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Patrick Amory et les guerriers de la paix
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Que voit-on ? Des utopies. Que comprend-t-on ? Le rêve d’un homme pour d’autres hommes. Celui de Patrick Amory s’inscrit dans le désir de créer un langage, une parole universelle pour la paix, un visage, des figures qu’il nomme portraits éthiques.
« L’art est un langage qui ouvre un dialogue » dit-il. Un dialogue entre deux mondes paroxystiques, un face à face, un corps à corps, entre les étoiles du star système et les racines de l’humanité…
Quand la lumière médiatique rencontre l’ombre résistante d’une histoire lointaine ; quand les nouvelles tribus et les anciennes construisent, ensemble, une guerre pour la paix.

Ils sont footballeurs, acteurs, chanteurs ; ils sont Massaï ; ce sont, tous, des guerriers.
Patrick Amory est la passerelle, l’énergie, le lien, entre eux. Il naît de ce mélange une légende inédite, une combinaison improbable, une folie sérieuse : une identité singulier-pluriel, pour la paix. L’offensive est lancée. La preuve de son existence passera par l’image mélangée au verbe, sa puissance, sa profondeur. Saisie sur chaque cliché, une phrase pour la paix inscrite sur cet instant.

Le polaroid géant : une machine de guerre.

Une machine de 300kg, une machine magique, l’appareil « giant polaroid » va traverser les frontières de l’histoire et libérer des visages, celui de Thierry Henry, de Lilian Thuram, de Rio Ferdinand, de Renaud, de Cabrel, de Noa, de Tchéky Karyo, de Natalia Vodianova, celui d’un sorcier Massai, le prophète Laibon ou ceux de ses disciples.
C’est un œil, nomade du monde qui fixe, enregistre les regards, c’est un œil cannibale qui bavarde avec les corps, avale leur vérité, un œil qui ingère puis digère des émotions d’hommes, pures, sincères. Patrick Amory conduit la machine, déclenche le moment, appuie sur la gâchette. Le résultat est une preuve, la mémoire d’une mise en jeu, d’un investissement, le témoignage d’une interdépendance complète de la planète : « un domino bouge et tous les dominos bougent ». La citation, toile de fond à valeur pédagogique du projet pourrait être la suivante : l’art peut, l’art doit changer le monde, c’est sa seule justification.

Le sacré s’impose. Chaque image, chaque portrait est unique, presque mystique. Celui qui prend la pose sert d’offrande, accepte sa mise à nu.
« Il y a un rapport physique et animal à l’appareil » nous dit Patrick Amory. La photographie est épaisse, riche de chair et d’âme, de mémoire et de référence. L’accouplement des portraits génère une trame, un réseau de fils entrelacés qui forment un tout. L’image devient prière silencieuse, invitation singulière à un rituel personnel et initiatique, une empreinte narrative et engagée.

Les guerriers rouges.

C’est à la frontière de la Tanzanie et du Kenya qu’un monde à l’autre s’est offert. Les héros modernes des masses média, de la scène, du grand écran ont fait un étrange voyage. Leurs images se sont inscrites dans une terre autrement magique, au pied du Mont Shompole et des volcans sacrés. Une tribu Massaï en a été le récipiendaire.
« Je voulais créer un dialogue, un vrai dialogue de civilisation, qui se fait à travers l’art » lance Patrick Amory.
Les « giant photography » ont ainsi rencontré la peau et les yeux, les chants, la culture et les rites d’une communauté lointaine : celle des guerriers vêtus de rouge.

Ces images de visages, incarnés, ont été investies par « la force pourpre». (voir les extraits vidéos en fin d'article)
Les femmes Massaï, spontanément, ont pris en charge la décoration en cousant sur les toiles photographiques des formes symboliques en perles. Leurs perles, leur langage mélangé à celui des autres. Des bijoux anciens ont été cousus comme un complément d’âme. L’image change de nature ; elle devient objet fétiche d’un culte de la paix. En chantant et en riant, ces femmes - les mamas Massai - travaillent à faire changer les consciences et contribuent à inscrire un message de paix pour les générations futures.
Le sorcier Laibon, le leader spirituel de la tribu, le guérisseur, au regard stupéfiant et inspiré accepte de donner sa bénédiction.
Avec sa corne magique, il entame un rituel de protection. Il parle aux images, il parle aux âmes de ces artistes et champions, inconnus de lui. Un geste pour la paix, un partage, une référence : pour mémoire.

La première exposition des portraits éthiques s’est montée là bas, au pied du Mont sacré. Un mur de visages devenus sans frontières, dédicacés, avec des empreintes visibles, investis par un pouvoir invisible. A la tombée de la nuit, une centaine de Massaï entame une danse en transe, des chants corporels, pulmonaires, l’exposition éclate en transcendance.

Que voit-on ? Une union pour une utopie.



Julie Estève
Pour www.art-contemporain.com


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Plus de photos à voir dans le texte anglais.
Nous vous invitons à retrouver l'entretien avec Patrick Amory paru le 31 mai 2006, cliquez-ici




Patrick Amory and the Warriors for Peace

What do we see? Utopias. What do we understand? One man's dream for other men. Patrick Amory's dream reflects a desire to create a language, a universal speech for peace, a face, faces that he calls ethical portraits.
"Art is a language that begins a dialogue," he says. A dialogue between two paroxysmal worlds, an encounter, a clinch between the stars of the star system and the roots of humanity...
When the media spotlight encounters the enduring shadows of ancient history; when the new tribes and the old, together, embark on a war for peace.

They are football players, actors, singers; they are Maasai; they are all warriors. Patrick Amory is the bridge, the energy, the link between them. From this mixture arises an original legend, an unlikely combination, a serious folly: a singular-plural identity, for peace. The offensive has begun. The proof of its existence will consist of images mixed with words, their strength, their depth. Inscribed on each photograph, a phrase for peace written in that instant.

The Giant Polaroid: a War Machine

A 300-kg machine, a magical machine, the "Giant Polaroid" camera has crossed the borders of history and liberated faces, those of Thierry Henry, of Lilian Thuram, of Rio Ferdinand, of Renaud, of Cabrel, of Noa, of Tchéky Karyo, of Natalia Vodianova, that of a Maasai witch doctor, the Laibon prophet, and those of his disciples.
It's an eye, a global nomad setting down, recording gazes; it's a cannibalistic eye that converses with the bodies, engulfs their truths, an eye that ingests, then digests, men's pure, sincere emotions. Patrick Amory directs the machine, sparks the moment, presses the trigger. The result is proof, the memory of a risk, a commitment, a testimonial to the complete interdependence of the planet: "a domino moves and all the dominos move". The following words could be a pedagogical backdrop to the project: art can, art must change the world, it's its only justification.

The sacred comes to the fore. Each image, each portrait is unique, almost mystical. He who poses serves as an offering, agrees to be stripped bare.
"There is a physical and animal rapport with the camera," Patrick Amory told us. The photograph is thick, rich in flesh and soul, in memory and in reference. The juxtaposition of the portraits generates a framework, a network of interlocking threads that form a whole. The image becomes a silent prayer, a singular invitation to a personal ritual of initiation, a narrative, committed imprint.

The Red Warriors

It's on the border between Tanzania and Kenya that one world offered itself to another. The modern heroes of the mass media, of stage and screen went on a strange journey. Their images entered a far more magical land, at the foot of Mont Shompole and its sacred volcanoes. A Maasai tribe received them.
"I wanted to create a dialogue, a real dialogue of civilizations, expressed through art," said Patrick Amory.
The giant photographs also encountered the skin and the eyes, the songs, the culture, and the rites of a distant community: that of the warriors clothed in red.

These images of faces, incarnate, were invested with "the crimson force".
The Maasai women, spontaneously, took charge of the decoration, sewing symbolic beaded shapes on the photographic canvases. Their beads, their language blended with that of the others. Antique pieces of jewellery were sewn on as a further piece of soul. The nature of the image changed; it became a fetish of a cult of peace. Singing and dancing, these women - the Maasai mamas - worked to change mindsets and contributed to the communication of a message of peace for future generations.
The Laibon witch doctor, the spiritual leader of the tribe, the healer with the astounding and inspired gaze agreed to give his blessing.
With his magical horn, he began a protection ritual. He spoke to the images, he spoke to the souls of these artists and champions unknown to him. A gesture for peace, a sharing, a reference: for the record.

The first exhibition of ethical portraits was held there, at the foot of the sacred Mount. A wall of faces freed from borders, dedicated, with visible handprints, invested with an invisible power. At nightfall, one hundred Maasai began to dance in a trance, striking up a physical, full-lunged chant, and the exhibition flared into transcendence.

What do we see? A union for a utopia.



Julie Estève
For www.art-contemporain.com


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We invite you to find the discussion with Patrick Amory published on May 31 click here