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ON/OFF au Frac Lorraine et au Casino du Luxembourg.
Des chambres électriques aux cellules noires…

La lumière s’infiltre dans l’exposition transfrontalière On/Off et unie trois pays, (la France, l’Allemagne et le Luxembourg), trois villes (Metz, Sarrebruck, et Luxembourg capitale européenne de la culture 2007) et trois institutions ( le Frac Lorraine, le Saarlandmuseum et le Casino du Luxembourg), qui colonisent, ensemble, un continent inépuisable de l’art contemporain : la lumière et sa vieille compagne, « la fée électricité ».

Black session au Frac Lorraine…

Si la nuit est la paupière du jour, elle le contient dans son antre. Le « off » du Fond Régional d’Art Contemporain Lorraine choisit la face cachée et obscure de la lumière, son double, son jumeau de l’ombre. La traversée de la nuit, son voyage…au bout…dessine des rêves, des désirs, des peurs et des doutes. Peuplée de fantômes, de monstres et de chimères, la nuit ouvre les portes d’une autre perception sur les choses et sur la vie. « Il n’y a que ceux qui ne cherchent rien qui ne rencontrent jamais l’obscurité » nous rappelle Paul Valéry.
Béatrice Josse, directrice du Frac, scénographie « la sauvegarde de la nuit », son inaliénabilité, l’obscurité et « ses peurs enfantines » ; elle questionne « l’inconscient, la mémoire » et la réaction physique des corps immergés…dans le noir.
Ici, les pièces s’enfilent comme autant de cellules obscures où les corps se perdent dans l’espace.

Dominique Petitgand semble nous dire : je te rends aveugle pour stimuler et exciter tes sens. Je te plonge dans un noir opaque où tu entendras l’expérience d’une femme avec l’obscurité. Le but est que tu remplisses le vide de tes yeux avec le plein de ton esprit et de ton corps. Dans son œuvre intitulée « Cécité », il invite ainsi les spectateurs à fouiller dans leurs souvenirs, à écouter leurs corps et leurs émotions, à combler une cécité artificielle en motivant leurs sens, pour vivre et revivre une histoire avec le noir.
Ce noir, loin d’être un obstacle, devient le terrain d’un jeu sur la perception sensorielle. Dans une approche directe, Steve McQueen avec « Pursuit », 2005 (Galerie Marian Goodman) confronte les spectateurs aux forces conscientes et inconscientes qui les animent. L’obscurité devient ici un labyrinthe onirique et chaotique. Les murs-miroirs couverts de planches d’aluminium reflètent à l’infini une projection de scintillements, de dizaine de flashs stroboscopiques. « Je tâte dans la nuit ce mur, l’éternité » (Victor Hugo).
Les ombres se perdent, rentrent dans les murs, cherchent un indice, un nouvel état de corps et d’âme. Les moments d’improvisations des corps égarés dans cet espace sans repères apparents sont le reflet d’une série de questionnements : que pouvons-nous sentir de notre corps ? Peut-on tout voir ? Peut-on mieux voir ? Selon l’artiste, la réalité est plus accessible que l’imaginaire.

La traversée de l’ombre ouvre une expérience sur la fluidité des sens. Toucher, caresser, sentir, entendre le noir et de facto sa propre obscurité étaient les principales préoccupations de Béatrice Josse. Elle réussit partiellement son pari avec deux ou trois pièces très efficaces de son « Off ».


Casino du Luxembourg, la version light !

Luxembourg, capitale européenne de la culture 2007, ouvre les festivités avec la session « On » et ses lumières artificielles, au Casino, Forum d’art contemporain.
Si Béatrice Josse a préféré l’ombre, Enrico Lunghi, commissaire d’exposition, a opté pour l’excès…l’excès de lumière, le strass et les paillettes…
Si le propos était léger et « fun », ambiance boite de nuit et spot light, surplus de flux et électricité galopante, alors l’exposition est réussie.
Mais si l’intention tendait à être plus épaisse, le parcours manque alors d’une certaine consistance. En effet, la surabondance d’ampoules géantes et de boules à facettes rendent la visite un peu trop lisse et uniforme.
Nous sommes dans le joyeusement éclairé et notre « fée électricité » n’est pas encore devenue sorcière.
Le tunnel narcissique de Carsten Höller qui ouvre le bal électrique et les enseignes fantasmées clignotantes de Hsia-Fei Chang sont sans doute les pièces les plus intéressantes de cet « On » ; « On » qui dessine tout de même une exposition ludique et festive.



Julie Estève

ON/OFF
9 décembre 2006 – 25 février 2007
Au Frac Lorraine, Metz
1 bis rue des Trinitaires
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Au Casino Luxembourg
41 rue Notre-Dame, Luxembourg
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Au Saarlandmuseum, Sarrebruck
Bismarckstrasse 11-15, Saarbrücken
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