le spectateur devient acteur. L’acteur devient metteur en scène…de sa propre expérience. Son arrivée dans la matière filmique le confronte à un étrange dialogue intérieur entre Narcisse et Méduse.

Dos au projecteur, son image, son ombre, son empreinte s’inscrivent directement dans l’espace-écran. C’est Narcisse qui se révèle à l’intérieur du film. Mais quand il est face à lui, c’est Méduse qui se dévoile. Le mythe est construit sur un thème, celui du regard, de la réciprocité du voir et de l’être vu. McCall offre aux visiteurs, l’expérience folle du regard interdit. L’œil qui regarde l’œil, d’un soleil artificiel, l’œil qui regarde la lumière et qui perce le processus matriciel, la « macula » du cinéma, sans être pétrifié.
C’est à ce moment que la ligne narrative rejoint la ligne émotive. La question de l’origine et de l’identité d’un film sont ici posées. L’absence de toute forme de couleur et le refus de la picturalité au profit du mouvement sont les partis pris de l’artiste. Sa recherche minimaliste et son approche du temps et de la durée justifient sa quête personnelle d’atteindre l’essence, la moelle cinématographique.

Pour la première fois, McCall fait l’expérience temporelle d’une exposition personnelle. A la frontière du monde de l’art et de la création cinématographique, l’IAC de Villeurbanne présente trois de ses sculptures filmiques (Doubling Back 2003, Turning Under, 2004, et You and I, Horizontal, 2005) et un film sculptural monumental (Between You and I, 2006), dans un espace extérieur aux dimensions appropriées (au Transbordeur).
Le renversement des repères cinématiques (le film n’est plus cet objet projeté mais la projection même), le lien indéfectible entre le film et la lumière, sa dimension tactile, solide et matérielle font des oeuvres de McCall, une expérience filmique à traverser et à vivre.


A voir aussi jusqu’au 7 janvier 2007, dans l’espace principal de l’Institut d’Art Contemporain, une importante rétrospective d’Allen Ruppersberg, artiste américain atypique, qui a participé aux principales manifestations de l’art conceptuel depuis les années 60, puis qui a mené un parcours singulier régulièrement montré dans les grandes expositions internationales.
One of Many – Origins and Variants, réalisée en coproduction avec la Kunsthalle Düsseldorf, rassemble 50 pièces datées de 1968 à 2005 : œuvres existantes et oeuvres spécifiquement réalisées ou repensées pour l’exposition, selon la dimension évolutive qui caractérise la démarche d’Allen Ruppersberg.



Julie Estève.
pour www.art-contemporain.com



Informations pratiques :
Anthony McCall, Between you and I et autres films de lumière solide
Allen Ruppersberg, One of Many – Origins and Variants
Du 16 novembre 2006 au 7 janvier 2007 à l’IAC de Villeurbanne.
11 rue Docteur Dolard – 69100 Villeurbanne
04 78 03 47 00
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