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Expected Mexico unexpected

Jusqu’au 18 janvier, la Maison Rouge est mexicaine ou presque. Le riche couple Isabel et Augustin Coppel présente une sélection de leur collection orchestrée par le double commissariat de Monica Amor, professeur d’art moderne et contemporain au Maryland Institute College of Art et de Carlos Basualdo, conservateur et responsable de la section art contemporain du Philadelphia Art Museum.
« Je considère qu’à trop vouloir définir une collection, qu’à trop vouloir l’expliquer et se limiter à un support ou à une époque, on en perd le processus de fondement et de plaisir. On en perd aussi la cohérence, affirme Augustin. Celle-ci se trouve dans les œuvres car je crois dans le message même de l’art. Avec cette exposition à Paris, je découvre de nouvelles relations entre nos différents artistes car une collection est inépuisable quant à sa capacité à offrir plusieurs lectures et plusieurs points de vus sur ce qu’elle dégage, enferme, propose. »


Poétique, puissante, parfois sombre, souvent emprunte de fragilité, Expected Mexico unexpected parcourt l’art contemporain mexicain en évitant de le réduire à sa simple condition nationale et à ses clichés. L’art est devenu zone de partage, à l’image du monde. A partir de cette idée d’une géographie mobile, l’exposition ouvre un dialogue profond entre artistes mexicains et internationaux.
Salle après salle, la scénographie architecturée par la mexicaine Tatiana Bilbao nous plonge dans la suspension, nous incite à une trêve et un arrêt sur image. Il y a des œuvres flottantes qui ponctuent le parcours comme l’installation-confettis joyeuse de l’américaine Pae White. Elle semble répondre à celle plus dangereuse du mexicain Abraham Cruzvillegas. Une armature en tôle encombrée de boutons de paille serpente, ondule et renvoie le public aux réalités de son époque et de l’économie mondiale. Tranchante.
A côté, l’installation de la brésilienne Rivane Neuenschwander dans laquelle des gousses d’ails attachées à un fil transparent effleurent le sol et se balancent nonchalamment au gré de l’air et de ses agitations. Un paysage se crée, mouvant et précaire, en stand bye. Plus loin, Tatiana Trouvé expose un imbroglio structurel qui découpe l’espace, le fusille, le questionne. Il devient onirique. Il est inquiétant. L’échelle n’est plus humaine et cette forme aux branches tordues dynamite le réel, le plonge dans le trouble, dans le doute. Comme la batterie suspendue de Damian Ortega. Grosse caisse et cymbales sont retenues dans les airs, dans le silence et l’inquiétude de ne plus jamais toucher terre.



En face, l’âne de Maurizio Cattelan est accroupi, lourd, tête baissé. Sa posture l’humanise. Il est posé là, idiot, tournant le dos au public. Peut être est-ce une mise au coin, une mise au ban ou peut être préfère-t-il ne pas regarder le monde, ses dérèglements, sa violence ? Comme Pour lui faire écho, les vanités de Terrence Koh ou celles de Kandell Geers affichent respectivement un squelette face à des miroirs brisés et une enseigne rouge lumineuse DANGER où seul le D ne s’éclaire pas. Le danger est dans la colère. Les vues aériennes de Mexico prises par Mélanie Smith (anglaise, vit et travaille à Mexico depuis 1989) permettent de tout imaginer, à commencer par un cimetière immense, qui s’étendrait à l’infini. Et puis, un zoom pour s’arrêter sur une image, celle de Manuel Alvarez Bravo, l’un des plus grands créateurs de la photographie mexicaine moderne. Un enfant est adossé à un mur. A côté de lui, le masque de la mort, incrusté dans la pierre. Le contraste fait symbole, tandis que les clichés de Graciela Iturbide, l’élève d’Alvarez Bravo, entremêlent poésie, mystère et magie dans des décors où la mort se cache ou s’imagine. Elle dira : « La mort au Mexique est constamment à portée de main : on joue et on pleure avec elle. »


Julie Estève.

Expected Mexico Unexpected
Collection Isabel et Augustin Coppel
A la Maison Rouge jusqu’au 18 janvier 2009.

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