Retour
Lever de rideau sur le second volet
d’Homo Economicus - Zones de productivités concertées
au Mac/Val

Un an après son ouverture, le Mac/Val propose dans ce second volet d’Homo Economicus d’interroger la question de l’activité, de la production et de l’échange. Ce cycle de vingt et une expositions monographiques réparties en trois chapitres sur la saison 2006-2007, accueille du 2 février au 29 avril six artistes infiltrant cette zone d’échange. Cette exposition est en résonance avec le nouvel accrochage des œuvres de la collection s’articulant autour de la présence humaine, de la figure et de l’être au monde.




Tel que le souligne Frank Lamy, chargé des expositions temporaires : « L’art est, de tout temps, une caisse de résonance des questions de société… En réunissant des univers artistiques qui, à un moment de leur processus, mettent en œuvre des questionnements économiques (le travail, l’échange, la production, le stock, l’activité, la fonction, les flux, l’atelier), ce n’est pas tant à des développements thématiques que ce cycle d’exposition convie le visiteur, mais à une analyse décalée. ».
Zones de productivités concertées. Si le sous titre de cette exposition, aride et obtus nous déconcerte, l'Homo Economicus (homme économique en latin) quant à lui, est une représentation théorique du comportement de l'être humain, qui est à la base du modèle néo-classique en économie, en opposition donc à l’Homo sapiens. Mais le propos économique est ici pure prétexte et est envisagé comme un filtre d’analyse de pratiques artistiques. Loin du mimétisme ou de l’illustration, les œuvres sont polysémiques.
Image sociale du travailleur. Alain Bernardini met en scène des travailleurs dans des moments de non activités portés à leur paroxysme. L’homme est allongé, les yeux clos, entouré de machines ; un technicien de surface, le regard vide est assit sur un meuble près de ses outils de travail…Ses photographies avec des plans quasi cinématographiques évoquent le non pensé de la production : le moment clef où les travailleurs s’arrêtent, inactifs. Moment d’inactivité de l’activité, ces clichés, souvent pris en plongée évoquent le poids du travail et de son environnement sur les salariés. L’homme est posé dans ce décor, comme mort, abattu ou comme reprenant son droit sur le producteur, créateur des choses. Bousculant l’image du travailleur et loin de tout idéalisme, Alain Bernardini attaque subtilement la représentation du travail et des ses attributs.




Tous droits de reproduction interdit. A qui appartiennent ces images, qui a un droit de regard sur celles-ci ? Raphaël Boccanfuso se place dans ce système économico culturel et dénonce cette société de contrôle de l’image. Ses photos brouillent, pixellisent l’Arche de la Défense, la Géode, la Pyramide du Louvre. En dénonçant ce contrôle de l’image, il distribue gratuitement des cartes postales de ses clichés aux visiteurs du Mac/Val. Prônant la liberté de création, il dénonce également la dégradation de l’être© en avoir©, court-circuite les paradoxes, déjoue les règles et affirme la liberté de l’artiste.



Daniel Firman gravite en suspens. Visages cachés, actions interrompues, rapports d’équilibres, l’artiste envisage le corps dans ses relations à l’espace à travers ses Scattering-Gathering (Dispersion-Accumulation). Ses sculptures réalistes de personnages posant dans des situations burlesques, évoquent la chute des corps et du décor. Un coffre fort écrase un frigo figurant l’inéluctable marche de la société de consommation…
Pascal Pinaud quant à lui interroge le champ de la peinture, met en jeu les possibilités de la notion de tableau. Un toit de camion, surface réfléchissante légèrement opaque, une carrosserie de voiture égratignée sont accrochés tels des tableaux. L’artiste détourne ainsi les supports de l’exposition : socle, vitrine, cimaise. Mais concevoir et donner sa peinture à effectuer par des travailleurs qualifiés, son garagiste en l’occurrence, puis s’investir dans l’exposition, c’est également se mettre en scène comme artiste entrepreneur !




Rock is dead. Instruments de musiques morts, entassement de bouteilles frigorifiées, les scènes hyperréalistes d’Elodie Lesourd revisitées et empruntées (Claude Lévêque, Christoph Büchel) sont comme l’aveu d’un acte de décès d’un univers. Selon les propos de Fabrice Tricou, économiste auquel a fait appel Alexia Fabre, conservateur en chef du Mac/Val : « Elodie Lesourd aborde le commerce de la mort du rock par des procédés de post(mortem)-production, c'est-à-dire l’accélération d’un cycle économique qui écourte la vie des produits (consommés frénétiquement) tout en les retraitant en remakes ».
Anthropologie sociale et sentimentale. Dans sa vidéo Basement (2007), Sandy Amerio interroge les signes émis par la société contemporaine. Proche du film Broken Flowers de Jim Jarmusch ou de l’inquiétante étrangeté des films de David Lynch, elle décrypte des signes qui participent à l’inconscient collectif du monde.
Si l’art est une marchandise culturelle, les six artistes présents dans ce second volet assument cet état de fait, la valeur esthétique de leurs œuvres dépassant la détermination économique. Suite au lever de rideau sur le troisième volet…


Sandrine Diago

Informations pratiques:
Homo economicus/Zones de productivités concertées/Volet 2
De 2 février au 29 avril
De 12h à 19h tous les jours sauf le lundi. Nocturne le jeudi jusqu’à 21h

Mac/Val
Musée d’Art contemporain du Val-de-Marne

Place de la Libération
94404 Vitry-sur-Seine cedex
tél : 0143916420

sur le net