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L'art à la source de la réinsertion sociale
Voici onze ans que la Fondation Coffim soutient sans relâche l’initiative de deux hommes : l’artiste peintre Gérard Garouste et l’éducateur spécialisé Christian Gotti. Leur idée : faire de la création artistique un moyen de réinsertion et de rééducation d’enfants en grandes difficultés sociales et scolaires en milieu rural.
L’association du nom de « La Source » organise avec le soutien de nombreux artistes-peintres contemporains (dont certains de grande renommée) des ateliers de création dans la propriété de La Guéroulde dans l’Eure. Ce domaine accueille chaque année en milieu rural des centaines d’enfants de 7 à 18 ans marginalisés par la société et en perte de confiance.
Cette année la Fondation Coffim présente non pas les œuvres des enfants mais rend hommage au travail des artistes-professeurs investis dans ce projet de réinsertion. Huit artistes européens
- Catherine CARRÉE, Hervé HEUZÉ, Arnaud LEBLANC, Daniel MAYAR, Amanda PINTO DA SILVA,
Esteban RUIZ, SCHOKO, Vivian VAN BLERK
-
de style très différents exposent leurs œuvres.

Entretien avec l’un des co-fondateurs de ce projet qui fait des émules: Christian Gotti.


I Comment s’est fait la rencontre avec Gérard Garouste ?

En 1985-1986, j’intervenais en tant qu’éducateur dans le sud de l’Eure, près de la maison de Gérard Garouste, dans un centre d’action éducative en milieu ouvert. J’effectuais alors un travail au sein même des familles dans le cadre de la protection de l’enfance. A l’époque je n’y connaissais rien à l’art. C’est Gérard qui m’a proposé cette idée d’utiliser l’art comme un moyen de valorisation au service du social.

II Comment les enfants réagissent-ils ?

Je suis surpris des résultats obtenus surtout chez les jeunes. Ils ont une liberté totale avec l’artiste et c’est ce qui leur plait. Toutes les barrières tombent et la partie créative de l’enfant s’exprime rapidement. On voit des choses extraordinaires qui se passent. Chaque année les enfants exposent leurs travaux et certains sont vraiment bleuffant. L’art sert vraiment à valoriser ces enfants aux yeux de la société et surtout de leurs familles.


III Comment sont choisis les intervenants ?

Il y a une comité de pilotage à La Source qui sélectionne les dossiers que les artistes nous envoient. C’est ce comité qui décide du choix des artistes en fonction de leurs compétences et de ce qu’ils peuvent apporter aux enfants.

IV Comment se déroulent ces ateliers ?

Les ateliers accueillent entre 8 et 10 élèves maximum, le but étant de tisser un lien entre l’art et le social. Les enfants travaillent avec les artistes et les éducateurs en parallèle. L’artiste n’est pas en situation de pédagogue, il doit rester dans son rôle d’artiste.
Par exemple Combas, l’un des intervenants, travaille avec des matériaux de récupération. Il y a aussi bien des ateliers de peinture, de sculpture et de photographie. Il y a un travail sur les volumes, les formes, les matières (ferraille, plâtre…). Quand l’enfant commence un atelier, il doit aller jusqu’au bout de sa démarche c’est à dire l’accrochage de ses créations. Le but est de redonner confiance à ces enfants.

V Est-ce que ce projet est ouvert à tous ?

On ne souhaite pas faire de ghettos mais bien créer en milieu rural des pôles artistiques. Le lien qui est crée doit déboucher sur un pôle de prévention et d’éducation ouvert à tous. Nous sommes en partenariat avec l’éducation nationale et plus de 5000 scolaires des grandes villes en 2001 sont venus nous voir lors de ces ateliers.
En 2001, 345 jeunes en difficultés sont passés à la Source et une bonne centaine reviennent régulièrement nous voir.

VI Quelle place occupe les parents dans ce système ?

Un projet de parentalité est mis en place de façon à faire partager aux parents l’évolution des enfants. Les parents et les familles sont invités aux expositions pour qu’ils découvrent le travail de leurs enfants et en soit fiers. Les retours semblent assez positifs et nous avons demandé à un cabinet d’évaluer les progrès des jeunes sur le long terme .


VII Quels sont les projets de l’association ?

A la demande de la région Ile de France très intéressée par cette initiative en milieu rural, nous avons ouvert un deuxième centre dans le Domaine de Villarceau dans le Vexin. Une exposition des travaux des enfants y a d’ailleurs lieu jusqu’au 30 novembre. Les résultats sont extraordinaires. On souhaiterait aussi ouvrir une galerie pour présenter à la fois les travaux des artistes- enseignants et des enfants.
On souhaite aussi ouvrir l’enseignement à toutes les formes d’art : musique, théâtre, cinéma, chant, danse… On voudrait ouvrir un studio de création et engager des partenariats avec des festivals comme cet été avec le festival de Seine St Denis.

Propos recueillis par Joan Amzallag

La Fondation Coffim
« Huit artistes pour la Source »
46 rue de Sévigné – 75003 Paris
Jusqu’au 7 décembre 2002-10-27 du lundi au vendredi de 10h à 18h. le samedi de 14h00 à 18h00. Entrée libre

La Source
3 rue de la Poultière
27160 La Guéroulde Tel : 02 32 35 91 41

visuel 1 : vue de La Guéroulde
visuel 2 : "le jeune homme et la plante" 1999 de Hervé Huezé - huile sur toile - 190x170cm
visuel 3 : "the dictator" 2000 de Vivian Van Blerk
photographie couleur - 50x50cm.