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Le retour de Jean Sobieski
C’est lors d’un projet d’exposition sur le thème du violet en collaboration avec Ultra Violet (ancienne égérie d’Andy Warhol) et d’artistes travaillant sur cette couleur, qu’une rencontre eut lieu avec Jean Sobieski.
Personnage atypique, il nous livre son parcours, ses rencontres, ses voyages, ponctués de digressions, de tranches de vie qui demeurent cristallisés dans ses peintures.

Né en 1937, il baigne enfant, dans un milieu de mathématiciens et de musiciens; passionné d’art, il poursuivra ainsi ses études à Paris, où aura lieu le choc culturel et des rencontres fortes.
C’est vers l’âge de 13 ans, au Musée d’art Moderne de Paris, qu’il y verra une œuvre de Marx Ernst « Un tissu de mensonges ». La continuité, le jeu des lignes qui structurent l’œuvre de Ernst, se répercuteront dans les peintures de Sobieski.
Elève à la fois studieux et mondain, il s’inscrira à l’Ecole des Beaux Arts de Paris, dans la section architecture à l’Atelier Beaudoin. En parallèle, il deviendra comédien pour subvenir à ses besoins. Sa forte personnalité ensorcellera plusieurs actrices, chanteuses, connues ou non, qui le médiatiseront dans les années 70.
Homme souhaitant être discret, il fuira Paris, pour vivre à Rome…de ce voyage en découlera le mouvement « réalisme mutant ».

De ses peintures en émaneront une volonté de saisir la réalité de nos jours, en créant un aspect liquéfié en même temps glacial. Le côté minéral, le jeu des lignes englobés par une surface lisse, symbolisent inéluctablement le travail de Jean Sobieski.

Mais penchons nous sur ses divers mouvements qui restent toujours fidels à un tourbillon de formes.
Il exposera dans les années 70-80 à la Galerie Iris Clerc, à Paris « group show », et sera également représenté par la Galerie Louise Jeanneret, à Genève.
Couronné par un vif succès, sa soif de découverte se poursuivra aux Etats-Unis, dans les années 80.

En plein cœur de Wall Street, c’est un second choc; le monde de l’argent, le jeu à la baisse et à la hausse, la puissance monétaire qui détruit les paysages, l’informatique…
Tel un kaléidoscope, Sobieski, interprétera ce champ panoramique par le « Mouvement Virus ». A partir des courbes du système financier, il jouera avec les intrusions, les parallèles, car « la vie a beaucoup d’espace parallèles ». Sa vie aux Etats-Unis sera riche de rencontres autant dans le milieu de la peinture, que cinématographique, de Los Angeles à New York ; cotoyant autant les acteurs hollywoodiens que les grandes figures de l’art, il représentera sur certaines toiles, ces fusion et ces paradoxes.


Le mécanisme, l’organique, un rappel dans certaines peintures d’un au-delà suprême, de jeux d’interprétations, le corps humain robotisé ; tous ces éléments illustrent en parfaite symbiose le travail de l’artiste.

Jean Sobieski souligne « Mes peintures reflètent les pages de ma vie, ou l’intuition rencontre les découvertes scientifiques.Notre conception du réel est chaque jour modifié; j’essaie de saisir cette fuite de la réalité. Dans le chao de l’espace les objets métalliques peuvent devenir organiques et trouver un ordre sensitif ou l’agression peut se transformer en compassion.
La dernière série est inspirée par la science de l’émergence. J’enclenche à travers une succession d’événements picturaux et mathématiques sur l’ordinateur, une fusion et transformation des masses corporelles et des éléments.
Le résultat est un enrichissement imprévisible; contrairement à l’art conceptuel ou tout est défini.»


Il vivra ainsi 30 ans aux Etats-Unis, où il fera sa vie avec une américaine, écrivain; mais l’envie de retourner à ses origines est plus forte. C’est ainsi que depuis deux ans il travaille dans son atelier en Camargue que l’on peut visiter.

Est -ce une escale à long ou court terme ?
Quelle est sa prochaine destination ?
Les clés du mystère, se trouvent peut être tout simplement cachées derrière les tentacules, qui nous incitent ainsi à rentrer dans son univers aliénique.

Amandine Milossis