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En passant par la Lorraine...
Organisée autour de grands axes thématiques, l’exposition « de la Lorraine » est celle d’une région qui se positionne en tant que carrefour culturel et dont on souligne que l’histoire est celle d’une collectivité en devenir.

Produite par le Conseil Régional et bénéficiant d’une aide exceptionnelle du Ministère de la Culture pour représenter une exposition « d’intérêt national », celle-ci se déroule simultanément aux Musées de Metz et au Musée des Beaux-Arts de Nancy.

Chacune des visites dans les deux musées suit la même trame – historique, artistique et scientifique - et commence par présenter la région dans sa réalité administrative, celle des cantons.
Autour de vastes cartes, des rangées de tiroirs en plexiglas recèlent trésors, images et objets caractérisant les cantons de Lorraine. La curiosité du spectateur à tirer vers lui le contenu de ces tiroirs constitue, en terme de muséographie, une entrée en matière pertinente. On pourrait dire, à l’instar de J.L. Tornatore, dans son rapport d’activité (1995-2000) de Conseiller pour l’ethnologie en Lorraine, que le patrimoine est en train de se faire sous nos yeux, constitué d’objets-frontières, qui sont autant de lieux d’appropriation des groupes et des individus. Et c’est dans cette perspective que la mise en scène de l’exposition se joue, révélée par une architecture en panneaux de bois, pareille à l’envers d’un décor. L’objet du patrimoine est donc mis en situation, dans l’interpellation constante du public à qui il demande « Et vous, comment auriez-vous fait ? ». En effet comment se départir de l’image, reflétée par la presse nationale, de région industrielle en déclin ?

En montrant, par exemple, quelques photographies de Bernd et Hilla Becher (Musée des Beaux-Arts de Nancy) qui révèlent un motif unique dans les formes des bâtiments industriels, ou bien en exposant les toiles de Jules Bastien-Lepage (Musées de Metz), peignant, à la fin du XIXème siècle, les paysans de la Meuse sous la lumière rougeoyante de la terre ou de celle, mordorée, de la forêt. En remontant le fil de l’histoire, l’exposition donne également à voir de nombreuses découvertes archéologiques – âge romain et Moyen-âge – ainsi que des œuvres du passé comme « Le Veilleur » de Georges de la Tour (Musées de Metz).

Ces pièces sous-tendent l’idée d’une Lorraine « à la croisée des chemins », d’une « terre de brassage et d’immigration », comme nous le suggèrent ces titres de chapitres de l’exposition. La Lorraine, fidèle donc à elle-même, nous promet un avenir ouvert à une constante évolution. Et l’installation sonore de Bruno Guiganti (Musée des Beaux-Arts de Nancy) nous fait découvrir l’intérieur repeint et aménagé d’une cabane ouvrière où l’on peut écouter des récits de vie des habitants, depuis longtemps ou récemment installés, dans la région.

Mais l’œuvre marquante de cette exposition est celle de Patrick Neu (Musées de Metz) où l’armature d’un lustre de cristal, matériau déployé dans de nombreux savoir-faire régionaux, est assimilée à l’armure d’un dragon précieux. Couchée au sol, la pièce tient notre regard en tension dans l’analogie entre la radiance du cristal et la porosité blanche de l’os du crâne de l’animal, placé au sommet du lustre comme une tête en parade.

Somme toute, considérer trésors du patrimoine et œuvre d’art contemporain dans leur attachement au territoire régional, n’est pas si éloigné que ça du rayonnement de la culture chinoise au travers sa production artistique…Serait-ce simplement une question d’échelle ?

Daphné Le Sergent



De la Lorraine
Histoires, Mémoires, Regards contemporains
Exposition au Musée des Beaux-Arts de Nancy et aux Musées de Metz
Du 24 avril au 26 juillet 2004


Sur le Net : Cliquez-ici

Musée des Beaux-Arts de Nancy
3 place Stanislas
54 000 Nancy
03 83 85 30 72
Exposition ouverte tous les jours, sauf le mardi, de 10h à 18h
Fermée le 1er mai et le 14 juillet

Musées de Metz
2 rue du Haut-Poirier
57 000 Metz
03 87 68 25 00
Exposition ouverte tous les jours, sauf le mardi, de 9h à 17h.
Fermée le 1er, le 8, 20 mai et le 14 juillet.

visuel : Patrick Neu, Graoully, 2004