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Playtime ou l’approche d’un monde virtuel

Playtime… le titre de l’exposition sert également de postulat de départ aux artistes présents à Rurart. A l’heure où les jeux vidéo s’immiscent dans notre quotidien et réciproquement, le propos et la réflexion sur ce monde virtuel sont de taille. Sans aucune diabolisation de ces pratiques, les artistes entendent plutôt réfléchir sur le contenu du jeu et les possibilités de l’ordinateur. Le jeu, du moins l’enjeu pour les artistes, est de se pencher sur la perception du monde au moment où la frontière entre univers virtuel et physique se contamine et se brouille.

Film de vacances. Samuel Boutruche et Benjamin Moreau du collectif Kolkoz mettent en scène leurs avatars numériques parcourant en tant que touristes des paysages numérisés. A la fois auteurs et sujets de l’œuvre, le glissement s’opère… ce film de voyage décale le degré de réalité, comme un processus de copier/coller.
La particularité de ce collectif est également d’envisager l’ordinateur non plus comme une interface mais comme une fin en soi, une œuvre à part entière. L’ordinateur devient une sculpture technologique avec ses propres performances. L’overclocking, s’apparentant aux techniques de tuning pour les voitures, permet de dépasser les limites de l’ordinateur, le rendant tout-puissant, telle une super machine. La puissance et les qualités esthétiques de l’ordinateur deviennent ainsi l’œuvre d’art.

Kolkoz contre Martin Le Chevallier. It’s time to play. Ready ? Fight !
Martin Le Chevallier réalise pour Rurart un jeu vidéo, le Chicken Bench dont la finalité est de tester les limites physiques du Kolkoz Computer overclocké. Le principe est d’aller à la limite de chaque composant de l’ordinateur. Ainsi, des poulets numériques vont attaquer les ressources de la machine. La durée de ce combat entre la machine et le logiciel est inconnue. Quelle partie lâchera en premier, dans quel état sera l’ordinateur et combien de temps durera ce combat ?
Martin Le Chevallier, lors de la préparation de l’exposition envoya un mail au collectif Kolkoz annonçant dès lors son écrasante victoire sur l’ordinateur : objet : nos armes ! Voici donc comment nous entendons ébranler votre moloch : les comportements erratiques, les tentatives d’évitement, les heurts et les petits affolements des gallinacés causeront de sérieux dommages à votre CPU. Leurs courbes subtiles, constituées d’innombrables polygones, submergeront le processeur central de votre carte graphique. Les matières procédurales garnissant leur épiderme paralyseront votre CPU… et pour finir une multitude de craquettements, de gloussements et de picorements porteront l’estocade en terrassant votre carte son ! Votre créature ne s’en remettra pas !

La situation d’interactivité permet également à Martin Le Chevallier de porter un discours distancié et critique sur notre époque.
Si dans Second life* , grâce à un avatar, je peux flirter et t'chater, grâce à Flirt 1.0 je peux construire mon scénario amoureux par le biais de 50 séquences de films (Fenêtre sur cour, Sueurs froides d’Hitchcock ou encore Lolita de Stanley Kubrick) et des choix de réponse proposés à chaque fin de dialogue (réfuter, affirmer, ignorer, savourer…). Incluant totalement le joueur et lui permettant de construire sa romance ce jeu se termine fatalement sur un Game Over
Gageure 1.0, simulateur d’existence emprunte son vocabulaire au travail et à l’entreprise. L’univers de l’entreprise et du management devient carcéral, labyrinthique, débouchant sur une situation absurde. Après avoir répondu aux différentes questions du simulateur concernant nos aptitudes intellectuelles, la finalité est le bug du Mac avec comme message d’erreur de toute façon la finalité de votre travail n’à aucune importance.
Le joueur est conduit sur le chemin de la délation dans Vigilance 1.0, écran de surveillance où le joueur gagne des points en traquant les individus ivres, les voleurs… Serveur vocal, écran de surveillance informatique, logiciel d’aide au développement personnel, c’est la relation de l’individu aux outils interactifs qui est ici en jeu.


Painstation / No pain no game.
Dérivé du nom de la célèbre console, la Painstation est la réactualisation, la customisation du jeu de console Pong des années soixante dix. Le jeu du collectif allemand Fur consiste en une balle que les joueurs se renvoient à l’aide d’une raquette. Nouvelle donne pour cette version contemporaine du jeu : une décharge électrique, un coup de fouet ou une brûlure sont infligés à la main gauche des joueurs une fois la balle perdue. Littéralement console de la douleur, le slogan pas de douleur pas de jeu, tel un avertissement, met en garde les joueur de son utilisation. Ce jeu sado masochiste teste l’implication du joueur en mettant directement son corps en jeu.
Cette mobilisation du corps, ces stigmates font sortir le joueur de cette virtualité, le ramenant à la réalité des sens. C’est une manière, au travers des dispositifs numériques de montrer que la virtualité se prolonge dans la réalité et donnent des clefs de lecture du monde contemporain (consommation, masse média, entreprise…).

Le terme ordinateur, d’origine biblique provenant du latin ordinator se trouve dans le Littré comme adjectif désignant Dieu qui met de l’ordre dans le monde. L’évolution des pratiques et des possibles semble renverser et déjouer cette étymologie. L’homme se crée, se fraye de nouveaux chemins, invente sa Second life grâce à des simulations sociétales virtuelles. Il est l’ordonnateur de nouveaux mondes, le nouveau Dieu, le nouveau Big Brother d’univers parallèles…

Sandrine Diago


*Second life est un univers virtuel en 3D sorti en 2003. Ce programme est une simulation qui permet au joueur de vivre une seconde vie. La majeure partie du monde virtuel est créée par les joueurs eux-mêmes.



RURART
Horaires et accès
Du 15 mars au 10 juin 2007.
Du lundi au vendredi de 14h à 18h. Le dimanche de 15h à 18h, fermé le samedi et les jours fériés.
D150 lycée agricole de Venours 86480 Rouillé
Tél : 05 49 43 62 59
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