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PALAIS DE TOKYO - STEVEN PARRINO - LA MARQUE NOIRE
Un fracas s’est fait entendre quand la toile est tombée par terre…

«Prenez une grosse Harley, du type de celles qu’utilise la police. (…) Vous gardez le moteur avec le châssis et vous ajoutez un minuscule pot d’échappement, un minuscule pare-chocs ou une minuscule selle. Et soudain, c’est comme si vous fabriquiez un objet minimal dans le but d’aller plus vite. Vous retirez du poids, c’est une sorte de minimalisme pratique et finalement ça fait ressortir toute la beauté qu’il y avait sous le métal, ça réduit l’objet à son essence, jusqu’à l’esthétique. C’est beau mais c’est aussi puissant, c’est du pouvoir, parce que plus vous êtes léger, plus vous allez vite… » (Steven Parrino, Propos recueillis par Ivo Zanetti, septembre 2004).
Le premier jour de l’année 2005, un fracas s’est fait entendre sur une route new-yorkaise quand Steven Parrino est tombé par terre. Il est mort en biker, en semant dans l’art contemporain, sa marque noire.
Le Palais de Tokyo retrace le portrait d’un coupeur de toile et de son œuvre radicale et passionnelle.


Painting is not dead!

Parrino et ses monochromes zombis réaniment la peinture et la toile, à l’heure de leurs morts annoncées, en incorporant le chaos dans leur essence, dans leur substance.
La matière dégouline, défonce le cadre, détruit le châssis, s’explose par terre. Pleins de rides, de pliures, de ruptures, de froissures, de trous, ces tableaux-draps englués des années 80-90, gisent au sol comme les morts vivants ou les mutants de la peinture. Parrino puise, dans le crash et la faillite, l’énergie pour créer une nouvelle forme, une nouvelle matérialité, une nouvelle histoire de la toile. Il la fait exister en ressuscitant son cadavre, en lui donnant une peau neuve et un territoire inédit ; le lieu de la mise à mort syncrétique du monochrome, du minimalisme et de la sculpture. De cette cassure et de cet affranchissement des formes, il naît autre chose, une identité, une matière érectile. On est dans le plus, le surplus, la transpiration, la sueur et l’humeur de ce qu’il se cache derrière la toile ou dans les profondeurs du monochrome. On est d’abord dans l’explosion, dans le débordement, dans le déchaînement d’une source énergétique puissante ; Et puis dans la matérialisation de son épuisement, de sa dépression. On constate, la réalité violente d’une existence, les traces d’une excitation brute, d’une chaleur, comme un corps transi après un effort intense. Les couleurs de Parrino sont le noir, l’argent, le rouge, les couleurs des Harley Davidson, des super héros ou des guitares électriques. Les sous cultures américaines des 50 dernières années s’incarnent dans ses peintures, ses dessins, ses performances ou ses films qui digèrent les esthétiques du punk, de la No Wave, des films d’horreurs, des comics, de la science fiction ou des bikers. Parrino les « dépeint » avec de l’huile de vidange, de l’émail industriel, des paillettes, des surfaces glam, rock.
Une partie de l’exposition du Palais de Tokyo reprend presque trait pour celle du Mamco de Genève de 2006 (cycle Mille et trois plateaux, cinquième épisode – Condensations- Rétrospective 1977-2004). Marc-Olivier Wahler, directeur du Palais et Fabrice Stroun, conservateur associé du Mamco, accompagnent les pièces de Parrino de deux sessions annexes : Before (plus ou moins) et Bastard Creature. La première marque ses sources d’inspirations avec des artistes comme Frank Stella, Sturtevant, Andy Warhol, Vito Acconci, Donald Judd, Robert Smithson ou Kenneth Anger. La seconde montre des artistes que Parrino a exposés, soutenus et avec lesquels il a collaboré comme Richard Aldrich, Cinema Zero, Banks Violette, Michael Lavine, Chuck Nanney ou Jutta Koether.

Parrino, c’est une expérience qui perturbe, les substances, la matière, la violence et la mort. Traiter le chaos par le chaos, en terroriste, en révolutionnaire laisse forcément la trace d’une marque noire. Parrino en dessine le tatouage indélébile, sur la peau de l’art contemporain.


Julie Estève


Infos pratiques :
La marque noire / Steven Parrino. Retrospective, prospective
Jusqu’au 26 août 2007.
Before (plus ou moins), jusqu’au 25 juillet 2007.
Bastard Creature, jusqu’au 25 juillet 2007.

Palais de Tokyo
13, avenue du Président Wilson, 75116 Paris.
Ouvert tous les jours de midi à minuit, sauf le lundi.
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