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5 milliards d’années : la supernova de l’art contemporain…
Le « spoutnik » Wahler tourne en orbite autour du Palais de Tokyo

5 Milliards d’années…ça commence…par des rugissements…
Des tronçonneuses de bûcherons-sculpteurs contre le ronflement des moteurs…de mini-motos. La danse des lames électriques contre le ballet arythmique des deux roues. Contest !



Déstabilisante ? Expérimentale ? L’exposition inaugurale de Marc-Olivier Wahler est un préambule, le prologue d’un cycle d’une année, la préface d’une vision originale sur l’art contemporain, la chronique d’une expérience annoncée.



5 Milliards d’années…part d’un prétexte, d’un constat scientifique, celui de l’expansion accélérée de l’univers et du bouleversement irrémédiable des repères cosmiques sous l’effet d’une énergie surpuissante, indomptable et mystérieuse, la force noire.
Le « satellite Wahler » ouvre les révolutions du macrocosme à l’échelle de l’art contemporain. Il s’agit d’appréhender une œuvre, non plus dans sa fixité, sa rigidité et sa claustration mais dans sa capacité à être flexible, labile et « élastique ».
« L'œuvre doit être comme un bombardier furtif qui diffracte les ondes pour échapper aux radars tout en étant un objet spectaculaire. Elle doit être aussi invisible que photogénique. On ne doit plus savoir si l'on est dans l'art ou la réalité. La physique quantique démontre l'existence d'univers parallèles identiques au nôtre. L'art pourrait être l'un de ces univers-là. »
Imaginer et comprendre la nature mutante d’une œuvre et son « quotient schizophrénique », concevoir un programme annuel plutôt que des expositions autonomes et autarciques, sont les paris et partis pris du nouveau directeur du Palais de Tokyo.
Big bang dans l’art contemporain !

5 Milliards d’années…c’est aussi : exploser les vieux repères poussiéreux qui cloisonnaient l’art dans une « vision-fenêtre » stagnante, créer une interdépendance entre art populaire et art conceptuel, générer la transversalité et casser les catégories préétablies, encourager les artistes à travailler avec des corps de métiers différents, révéler le gène hybride d’une œuvre d’art, son caractère paradoxal, sa malléabilité, son impact.




La grande salle marche à l’instinct. Impressionnante. L’ambiance est sculptée par l’harmonie des œuvres entre elles, l’absence totale de hiérarchie et le dialogue visuel. L’installation massive couverte d’ampoules de Lang/Baumann fait office de passage temporel et ouvre la voie à un monde parallèle, où les scooters recouverts de cire et de bougies de Mark Handforth, se consument sous les rails d’aciers aériens de Vincent Lamouroux. Les néons bleus fluos de François Morellet tapissent l’atmosphère d’une inquiétante et surréaliste étrangeté.
Plus loin, l’exposition collective « Une seconde, Une année », volontairement frustrante recueille des pièces autonomes qui fonctionnent de façon aléatoire. L’ampoule d’Alighiero e Boetti ne s’allume qu’une fois par an et la valise close de Roman Signer promet d’exploser de façon intempestive…
Si certaines œuvres font de la résistance, elles seront automatiquement replacées dans les prochaines expositions, comme parasites, à l’image des débris stellaires….

Le temps, la trace, la lumière, la combustion, le bruit, le silence, l’invisible, l’hypervisible, le paradoxe et l’anarchie sont les vecteurs énergétiques du parcours.




5 milliards d’années…ou la supernova de l’art contemporain…Wahler raconte son histoire et prend le risque de surprendre et de détonner.
Le discours est convaincant, intéressant, progressiste mais la mise en scène reste plus confuse, plus abstraite et souffre certainement d’un manque d’accessibilité et de lisibilité. L’absence totale de cartels, même si elle est palliée par la présence de médiateurs, condamne en partie, la force du propos.
Dans certaines pièces, la nébuleuse est trop physique et l’on a du mal à saisir la cohérence des œuvres entre elles. Même si le manque d’indices est volontaire, le public néophyte risque de ne pas capturer l’essence de l’exposition et de ne pas comprendre la totalité de l’intention.

5 Milliards d’années… suite au prochain épisode…



Julie Estève.
Pour www.art-contemporain.com
Photos : Julie Estève


Infos pratiques :
5 milliards d’années : du 14 septembre 2006 au 31 décembre 2006

Palais de Tokyo
13, avenue du Président Wilson, 75016 Paris
Ouvert tous les jours de midi à minuit, sauf le lundi
Pour plus de renseignements : cliquez-ici