Retour
Tetsumi Kudo (1935-1990)
De phalènes en phallus…

Artiste japonais de la performance, de l’organique et des traumatismes, Tetsumi Kudo est à l’honneur de l’exposition « La montagne que nous cherchons est dans la serre », proposée par Anne Tronche à la Maison Rouge, jusqu’au 13 mai 2007.




Des sexes masculins prolifèrent, des tubercules en érection pullulent, jaillissent dans tous les coins et recoins de la Maison Rouge. Des cages, des boites, des clapiers enferment des bouts, des restes, des séquelles de corps humains, en décomposition et mal finis. Ça dégouline, ça pendouille, entre l’impuissance et l’éjaculation finale.
L’œuvre de Tetsumi Kudo raconte une histoire cruelle et ironique, une fable barbare, celle de l’Homme et de sa triste destinée.

Des cocons mutants aux enfers artificiels.

Hiroshima…la suite, ses conséquences, ses excroissances et ses tumeurs sont au cœur des problématiques de la pensée de Kudo. L’homme et ses enfers artificiels en quelque sorte. Savant fou poursuivi par ses Frankensteins, l’artiste n’hésite pas à transgresser un tabou, à franchir une frontière métaphysique, à remettre en question l’intégrité biologique du corps humain.
Il commence par des happenings qu’il qualifie d’anti-art, en 1957 et 1958 dans des galeries japonaises. En 1962, il s’installe à Paris et expose aux côtés d’Arman, Arp, Bellmer ou Duchamp. La même année, sa performance « Philosophy of impotence » (Philosophie de l’impuissance) marque définitivement son territoire d’investigation : la disparition de l’idée du corps humain comme dernier refuge d’une authenticité et d’une inviolabilité.
L’œuvre de Kudo ressemble au laboratoire d’expérimentation d’un Pygmalion dégénéré où s’entassent les restes d’une humanité passée. Place aux métamorphoses et aux mutations organiques !




Dans son cabinet de curiosités, dans son musée des horreurs, on peut voir des constructions corporelles hybrides, des amalgames d’éléments organiques et technologiques, en vrac.
Visionnaire sur toutes ces interrogations, Kudo était en avance pour décrire, dès les années 60, la péremption du corps humain, le pouvoir de transgression de la science et sa capacité à produire des monstres. En 1995, Stelarc déclare « le corps est obsolète. »

Qu’en est-il de la puissance de l’artifice sur la nature, de la culture et du volontarisme sur cette même nature ?




La réponse est dans la forme. Les œuvres de Kudo accouchent de cocons mutants. Il y a une prolifération d’organes en gestation, attachés à des câbles électriques, des tiroirs qui enferment des intestins « Graal » si l’on peut dire, des visages écorchés, accidentés et murés dans des cages à oiseaux ou des sexes masculins ficelés, castrés et stériles. Ces œuvres tirent tous notre portrait, celui de notre métamorphose, comme une prédiction sur notre futur chaos charnel.
« Le voilà maintenant dévoilé, livré sans défense à l’intuition. Voilà comment il ou elle se montre : comme monstre ! »( Michel Serres, le Tiers-Instruit.)
Et puis, il y a aussi des jardins étranges où l’on cultive des phallus et des fleurs artificielles. Les couleurs sont fluorescentes, phosphorescentes comme un feu d’artifices ou les confettis d’Hiroshima.




Kitch et ironique, gore et cruelle, l’œuvre de Kudo ne peut laisser celui qui la regarde indifférent. On déambule à travers des bouches, des globes oculaires, des cerveaux atrophiés et de phallus en phalènes, on espère que ces membres découpés et végétatifs ne vont jamais se réveiller !



Julie Estève

A voir aussi du 18 février au 13 mai 2007 à la Maison Rouge, en écho à Tetsumi Kudo, Mutatis, mutandis, extraits de la collection d’Antoine de Galbert.


Pour plus d’informations :
La Maison Rouge