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Marthe Wéry
Le défi de la couleur

A la question : qu’est ce qu’un monochrome, Marthe Wéry répond par l’investigation : qu’est ce que la couleur ?
Le frac Haute-Normandie expose jusqu’au 21 mai, un ensemble significatif des œuvres récentes de l’artiste belge, expression de ses dernières expérimentations chromatiques.



Si l’œuvre est un signe, une articulation de sens, la peinture est pour Marthe Wéry, son langage originaire. Vivre la couleur et faire naître un dialogue organique entre les différents éléments qui la compose seront les principaux axes de réflexion de l’artiste depuis le début des années 80 et son intervention à Venise, jusqu’à sa mort en 2005. La rythmique effrénée et répétitive de son travail sera toujours liée à la volonté presque animale d’atteindre la vérité, la densité et la luminosité de la matière chromatique.
Elle confronte les couleurs entre elles, elle les fouette et les dynamise pour les rendre vivantes, mouvantes, dansantes. Entre tensions, inquiétudes, résonances ou ententes, elles arrivent à trouver, ensemble, leur essence. Marthe Wéry les accompagne, les bouscule, les accidente et enfante un monde de vibrations, de pulsations et de contacts en échappant à toute forme de composition. Dans ses derniers travaux, elle livre l’espace au caractère presque insaisissable de sa peinture, en jetant des coulures de couleurs sur la surface, qu’elle va dans un deuxième temps guider et éclairer de sa main. Elle prend des risques, réfute la perfection et vitalise ses découvertes grâce aux accidents qu’elle rencontre. Son travail n’est donc jamais clos, jamais fini ; la porte reste ouverte à un renouvellement permanent des approches et des procédés.
D’apparence monochrome, les œuvres sont recouvertes de plusieurs couches successives d’aplats chromatiques. Sous un gris gît un rouge, un jaune ou un vert et l’œil est attiré par le silence des couleurs souterraines, comme une image subliminale. « C’est difficile de parler de la peinture (…). La peinture c’est autant enlever que mettre »*.



On pense inéluctablement à Mondrian, Malevitch ou Rothko quand on est face à l’abstraction de Marthe Wéry.
Mais de sa nécessité de vivre et de provoquer la couleur naît la conviction d’établir une relation avec l’architecture qui la présente. La transmission du sens, la transmission du vivant sont indissociables de la perception de l’espace environnant. Les œuvres bougent, se déplacent, se dérangent et les couleurs s’intègrent en fonction du lieu qui les reçoivent. La cohérence des interventions de Marthe Wéry vient du syncrétisme conscient qu’elle met en place, entre structure, couleur et architecture. La présentation spatiale des œuvres devient à partir des années 90, une exigence aussi profonde que le défi de la couleur ou le recouvrement de la surface. La richesse de son œuvre vient sans doute de la fusion de ses exigences. « Prolonger indéfiniment le travail sans chercher à parfaire mais toujours poursuivre et compléter .»
Le Frac Haute-Normandie et Marc Donnadieu, commissaire de l’exposition, offrent la possibilité d’une rencontre avec les dernières œuvres d’une « artiste-savante ». Il vous faudra regarder et entendre les battements de cœur chromatique.

Julie Estève


*Tiré du film de Manu Riche, 2001, visible dans l’espace du Frac Haute-Normandie.

MARTHE WERY
TRAFIC FRAC HAUTE-NORMANDIE
Jusqu’au 21 mai
3, place des Martyrs-de-la-résistance
76300 Sotteville-lès-Rouen
0235722751
Sur le Net
Entrée libre
Ouvert du mercredi au dimanche de 13h30 à 18h30